Contre La sansure

La Guinée réclame à la France les crânes de l’Almamy Bokar Biro et de ses compagnons

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Par Valentin SOMANDE

Conakry a officiellement transmis à Paris une demande de restitution visant les restes mortels du dernier Almamy du Fouta-Djalon et de trois de ses proches, actuellement conservés au musée de l’Homme. La demande a été déposée le 27 juillet 2026, rapportent des médias. Cette démarche marque une nouvelle étape majeure dans la réappropriation par la Guinée de la mémoire de ses figures anticoloniales.

Un nouveau chapitre s’ouvre dans la diplomatie culturelle entre la France et la Guinée. Ce jeudi 6 août 2026, la demande officielle de restitution des dépouilles de l’Almamy Bokar Biro, de son père, de son frère et de son chef de guerre fait la Une de plusieurs médias. La requête, formellement déposée le 27 juillet dernier auprès des autorités françaises, fait suite à une première initiative lancée mi-juillet pour récupérer les objets personnels d’une autre figure majeure de la résistance, Samory Touré.

Dernier dirigeant de l’État théocratique du Fouta-Djalon (fondé en 1725), Bokar Biro s’est imposé à la fin du XIXe siècle comme un obstacle majeur à l’expansion coloniale française en Afrique de l’Ouest. Après sa décapitation, son crâne ainsi que ceux de ses proches avaient été rapportés en France comme des trophées de guerre, une pratique alors courante à l’époque coloniale.

Comme l’a précisé, ce jeudi 6 août 2026 à l’antenne de RFI, le ministre guinéen de la Culture, Moussa Moïse Sylla, dont les déclarations ont largement été relayées par plusieurs médias, les recherches menées par la partie française ont permis de localiser avec précision ces vestiges historiques:

«Depuis mi-juillet, nous avions déjà fait une autre demande à la France portant sur les objets personnels de l’Almamy Samory Touré et des recherches (…) ont été faites à notre demande au sujet du crâne de l’Almamy Bokar Biro Barry et de ses compagnons. C’est fin juillet que nous avons eu une réponse de la partie française, nous informant que ces crânes ont été retrouvés. Et donc nous avons fait la demande officielle de restitution».

Cette démarche légale s’appuie directement sur le cadre juridique fixé en 2023 par le Parlement français concernant la restitution des restes humains issus des collections publiques. Pour orchestrer ce retour, les autorités guinéennes ont mis sur pied un comité scientifique. Elles espèrent aboutir à un rapatriement effectif d’ici un à deux ans.

Pour le gouvernement guinéen, l’enjeu mémoriel est primordial. Reconnus comme des héros de la nation au même titre que les figures de la résistance en Basse-Guinée ou en Guinée forestière, Bokar Biro et ses compagnons doivent retrouver leur place dans la mémoire nationale.

«Ce n’est pas quelqu’un d’anodin dont le crâne doit continuer à être exposé dans un musée en France», a affirmé Moussa Moïse Sylla, avant d’ajouter qu’«Aux côtés de l’Almamy Samory Touré et de héros que nous avons connus en Guinée forestière, en Basse-Guinée, l’Almamy Bokar Biro, en tant que dernier Almamy du Fouta-Djalon, est donc un héros».

Revenant sur le contexte historique de cette exécution, Mohamed Amirou Conté, directeur du musée national de Guinée à Conakry et membre du comité scientifique, a rappelé l’engagement de l’ancien souverain: «Il était un farouche défenseur de la liberté, c’est pour ça qu’il a été décapité. Il a été décapité parce qu’il était contre la pénétration coloniale au Fouta».

Cette procédure s’inscrit dans un mouvement plus large de restitutions accordées par la France, à l’instar des restes humains remis à l’Algérie en 2020 ou à Madagascar l’année dernière.

Contrairement aux pratiques muséales occidentales, les dépouilles rapatriées de Paris ne seront toutefois pas exposées au public. Comme le soulignent les autorités culturelles à Conakry, les crânes feront l’objet d’une sépulture solennelle.

«Exposer un crâne chez nous, ça ne se fait pas. Nous, les restes humains, on les enterre dignement. Mais les exposer dans un musée, ce n’est pas dans nos traditions et dans notre culture», soutient Mohamed Amirou Conté.

Plus qu’une simple transaction administrative, le retour de ces dépouilles permettra enfin d’offrir à ces martyrs de la colonisation le repos et l’hommage sacré que commande la tradition guinéenne.

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