Bénin: Talon n’a donc pas tourné le…talon!
Par Wakat Séra

L’ancien président béninois Patrice Talon a été élu, ce jeudi 6 août 2026, à la tête du Sénat, nouvellement mis en place au Bénin. C’est presqu’un non événement, tant cette option était dans les tuyaux depuis la création de l’institution, l’établissement de ses attributions et la découverte de sa composition avec des personnalités désignées et non élues ayant toutes gravité dans les cercles du pouvoir de Patrice Talon.
L’ex locataire du Palais de la Marina, prend ainsi les commandes de la chambre haute du Parlement béninois, après avoir transmis le pouvoir à Romuald Wadagni le 24 mai dernier. Mais, le grand retour de Patrice Talon n’est pas sans susciter des réactions, parfois de courroux, notamment chez les coniempteurs de l’homme qui, demeure au cœur de la vie politique nationale. En somme, c’est ce qu’on appelle, trivialement, partir sans partir.
De toute façon, ses 24 pairs sénateurs qui l’ont désigné comme président, n’avaient de choix que celui entre Patrice Talon et…Patrice Talon. Le seul adversaire que Patrice Talon pouvait avoir, mais sans avoir la moindre crainte, c’était son prédécesseur, Thomas Boni Yayi, le patron des Démocrates. Sauf que Les Démocrates, c’est désormais un parti politique, partiquement fantôme, les poids lours l’ayant quitté, comme les rats abandonnent le navire sur le point de couler. Sans oublier que Boni Yaya se retrouve très à l’étroit au sein d’un Sénat acquis à Patrice Talon, qui, même en cas d’élection avec un adversaire en face, ne pouvait nullement être inquiété. Une institution stratégique, créée à la faveur de la révision constitutionnelle de novembre 2025 et que, d’ailleurs, certains disent, taillée sur mesure pour la nouvelle vie de celui qui n’est plus aux affaires, mais l’est toujours.
L’artisan en chef du programme le «Nouveau Départ», retrouve ainsi une place de premier plan dans l’architecture institutionnelle du pays après avoir passé dix ans à la magistrature suprême. Que fera-t-il de ce poste de choix qui lui procure une épaisse immunité bien profitable à tous ceux qui ont exercé le pouvoir d’Etat? Jusqu’où ira l’influence du président du Sénat sur les décisions du président de la république? Sans pour autant s’en éloigner comme on le ferait d’un pestiféré, Romuald Wadagni aura-t-il le cran nécessaire pour s’émanciper totalement de son mentor? Certes, le fauteuil présidentiel n’est pas un banc, et ne peut être occupé que par le président. Mais en tant que président du Sénat et deuxième personnalité de l’Etat, Patrice Talon aura un droit de regard sur les actes de son successeur, car il participera notamment au contrôle de l’action gouvernementale et aux grands équilibres de la vie politique béninoise.
En tout cas, entre la régulation politique, l’avis préventif et la médiation, rôles et missions essentiels du Sénat, Patrice Talon, loin de la vie pépère de retraité, continuera de marquer la politique béninoise de son empreinte.
