La Guinée devrait enregistrer la plus forte croissance économique en Afrique en 2026 avec un taux estimé à 9,3 %, selon les projections de la Banque mondiale.
Cette question est celle de beaucoup de Guinéens aujourd’hui. « Si la croissance ne transforme pas progressivement la réalité vécue par les populations, que devons-nous changer dans notre manière de penser le développement ?«
D’abord, la croissance économique est calculée à travers le produit intérieur brut (PIB). Pourtant, dans une économie de comptoir, l’État produit beaucoup, mais cette production profite aux multinationales. Elle ne profite ni à l’État ni aux populations, puisque les produits primaires sont extraits puis exportés à l’étranger pour la transformation. Dans cette extraction, l’État ne perçoit que sa participation, qui est d’ailleurs minoritaire. Dans le Code minier en République de Guinée, l’article 150-1 stipule : « L’État bénéficie d’une participation gratuite de 15 % au maximum dans le capital de toute entreprise titulaire d’un titre d’exploitation minière. L’État peut, par négociation, acquérir une participation supplémentaire conformément aux dispositions prévues par la loi et aux négociations. »
Dans les bulletins statistiques miniers publiés par le ministère des Mines et de la Géologie, la Guinée compte à ce jour plus de 250 entreprises minières et de carrières enregistrées. Les plus grandes participations de l’État guinéen sont : CBG 49 % SAG 15 % Chalco Guinée 15 %; Simandou 15 %; Alliance Minière Responsable (AMR) 15 %; Bel Air Mining (BAM) 15 %; Société des Mines de Mandiana (SMM) 15 % ;Société Minière de Boké (SMB) 10 %.

Pour la participation majoritaire de l’État dans la CBG, avec 49 % du capital, c’est une convention historique liée au pouvoir négociatoire du feu président Ahmed Sékou Touré. D’ailleurs, en 1958, c’était le projet minier le mieux négocié dans les pays sous-développés.
De plus, dans ces entreprises minières, le plus ridicule comparativement aux pays développés, c’est que les étrangers sont mieux traités que les nationaux et certaines responsabilités leur sont réservées par complexe d’infériorité et manque d’expérience de certains cadres nationaux.
En parallèle, l’économie de comptoir comparativement à l’économie de rotation. Dans une économie de rotation, la production est organisée en chaîne de valeur. L’État produit, l’État transforme et l’État exporte. Dans cette économie circulaire, tous les secteurs évoluent simultanément et les populations bénéficient des retombées de chacun d’eux.
Le plus choquant, malgré toutes ces mines, l’État peine à financer ses projets de développement, même les petits projets. À titre d’illustration, récemment, j’étais dans la première plénière de la 10ᵉ législature de la 5ᵉ République au Palais du Peuple. Parmi les accords soumis à l’examen et à la ratification, les trois premiers accords, dont la centrale solaire photovoltaïque de Kamissaya, la construction de la route Faranah-Dabola et la finition du projet d’interconnexion, 90 % de ces financements ont été contractés sur le marché financier.
personnellement, la croissance économique est un indicateur qui révèle le niveau de production à l’intérieur d’un pays. Cependant, un pays peut produire suffisamment, mais s’il manque d’une véritable politique économique capable de transformer cette production en une économie de rotation, la croissance économique ne servira pas à grand chose. Les populations demeureront pauvres, tandis qu’une minorité seulement profitera des richesses créées.
La Guinée doit opter pour une économie de rotation.
Dantouman Souleymane TRAORÉ
Journaliste, activiste, enseignant
Assistant parlementaire
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