L’ENGAGEMENT SANS RENIEMENT : MA FOI, MON ANCRAGE, NOTRE GUINÉE
Il se passe quelque chose d’essentiel en Guinée, une secousse silencieuse mais profonde : un réveil de la conscience collective. Au milieu de ce mouvement, je ressens une gratitude immense et une certitude tranquille. Celle de pouvoir affirmer, sans l’ombre d’un doute ou d’un compromis : je suis musulman, je suis Peul, et je suis Guinéen.
Ces trois dimensions forment le socle de mon existence. Elles ne se combattent pas ; elles s’alimentent, s’imbriquent et me façonnent.
Soyons lucides : la Guinée n’est pas parfaite. Aucun pays ne l’est. Certaines politiques, certaines trajectoires imposées appellent le doute, la critique, voire une opposition légitime. Mais appartenir à une nation n’a jamais exigé une obéissance aveugle. Être un citoyen conscient, c’est précisément refuser le silence facile. C’est réfléchir, questionner, s’exprimer et s’organiser pacifiquement pour façonner l’avenir commun.
On peut contester un gouvernement sans jamais renier sa patrie. On peut dénoncer une injustice sans cesser d’aimer son pays. Réclamer le changement n’est pas un acte de désamour, mais une preuve d’exigence, guidée par la recherche de la paix et de la dignité.
Ma foi musulmane ne me pousse pas au retrait du monde. Elle est mon compas éthique. Elle m’impose la justice, l’honnêteté, le respect de l’autre et le sens du devoir envers la cité. Ma spiritualité nourrit mon engagement républicain, éclairé et responsable.
De la même manière, ma fierté d’être Peul ancré dans mon histoire, ma langue et ma culture ne s’est jamais construite contre qui que ce soit. La Guinée appartient à l’ensemble de ses enfants : Peuls, Malinkés, Soussous, Kissiens, Tomas, Guerzés, Bassaris, Coniaguis, et tous ceux qui composent ce magnifique tissu national. Notre diversité n’est une faiblesse que pour ceux qui refusent de la comprendre ; pour nous, elle doit être une force brute. Je peux aimer passionnément mes racines peules tout en me consacrant à l’intérêt général. Défendre les miens ne signifie pas léser les autres.Revendiquer mes droits n’implique aucune supériorité. Je refuse d’avoir à choisir entre ce que je suis par la naissance, par la foi et par la terre.
La politique partisane ne résoudra pas tout. Le vrai basculement s’opère lorsque la population sort de la résignation, s’informe, se structure et prend ses responsabilités. Il est temps d’abandonner la peur et l’isolement. Apprenons à débattre avec fermeté, mais sans haine. N’oublions jamais que les gouvernants passent, les régimes s’effondrent, mais la nation demeure.
À celles et ceux que la colère ou le découragement poussent aujourd’hui vers le repli : ne cédez pas à l’effacement. Répondez-y par plus de maturité, plus de présence et une exigence démocratique accrue.
Assumer qui l’on est, c’est assumer les devoirs qui accompagnent nos identités. Je suis musulman, je suis Peul, je suis Guinéen. Je porte ma foi, mes origines et ma nation avec la même fierté. Notre pays est notre maison commune. Son avenir ne s’écrira pas dans le choc des communautés, mais dans l’alliance de toutes ses forces vivement réunies.
