Contre La sansure

La Guinée ne peut pas vivre au rythme des rumeurs

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Il y a quelque chose de profondément préoccupant dans la situation actuelle de la Guinée : nous semblons avoir perdu le fil de l’essentiel.

Dans le débat public, une partie de l’opposition affirme avec insistance que le Président de la République serait malade. En réponse, la Présidence multiplie les signes destinés à démontrer que le chef de l’État se porte parfaitement bien. Et au milieu de cette bataille de récits, le Premier ministre prévient les Guinéens que les trois prochaines années seront difficiles.

Pendant ce temps, le pays regarde, écoute… et s’interroge.

Qui dit vrai ? Que nous cache-t-on ? Où allons-nous ?

Mais peut-être nous trompons-nous de question.

Car le véritable sujet n’est pas de savoir si le Président est malade ou en bonne santé. Le véritable sujet est de savoir si l’État guinéen, lui, est en bonne santé.

Un État solide ne devrait jamais dépendre de l’état physique d’un seul homme. Une République mature ne devrait pas avoir besoin de transformer chaque apparition publique du Président en certificat médical grandeur nature. Et une opposition crédible ne devrait pas avoir besoin de rumeurs sur la santé d’un dirigeant pour construire son argumentaire politique.

Pendant que les uns commentent la santé du Président, qui s’occupe de la santé du pays ?

Qui répond aux millions de Guinéens confrontés au chômage, à la précarité et à la cherté de la vie ?

Qui explique clairement les sacrifices que les citoyens devront consentir si, comme l’annonce le Premier ministre, les prochaines années doivent effectivement être difficiles ?

Qui présente aux Guinéens une vision cohérente de l’après-transition, de l’économie, des institutions et de la gestion de nos immenses ressources naturelles ?

Et surtout, qui nous dit avec franchise où nous voulons conduire ce pays ?

La Guinée ne peut pas être gouvernée par les rumeurs, administrée par les communiqués et jugée à travers les déclarations de ses adversaires.

Nous avons besoin de beaucoup plus que cela.

Nous avons besoin d’institutions fortes, capables de fonctionner indépendamment des hommes. D’une justice qui inspire confiance. D’une administration qui sert l’intérêt général. D’une gouvernance transparente. D’une lutte contre la corruption qui ne soit ni sélective ni circonstancielle. Et d’une classe politique capable de parler aux citoyens autrement que par la peur, la suspicion ou la propagande.

Un peuple peut accepter des années difficiles lorsqu’on lui dit la vérité.

Il peut accepter des sacrifices lorsqu’il comprend pourquoi ils sont nécessaires, comment ils seront répartis et vers quel avenir ils conduisent.

Ce qu’un peuple supporte beaucoup plus difficilement, en revanche, c’est de ne pas savoir.

Aujourd’hui, la Guinée n’a pas besoin d’un pouvoir qui cherche constamment à prouver que tout va bien. Elle n’a pas davantage besoin d’une opposition qui cherche constamment à prouver que tout va mal.

Elle a besoin de vérité.

La vraie question n’est donc plus : « Le Président va-t-il bien ? »

La question essentielle est beaucoup plus grande, beaucoup plus grave :

« Est-ce que la Guinée, elle, va bien ? »

C’est à cette question que le pouvoir, l’opposition et toute notre classe politique devraient avoir le courage de répondre.

Parce qu’au bout du compte, ce n’est pas la santé d’un homme qui déterminera l’avenir de la Guinée. Ce sont la santé de ses institutions, la qualité de son leadership et la lucidité de son peuple.

Et l’histoire jugera chacun sur ce qu’il aura fait de cette responsabilité.

Elhadj Aziz Bah

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