L’État dépense, mais les besoins demeurent (Dantouman Souleymane TRAORE)
Le stade Nongo, aujourd’hui appelé stade Général Lansana Conté, est un projet de la coopération sino-guinéenne. De la signature du contrat à ses différentes rénovations, plusieurs financements ont été faits. Pourtant, près de 2 décennies après l’accord initial, les mêmes interrogations demeurent sur l’homologation et l’utilisation des ressources publiques.
L’accord de financement initial du projet de stade Nongo a été signé en 2004 par le gouvernement du feu président général Lansana Conté. Ce projet est une subvention de l’État chinois destinée à la construction d’un stade de grande capacité à Conakry dont l’objectif était de construire un stade polyvalent sur un terrain de 240 000 m², avec une superficie bâtie de 34 000 m² et une capacité d’environ 50 000 places. Il a été conçu par le Central-South Architectural Design Institute, un grand institut chinois d’architecture et d’ingénierie, et les travaux ont été exécutés par Shanghai Construction Group, également une entreprise chinoise. Il comprend généralement 3 phases.
La 1ère phase a débuté le 18 septembre 2007 et s’est achevée le 28 novembre 2011, grâce à un don de 360 millions de RMB du gouvernement chinois pour la construction du stade de 50 019 places, comprenant notamment une piste d’athlétisme de 400 mètres, un terrain de football et des tribunes. Quant à la 2ème phase, elle a également été financée par l’État chinois. Elle a débuté le 6 juin 2014 et s’est achevée en janvier 2015. Elle concernait la rénovation et l’amélioration de certaines infrastructures (murs du stade, postes de garde, réseaux d’assainissement, etc.). Ensuite, pour la 3ème phase, l’État chinois a remis les clés du stade au gouvernement guinéen pour la finition.
Depuis 2011, le stade est resté inutilisé et fermé en raison du retard dans les travaux de finition. En 2017, l’État a décidé de confier la finition à la société Groupe Business Marketing (Groupe SAMGBM), une entreprise guinéenne fondée par Mamadou Antonio Souaré, avec un financement de 54 milliards de francs guinéens. L’entreprise aurait financé les 54 milliards GNF et devait exploiter le stade pendant 30 ans, avec une répartition de 90 % des bénéfices pour elle et 10 % pour l’État.
En novembre 2019, le stade a été inauguré et homologué à l’occasion du tournoi UFOA U20 de façon temporaire, accompagnée de recommandations sur l’état du stade. En 2022, une équipe d’évaluation de la Confédération africaine de football (CAF) a inspecté le stade. Selon le rapport d’inspection, le stade Général Lansana Conté ne pouvait accueillir des matchs de haut niveau en raison de la non-prise en compte de recommandations faites lors de la première inspection de la CAF. De même, la même année, la CAF a retiré à la Guinée l’organisation de la CAN 2025 en raison de l’absence de stades homologués et d’infrastructures sportives capables d’accueillir une compétition de cette envergure.
Par ailleurs, en juillet 2025, le ministre des Sports, Kéamou Bogola Haba, aurait déclaré que l’État avait investi 250 millions de dollars, soit environ 2 500 milliards de GNF, dans la rénovation des stades de Nongo et du 28-Septembre. De plus, lors du Salon professionnel du sport guinéen en 2025, il aurait également annoncé que l’État avait décaissé 1 113 milliards GNF, soit environ 110 millions de dollars, pour la rénovation du stade Nongo. Contrairement à cette déclaration, le directeur général du stade Général Lansana Conté, Moudjitaba Barry, avait déclaré, le 18 avril 2025, lors d’une interview accordée à des journalistes, que le financement de la rénovation du stade s’élevait à 1 000 milliards de GNF. Quant au stade du 28-Septembre, en mars 2025, le Premier ministre Amadou Oury Bah, répondant aux journalistes, aurait indiqué que le montant du contrat pour sa rénovation s’élevait à 570 milliards de GNF.
Toutefois, les 15 et 16 août 2026, la CAF aurait accordé au stade du 28-Septembre une homologation temporaire de catégorie 3 pour septembre 2026. Cela voudrait dire que le stade n’est toujours pas définitivement homologué. Face à ces différents financements, certaines interrogations se posent : le stade du 28-Septembre sera-t-il définitivement homologué ? Qu’en est-il de l’éternel stade Général Lansana Conté ? Les 250 millions de dollars seront-ils utilisés conformément aux recommandations de la CAF ? Ces investissements permettront-ils de mettre à terme au financement redondant des mêmes stades que le pays possède déjà ?

Personnellement, je trouve que les 250 millions de dollars pour la rénovation de ces 2 stades sont trop. Certes, un État sérieux qui veut du progrès doit être exigeant. Les cadres doivent cesser de marchander les projets publics à des % et la surfacturation des lignes budgétaires des projets pour des fins personnelles.
De plus, l’Administration et Contrôle des Grands Projets (ACGP), créée en 1994 et consacrée par le décret de 2025 comme le maître d’œuvre public statutaire des grands projets, dont la mission est de planifier, superviser et contrôler les projets publics pour garantir leur bonne exécution, qualité, coûts et délais, semble rester en retrait face à ses missions.
Rien n’est clair dans ces financements. Les montants sont trop, les travaux se suivent et les besoins demeurent. L’État dépense, mais les besoins demeurent. Le véritable problème n’est plus de savoir combien l’État dépense, mais comment il dépense, pourquoi il dépense et pourquoi les résultats tardent à apparaître.

