Angélique Kidjo: «Mon étoile sur le Walk of Fame est pour l’Afrique, le Bénin, mais aussi la France»

C’est une consécration historique pour Angélique Kidjo. La chanteuse béninoise vient de dévoiler son étoile sur le célèbre « Walk of Fame », à Hollywood. Elle est la première artiste africaine à recevoir cette distinction.
Quelques minutes après la cérémonie, encore dans l’émotion, elle a répondu à RFI au micro de Clothilde Hazard.
RFI : Vous sortez de la cérémonie sur le « Walk of Fame de Hollywood », vous venez d’inaugurer votre étoile. Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous l’avez découverte ?
Angélique Kidjo : Beaucoup d’émotion, beaucoup d’émotion et d’incrédulité. Parce que si on m’avait dit un jour que je serais sur le « Hollywood Walk of Fame », je ne l’aurais jamais cru. C’est le pouvoir aussi de la musique. La musique vous fait voyager dans des endroits incertains, fait que les choses se passent. Je ne sais pas trop quoi dire, je suis encore dans l’émotion du moment.
C’est aussi un moment historique puisque vous êtes la première chanteuse africaine à avoir une étoile sur l’avenue des célébrités. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Ça représente pour moi une porte qui s’ouvre, en fait. Au vu du timing, je n’aurais jamais pensé qu’un jour je serais ici. Jamais. Dans ce moment de chaos que l’on vit, il y a des moments comme ça qui me donnent de l’espoir, pour dire que, quand on travaille ensemble et qu’on laisse les rhétoriques de haine et de division, on crée de la beauté partout. Le monde a besoin de beauté. Il y a de la beauté dans le monde, il y a de la bonté dans le monde, il y a de la dignité, de la fierté, et du respect dans le monde.
Vous avez 40 ans de carrière, une vingtaine d’albums et de nombreuses récompenses, dont cinq Grammy Awards. Quelle étape cette étoile sur l’avenue des célébrités marque-t-elle dans votre carrière ?
Je ne sais pas, je ne sais pas. Je suis encore en train d’absorber ce qui vient de se passer. Et peut-être que dans le futur, je pourrai en parler. Mais pour l’instant, je n’ai pas de mots qui vous disent ce que ça représente pour moi.
À cette occasion, est-ce que vous avez un message que vous avez envie de faire passer aux chanteuses, aux musiciennes du continent africain qui ont envie de se faire connaître comme vous à l’international ?
Ma musique a influencé et inspiré beaucoup de jeunes artistes aujourd’hui. Aujourd’hui, eux, ils m’inspirent en retour. C’est un cercle vertueux. Il faut continuer ce travail qu’on fait. Il faut que la musique du continent africain soit partout et qu’on puisse la célébrer partout. Et aussi sur mon parcours, la France a joué un rôle incroyable puisque j’ai recommencé ma carrière en France quand je suis arrivée en 1983. Cette étoile n’est pas seulement pour l’Afrique et mon pays, mais c’est aussi pour la France, parce que j’ai passé beaucoup de temps en France, j’ai épousé un Français. La culture française a aussi fait partie de mes inspirations de différentes façons, avec les paroliers, les gens comme [Claude] Nougaro, comme [Charles] Aznavour… Il y a beaucoup d’artistes que j’écoutais quand j’étais petite, qui m’ont accompagnée aussi dans le travail que je fais. Donc, cette étoile est pour tout le monde, en fait.
Est-ce que vous pensez que la nouvelle génération d’artistes du continent africain a encore besoin de se battre comme vous l’avez fait ou est-ce que ce rapport de force justement a changé ?
Le rapport de force a changé depuis longtemps parce qu’avec Internet, aujourd’hui, les enfants, les jeunes d’aujourd’hui, ils ont du succès instantanément. Et c’est ça qui est bien parce qu’ils peuvent être qui ils ont envie d’être, et ne pas dépendre du poids que moi j’ai eu, et qui était quand même aussi important. Ce qui m’a permis de créer et d’avoir une carrière.
Aujourd’hui, l’afrobeats est mondial. La pop africaine connaît un vrai essor avec des artistes comme Burna Boy, Ayra Starr, Wizkid, avec qui vous avez fait des duos. Vous avez le sentiment d’avoir contribué à ce changement de perception ?
Probablement, par ce que j’ai fait avant, et parce qu’ils ont écouté ma musique quand ils grandissaient. Ça leur a donné aussi une éthique de travail, je crois.
Clothilde Hazard
Source: https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-grand-invit%C3%A9-afrique/20260819-
