Contre La sansure

Du lithium malien aux batteries chinoises : qui gagne ? ( Dantouman Souleymane TRAORE)

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Le 23 novembre 2025, le Mali a inauguré la mine de lithium de Bougouni. C’est la 2é plus grande mine industrielle de lithium du pays. Dans ce contrat minier, l’État malien détient 35 % et les partenaires 65 %. Mais au delà des parts et des revenus miniers, qu’en est il de la valeur nouvellement créée ?

Dans les 35 % détenus par l’État malien, 10 % correspondent à la participation initiale gratuite et 25 % complémentaires ont été acquis pour 4,5 millions de dollars par les entreprises maliennes. Le projet prévoit un financement de plus de 100 milliards de FCFA auprès des entreprises nationales, dont 24 milliards déjà dépensés et 15 millions de dollars déjà versés à l’État. Dans le contrat, le Mali aura 4 représentants au conseil d’administration et le permis minier est accordé pour une durée de 10 ans, renouvelable.

Ce contrat est un pari gagnant pour l’État malien et les entrepreneurs maliens, comparativement à certains contrats miniers en Guinée comme Simandou et autres ou l’Etat n’a que 10 à15% .Mais qu’en est-il de la valeur nouvellement ajoutée ?Les États africains doivent ils continuer à servir les industries chinoises? L’Afrique doit changer de système économique. Nous devons quitter l’économie de comptoir pour une économie de rotation.

Personnellement, ce système serait l’une des causes de l’immigration de nos frères et de notre pauvreté extrême. Certes, la formule est simple : extraire nos minerais bruts, permettre aux signataires de s’enrichir, rendre l’État mendiant et laisser les populations orphelines. Au moment où nous nous plaignons du manque d’emplois, ils créent l’emploi ailleurs, limitent la naissance, promeuvent l’immigration, puis nous appellent pauvres et financent nos infrastructures en contrepartie de nos projets miniers.

De plus, contrairement à cette logique, certains pays ont compris la nécessité de transformer localement leurs ressources:
…..La Tanzanie a inscrit dans sa législation des mesures visant à limiter l’exportation des minerais bruts et à encourager la création d’industries de transformation dans le pays.
……Le Rwanda, compte à ce jour trois industries liées aux 3T : la transformation de l’étain, du tantale et du tungstène, et des capacités de raffinage de l’or. Le pays cherche à capter de valeur avant l’exportation.
…..La Zambie a récemment développé la fusion et le raffinage du cuivre et s’oriente vers une chaîne régionale cuivre-cobalt-batteries avec la RDC.
…..Le Botswana a récemment développé le polissage du diamant, avec l’ambition de créer de valeur ajoutée locale, et est en phase d’essai sur d’autres minerais.
….L’Afrique du Sud, depuis des décennies, a développé des industries autour des minerais dont elle dispose en quantité et utilise notamment des politiques d’incitation pour favoriser leur transformation.

Nous rêvons d’une Afrique ambitieuse et audacieuse. Une Afrique qui ne se contente d’extraire ses richesses, d’exporter et d’importer les produits finis à des prix élevés. Le véritable enjeu de nos minerais n’est donc pas de savoir combien l’État gagne dans un contrat minier. Il faut se demander combien d’emplois, d’entreprises, d’industries, de compétences et de richesses restent sur le continent.

Le lithium malien peut devenir une richesse pour le Mali. Mais si le minerai quitte l’Afrique pour alimenter les batteries fabriquées ailleurs, la question restera entière : qui gagne réellement ?

Dantouman Souleymane TRAORE (DOCTRINAIRE)
Analyste socio-politique
dantoumantraore629@gmail.com

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