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Sénégal: un accord avec le FMI basé sur «un cadrage macroéconomique, des politiques économiques et des réformes»

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Par guinafnews Dernière mise à jour Sep 3, 2026
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Par: Léa-Lisa Westerhoff

Au Sénégal, après deux ans d’âpres négociations, le Fonds monétaire international et Dakar ont trouvé un accord sur un prêt de 2,2 milliards de dollars pour appuyer le pays, qui se débat avec une dette vertigineuse de plus de 130% du PIB.  Alors que la huitième mission du FMI depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye et la révélation en septembre 2024 des dettes cachées par l’administration précédente s’est achevée mardi 1ᵉʳ septembre, Majdi Debbich, le représentant du FMI au Sénégal, décrypte ce nouvel accord de coopération.

RFI : Le Fonds monétaire international s’est mis d’accord avec le Sénégal pour l’obtention d’un nouveau prêt d’un montant de 2,2 milliards de dollars. Ce prêt, c’est une bonne nouvelle pour le Sénégal. Et pourquoi ?

Majdi Debbich : Effectivement, c’est une excellente nouvelle. Cela fait deux ans que nous travaillons avec les autorités sénégalaises, d’abord sur la question du fameux « misreporting » de la dette cachée. En octobre 2025, les autorités sénégalaises ont demandé au FMI un nouveau programme. Aujourd’hui, c’est une étape importante, une première étape dans tout le process qui, in fine, doit conduire à la validation par notre conseil d’administration de ce nouveau programme.

Vous parlez de première étape. Ça veut dire que le Sénégal va devoir attendre encore plusieurs mois avant que les premiers décaissements tombent sur ses comptes ?

Généralement, vous avez donc dans nos process un certain nombre de mois qui s’écoulent entre un accord au niveau des services et la présentation au conseil d’administration du nouveau programme. Puisque les autorités doivent réaliser un certain nombre de mesures avant que l’on puisse présenter ce dossier au conseil d’administration. Généralement, pour vous donner une estimation, sur des programmes typiques, on est sur 2 à 3 mois.

Donc, dans le cas du Sénégal, on peut imaginer des premiers décaissements à partir du mois de décembre.

Ça reste dans le domaine du possible.

Le Sénégal a bénéficié pour la dernière fois d’un financement du FMI fin 2023, il y a près de trois ans. Ces 20 derniers mois, les discussions étaient difficiles, voire quasi inexistantes. Concrètement, qu’est-ce qui a changé pour qu’un accord puisse être trouvé ?

Les discussions ont été très intenses et nous avons un dialogue très étroit avec les autorités depuis la révélation de la dette cachée. Vous avez eu plusieurs étapes réalisées par les autorités sénégalaises pour traiter cette question de la dette cachée. Nous les avons accompagnées. Avec les autorités, on a convenu d’un package de réformes qui doit être mis en place pour que ce type de situation ne se répète pas. Les discussions sur le nouveau programme ont commencé il y a moins d’un an, donc c’est plus l’aboutissement d’un processus que vraiment un déblocage à court terme.

On a quand même le sentiment que les choses se sont accélérées. Qu’est-ce qui s’est passé ? Le départ d’Ousmane Sonko de la Primature a-t-il aidé ?

Je ne commenterai pas les développements politiques du Sénégal. En revanche, ce que je peux vous dire, c’est qu’on arrive à la fin d’un process. Des développements récents, notamment en matière de réformes menées par les autorités, y ont certainement contribué. Pour vous donner un exemple, la consolidation de toutes les fonctions liées à la gestion de la dette au sein d’un même ministère et d’une même direction générale a grandement contribué à ce qu’on ait plus de visibilité sur l’endettement du pays.

Il y a eu des gages donnés par le Sénégal et lesquels ?

Je ne parlerai pas de gages, mais disons qu’on s’est mis d’accord avec les autorités. D’abord sur un cadrage macroéconomique, sur un diagnostic de la situation, sur leurs besoins de financement à moyen terme, sur les politiques économiques et les grandes réformes qu’ils doivent mener dans le cadre du traitement de la question du « misreporting » ou des dettes cachées. On a d’autres mesures correctives importantes qui ont été mises en place et qui continueront à se mettre en place, notamment dans le cadre du programme.

La dette cachée du Sénégal, c’est la plus importante de l’histoire du FMI. Est-ce que ce n’est pas un drôle de signal que le Fonds monétaire international envoie en accordant un nouveau prêt au Sénégal, alors que le pays a dissimulé ou échoué à déclarer une importante partie de sa dette, au moins 11 milliards de dollars ?

Non, je pense que c’est le contraire. Nous travaillons très étroitement avec les autorités depuis deux ans. On salue la décision qui a été la leur, qui a été une décision difficile en septembre 2024, de révéler cette dette cachée. Et au cours des deux années passées, pour rappel, on a eu trois vagues d’audit : l’Inspection générale des finances, la Cour des comptes et ensuite un inventaire réalisé par le cabinet d’audit Mazars. Donc, je pense que les autorités ont montré qu’elles souhaitent tourner la page de cet épisode et être davantage transparentes. Ensuite, c’est un pays qui connaît une situation économique et financière difficile.

La dette du Sénégal n’est plus soutenable ?

Alors, il est évident, et je pense que c’est un diagnostic partagé avec les autorités, que le fardeau de la dette sénégalaise est considérable. On parle d’un niveau qui avoisine les 130 % du PIB, avec des dépenses d’intérêts qui représentent un quart des recettes fiscales. Ce sont autant de dépenses qui ne sont pas consacrées à des dépenses sociales ou à des investissements qui sont générateurs de croissance et d’emplois. Les autorités ont annoncé qu’elles souhaitent traiter cette dette avec leurs créanciers. Nous en prenons acte, notamment dans le cadre du programme que nous allons accompagner.

Les autorités ont annoncé leur intention de solliciter un traitement de la dette afin de rétablir sa viabilité. Ça veut dire quoi concrètement ? Défaut de paiement et restructuration ?

Ça veut dire que les autorités, effectivement, reconnaissent que le niveau d’endettement qui est celui aujourd’hui du Sénégal est un fardeau qui pèse sur le budget et qu’il est nécessaire de traiter cette dette afin de pouvoir dégager des marges de manœuvre pour des dépenses prioritaires plus importantes.

Source: https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-grand-invite-afrique/20260902

 

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