Contre La sansure

Un Sud-Africain à Simandou: une occasion de parler de l’Afrique que nous voulons

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Nous avons appris mercredi soir par notre 2 septembre 2026, par notre confrère Facely Konaté, que le Sud-Africain Kox Gomba, est le nouveau directeur général de SimFer, la filiale de Rio Tinto qui pilote les blocs 3 et 4 de Simandou, l’un des plus grands projets miniers du continent africain.

Cette nomination m’amène à une réflexion qui dépasse largement la personne de M. Kox Gomba et sa nationalité.

Je le précise d’emblée : je refuse de combattre la xénophobie par une autre forme de discrimination. Un individu ne saurait être tenu responsable des actes commis par certains de ses compatriotes. Et aucun Africain ne devrait être jugé, humilié ou exclu en raison de son origine nationale.

Mais je refuse également que le panafricanisme soit réduit à des discours de circonstance, pendant que des ressortissants africains continuent d’être victimes de violences, de stigmatisation et de discriminations en Afrique du Sud.

La Guinée et l’Afrique du Sud sont séparées par des milliers de kilomètres, mais elles sont liées par une histoire commune, par les luttes contre le colonialisme, le racisme et l’apartheid, et par le rêve d’une Afrique où la dignité de chaque être humain serait respectée.

L’Afrique du Sud de Nelson Mandela, Steve Biko, Oliver Tambo et de tant d’autres combattants de la liberté a donné au monde un immense message d’humanité : aucune personne ne devrait être discriminée en raison de la couleur de sa peau, de son origine ou de son appartenance.

C’est précisément au nom de cet héritage que nous devons aujourd’hui nous parler franchement.

Comment pouvons-nous construire une Afrique intégrée, solidaire et fraternelle si un Africain peut être accueilli comme un partenaire économique dans un pays africain, tout en étant parfois considéré comme un étranger indésirable dans un autre ?

La question n’est pas de savoir si Kox Gomba est Sud-Africain. La véritable question est de savoir quelle Afrique nous voulons construire.

Une Afrique où les capitaux, les minerais, les entreprises et les compétences circulent librement, mais où les Africains eux-mêmes seraient encore considérés comme des étrangers les uns chez les autres ?

Ou une Afrique où la fraternité panafricaine n’est pas seulement une formule politique, mais une réalité vécue par les peuples ?

Je lance donc un appel aux autorités guinéennes, à la société civile, aux organisations de défense des droits humains et surtout, à nos frères et sœurs sud-africains.

La Guinée ne doit pas répondre à la xénophobie par la xénophobie. Elle ne doit pas punir un Sud-Africain pour les actes de certains de ses compatriotes. Mais elle a le devoir de rappeler, avec respect et fermeté, que les Guinéens et les Sud-Africains appartiennent à une même communauté de destin.

Et ce rappel doit également être entendu en Afrique du Sud : un Congolais, un Guinéen, un Nigérian, un Malien, un Sénégalais, un Ivoirien ou tout autre Africain qui vit en Afrique du Sud, n’est pas un étranger au sens où nous l’entendons parfois. Il est notre frère africain.

De la même manière, le Sud-Africain qui vient travailler, investir ou exercer des responsabilités en Guinée doit être accueilli et traité avec dignité. La réciprocité que nous devons rechercher n’est donc pas celle de la discrimination, mais celle du respect.

C’est pourquoi je souhaite que la présence d’un Sud-Africain à la tête d’une entreprise qui participe à l’un des plus grands projets miniers d’Afrique, soit aussi l’occasion d’un message fort entre nos deux peuples : les ressources peuvent appartenir aux États, les entreprises peuvent être internationales, mais notre humanité elle, ne connaît pas de frontières.

Je suis personnellement reconnaissant à certains confrères journalistes sud-africains, à certaines organisations de défense des droits humains ainsi qu’à l’Université du Witwatersrand, à travers le Wits Centre for Journalism, pour le soutien qu’ils m’ont apporté, tant sur le plan professionnel qu’à la suite de l’enlèvement de mon père, directement ou indirectement.

Je suis également reconnaissant aux nombreux Sud-Africains qui refusent la xénophobie, défendent leurs frères africains et continuent de porter les valeurs de solidarité qui ont fait la grandeur du combat contre l’apartheid.

Mon propos n’est donc dirigé ni contre le peuple sud-africain, ni contre Kox Gomba en tant qu’individu.

Il s’agit d’un appel. Un appel à la conscience, à la fraternité, au respect de la dignité humaine, et un rappel à nous tous que le panafricanisme ne peut pas consister à réclamer une Afrique sans frontières pour les intérêts économiques et à accepter des frontières de mépris entre les peuples.

Nous avons hérité de Mandela, de Biko et de tous ceux qui ont combattu l’apartheid non pas le droit de choisir qui mérite la dignité, mais le devoir de la défendre pour tous.

L’Afrique sera véritablement une, libre et solidaire lorsque l’Africain cessera d’être un étranger pour l’Africain.

Mamoudou Babila KEITA


Journaliste d’investigation et éditorialiste Guinéen en exil.

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