QUE DIRE SINON QUE DIEU MERCI: PERMISSION DE SOIN A DR KASSORY FOFANA ET A L’HONORABLE AMADOU DAMARO CAMARA POUR L’ÉTRANGER
Il est des moments dans la vie d’une Nation où un geste dépasse largement la circonstance qui l’a fait naître. Il est des décisions qui ne se mesurent pas seulement à leurs effets immédiats, mais à la trace qu’elles laissent dans la conscience collective. Et il est des actes qui, au-delà de leur dimension administrative ou judiciaire, portent en eux une certaine idée de l’État, de son autorité et de sa responsabilité devant l’Histoire.
À cet égard, l’autorisation accordée au Dr Kassory Fofana et à M. Amadou Damaro Camara de poursuivre leurs soins à l’étranger constitue un geste qu’il convient de saluer avec hauteur et responsabilité.
Lorsqu’un homme privé de liberté est confronté à la maladie, la compassion ne devrait jamais être considérée comme une faiblesse de l’autorité. Bien au contraire. La grandeur d’un État ne se révèle pas uniquement dans sa capacité à sanctionner ; elle se révèle également dans sa faculté à préserver l’humain lorsque les circonstances l’exigent.
La maladie n’est pas un délit. La souffrance n’est pas une peine supplémentaire. Et la prison, quelle que soit la nature de la procédure qui l’a précédée, ne devrait jamais devenir un lieu où l’être humain serait condamné à affronter seul l’épreuve de la maladie.
C’est pourquoi cette première ouverture mérite d’être considérée non comme une exception isolée, mais comme l’amorce possible d’une politique plus large d’apaisement.
Nous appelons donc, avec respect mais avec fermeté, à la libération des autres détenus, sans conditions, sans marchandage, sans préalable politique et sans contrepartie.
Il ne s’agit pas ici de nier la justice, encore moins de demander à l’État de renoncer à ses prérogatives. Il s’agit de rappeler une vérité vieille comme les Républiques : la justice peut être ferme sans être cruelle, l’autorité peut être forte sans être insensible, et l’État peut exercer son pouvoir sans transformer la souffrance humaine en instrument politique.
La Guinée a suffisamment connu les blessures de la division, les rancœurs accumulées, les familles séparées, les destins suspendus et les silences imposés par les circonstances politiques. À un moment donné, une Nation doit savoir regarder plus loin que ses querelles du présent.
Libérer, ce n’est pas nécessairement absoudre. Pardonner, ce n’est pas nécessairement oublier. Réconcilier, ce n’est pas effacer l’Histoire.
C’est parfois simplement décider que l’avenir mérite mieux que la répétition indéfinie des blessures du passé.
Voilà pourquoi la libération des autres détenus ne devrait être enfermée dans les mécanismes du marchandage politique. Elle devrait être envisagée comme un geste souverain de l’État en faveur de l’apaisement national.
Sans conditions.
Car lorsque la liberté devient l’objet d’une négociation interminable, elle cesse d’être un geste de réconciliation pour devenir une monnaie d’échange. Or, une véritable politique d’apaisement ne saurait être bâtie sur le calcul permanent de ce que chacun doit concéder à l’autre.
Il faut parfois savoir donner sans exiger.
Il faut parfois savoir ouvrir une porte sans demander à celui qui la franchit de s’agenouiller devant celui qui possède la clé.
Et surtout, il faut savoir comprendre que le pouvoir est une responsabilité temporaire, tandis que la Nation, elle, demeure.
Les gouvernements passent. Les régimes évoluent. Les hommes changent de fonction. Les circonstances politiques se renversent. Mais le peuple demeure avec sa mémoire, ses blessures et son espérance.
C’est pourquoi rien ne justifie que nous enfermions éternellement notre pays dans la logique du soupçon, de la revanche ou de la confrontation.
Il existe mille façons de gouverner.
On peut gouverner par la peur, par la méfiance, par la sanction permanente et par l’idée que toute concession serait une faiblesse.
Mais on peut également gouverner par l’équité, par la hauteur de vue, par le dialogue, par la justice et par la clémence.
La première méthode peut produire le silence. La seconde peut produire la paix.
Et lorsqu’une Nation aspire à retrouver son équilibre, la paix vaut infiniment plus que le silence.
La clémence n’est donc pas l’abandon de l’autorité. Elle en est parfois la forme la plus élevée.
Car il faut une certaine puissance pour punir ; mais il faut une puissance plus grande encore pour savoir quand ne plus punir.
Il faut de la force pour maintenir quelqu’un derrière des barreaux ; mais il faut parfois davantage de force morale pour ouvrir la porte.
Le pouvoir qui sait punir démontre son autorité. Le pouvoir qui sait pardonner révèle sa grandeur. Et le pouvoir qui sait réconcilier laisse une empreinte dans l’Histoire.
Nous ne demandons donc pas l’effacement de la justice.
Nous demandons que la justice soit accompagnée de cette humanité qui donne à l’État sa véritable noblesse.
Nous ne demandons pas que l’on réécrive le passé.
Nous demandons que l’on permette à la Nation d’écrire autrement son avenir.
Nous ne demandons pas que les responsabilités soient niées.
Nous demandons que la détention ne devienne jamais une fatalité lorsque la maladie, l’âge, la vulnérabilité ou les circonstances humaines commandent davantage de compassion.
Et surtout, nous demandons que les autres détenus puissent eux aussi retrouver leur liberté, sans conditions, sans marchandage et sans préalable politique.
Cette libération pourrait constituer un signal puissant adressé à toute la Nation : celui d’un État qui ne confond pas autorité et dureté, celui d’un pouvoir qui comprend que l’apaisement n’est pas une capitulation, et celui d’une République capable de dépasser les passions du moment pour privilégier l’intérêt supérieur du pays.
La réconciliation nationale ne se décrète pas uniquement dans les discours.
Elle se construit par des gestes.
Elle commence parfois par une porte que l’on ouvre.
Par une famille que l’on réunit.
Par un malade que l’on laisse se soigner.
Par un détenu que l’on libère.
Par une main que l’on cesse de tenir fermée.
La Guinée n’a pas besoin que ses blessures deviennent des monuments. Elle a besoin qu’elles deviennent des leçons.
Voilà pourquoi nous saluons cette première ouverture avec espoir.
Mais nous souhaitons qu’elle aille plus loin.
Qu’elle embrasse les autres détenus.
Qu’elle dépasse les circonstances particulières.
Qu’elle devienne une véritable politique d’apaisement.
Sans conditions. Sans marchandage. Sans humiliation. Sans préalable politique.
Parce qu’au fond, gouverner n’est pas seulement décider de qui sera sanctionné.
Gouverner, c’est aussi savoir quand la Nation a besoin que l’on pardonne, que l’on apaise et que l’on rassemble.
L’Histoire ne retiendra pas seulement les décisions prises dans les moments de puissance.
Elle retiendra surtout celles qui auront permis à un peuple meurtri de respirer de nouveau.
La clémence n’est donc pas une faiblesse de l’État.
Elle peut être l’une de ses plus hautes forces.
Et peut-être même, dans certaines heures de l’Histoire, la plus courageuse de toutes.
Cette version donne davantage au texte une dimension de doctrine d’État et de réconciliation nationale, tout en conservant clairement votre exigence centrale : la libération des autres détenus, sans conditions ni marchandage.
