Tshisekedi, fait son troisième mandat sur la guerre à l’Est !
RDC : le dialogue inclusif est-il un piège ? Alors que l’opposition annonce une marche le 15 septembre contre un troisième mandat, Félix Tshisekedi met en avant son grand dialogue pour la paix. Une manœuvre qui rappelle des précédents au Sahel.
Les chefs des juntes du Sahel ont compris qu’une crise sécuritaire insoluble, on ne s’épuise pas à la résoudre. On la cantonne et on s’en sert comme épouvantail pour ne jamais quitter le pouvoir. Tshisekedi, qui a, en vain, il faut le lui reconnaître, fait des concessions pour obtenir la paix, n’a pas toujours été bien récompensé en retour. Il pourrait être tenté de copier l’exemple venu du Sahel. Depuis 2021, le M23 tient. Goma est tombée en janvier 2025. Beaucoup d’accords ; Luanda, Washington, Doha. Mais toujours rien. L’Est est une crise structurellement insoluble à court terme. Mais un contexte de guerre peut devenir une opportunité politique.
Que fait Tshisekedi ? Imagine-t-il un mécanisme en deux temps ?
Premièrement, il cloisonne. Il exclut le militaire pour gérer le politique. Il s’évite la synergie des crises. Il n’a pas l’avantage militaire à l’Est. Une jonction AFC/M23 et C64, c’est la perte du contrôle du processus. Le dialogue n’est pas fait pour régler la guerre. Il utilise la guerre comme argument : « Pas d’élections sans paix à l’Est ». Donc il faut un pacte, donc il faut prolonger le mandat, donc il faut réviser la Constitution.
Tshisekedi exploite les fragilités.
La Cenco n’est plus ce qu’elle était. De faiseuse de rois en 2016, elle est passée à figurante. Tshisekedi sait ce qu’il lui doit depuis 2018. Il a depuis travaillé à s’en émanciper. En la fragilisant, au besoin. Le coup de grâce, c’est le poker menteur du 17 juillet. La CENCO-ECC est faite médiatrice en chef. Puis par ordonnance du 27 août, elle est réduite à simple « équipe intégrée » à une commission préparatoire pilotée depuis la Présidence. En langage administratif congolais, « intégré » veut dire « neutralisé ». Par la même ordonnance, Tshisekedi atomise l’opposition. En imposant Kinshasa pour abriter les discussions, il exclut d’office Katumbi, en exil et visé par des procédures intempestives. Et il met dans le vent « Sauvons la RDC », qui demandait un terrain neutre et un dialogue hors institutions. C’est ce qu’un éminent membre du C64 appelle le « Dialogue corseté » : imposition du lieu, de l’ordre du jour, des participants, et des conclusions écrites à l’avance. Au fond, le dialogue inclusif n’est pas fait pour inclure les Congolais. Il est fait pour inclure le troisième mandat dans la Constitution.
Tshisekedi a-t-il les moyens de conduire le processus jusqu’à la modification de la constitution ?
Pour l’instant, oui. Alignement des planètes. Le processus a passé le Sénat le 15 juin et la Cour constitutionnelle le 28 juillet. Le dialogue est verrouillé. La crise militaire est séparée du processus politique, mais utilisée comme argument pour écrire une nouvelle concorde nationale. La Cenco-ECC est piégée. Si elle claque la porte, on l’accusera de refuser la paix. Si elle reste, elle bénit un processus qui prépare le 3e mandat. À moins que de commun accord avec le C64 et « Sauvons la RDC », ils ne réussissent à imposer une ligne rouge publique et non négociable, telle qu’ils la formulent déjà : 2028 – Terminus pour Tshisekedi !
Ahmed Newton Barry

