Contre La sansure

Bassamba Amine: ANTONIO SOUARÉ – KPC : QUAND DEUX GÉANTS DU FOOTBALL CHOISISSENT ENFIN L’UNITÉ

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Il y a des images qui valent mieux que mille discours. Il y a des gestes qui, en quelques secondes, disent à un peuple ce que des années de méfiance n’ont jamais su lui dire. Ce dimanche 13 septembre 2026, au stade du 28-Septembre, à l’occasion du retour du football guinéen dans cette enceinte mythique, une scène a bouleversé les consciences : Antonio Souaré et Kerfalla Camara KPC, les deux grandes figures de l’investissement privé dans le football guinéen, réunis dans une étreinte fraternelle, souriante et profondément chaleureuse.

L’image n’était pas seulement belle. Elle était symbolique.

Elle disait à la Guinée que deux hommes qui ont longtemps pu être regardés comme des adversaires pouvaient enfin se regarder comme des frères. Elle disait surtout que le football guinéen, épuisé par les querelles, les crises institutionnelles et les recommencements perpétuels, avait peut-être devant lui la plus précieuse des victoires : celle de l’unité de ses forces.

Car Antonio Souaré et KPC ne sont pas des spectateurs du football guinéen. Ils en sont des bâtisseurs.

L’un a porté le Horoya AC vers une dimension continentale et a exercé les plus hautes responsabilités de la FEGUIFOOT. L’autre a repris le Hafia FC, engagé d’importants investissements dans sa modernisation, développé une académie et participé à la construction d’infrastructures destinées à la jeunesse et au football. La presse guinéenne les a d’ailleurs déjà présentés comme les deux plus gros investisseurs du football national.

Voilà pourquoi leur rapprochement dépasse la simple émotion d’un soir.

La Guinée ne peut plus se permettre de confier son football à l’improvisation, à l’apprentissage, au stage, au tâtonnement, au doute, à l’essai.

Une institution qui sort d’une crise profonde n’a pas besoin d’un apprentissage expérimental. Elle a besoin d’expérience, de compétence, de réseaux, de moyens et d’une connaissance intime de la maison que l’on prétend reconstruire.

On ne confie pas un navire pris dans la tempête à celui qui apprend encore à distinguer la boussole du gouvernail.

La FEGUIFOOT a besoin d’hommes qui connaissent le football de l’intérieur, ses clubs, ses joueurs, ses compétitions, ses exigences financières, ses rapports avec la CAF et la FIFA, ses réalités locales comme ses impératifs internationaux.

De ce point de vue, Antonio Souaré possède une expérience que nul ne peut lui retirer. Élu président de la FEGUIFOOT en 2017 après avoir dirigé le Horoya AC et la Ligue Guinéenne de Football Professionnel, il a déjà occupé les principaux échelons de la gouvernance footballistique nationale et régionale. En plus, il connaît, comme la paume de sa main, les rouages les plus enfuis de la CAF et de la FIFA.

Son passage à la tête de la Fédération ne saurait évidemment être présenté comme exempt de critiques. L’histoire ne fait jamais de cadeau aux hommes qui exercent le pouvoir. Mais l’expérience, elle, demeure. Et dans une période où le football guinéen cherche précisément à sortir des cycles de crise, cette expérience constitue un capital que l’on devrait impérativement mettre au service du peuple sportif de Guinée.

Il faut surtout regarder les choses avec lucidité : Antonio Souaré n’arrive pas devant le football guinéen avec une feuille blanche.

Son expérience à la tête du Horoya, son implication dans le développement des compétitions, ses responsabilités fédérales antérieures et son rôle dans plusieurs projets structurants constituent un acquis. Il est un secret de polichinelle tout ce qu’il a apporté au football guinéen en seulement quatre (4) années de présidence : le développement des infrastructures, la professionnalisation des structures, la formation et une meilleure exposition du championnat guinéen, sans compter l’incroyable complexe de Yorokoguiya.

Et il y a une autre réalité, plus prosaïque mais essentielle : diriger le football coûte cher, extrêmement cher.

Le football moderne ne vit pas de belles paroles. Il exige des terrains, des académies, des équipements, des déplacements, des salaires, des encadreurs, des médecins, des arbitres formés, des compétitions régulières et des équipes nationales correctement préparées.

Un président qui dispose lui-même d’une capacité d’investissement privée considérable peut réduire la pression qui pèse sur les finances publiques et sur les ressources institutionnelles. Cela ne dispense évidemment d’aucune règle de transparence, d’audit ou de bonne gouvernance. Au contraire : plus les moyens sont importants, plus la responsabilité doit être grande.

Mais il serait naïf de croire que l’argent n’est pas un facteur déterminant dans le football moderne.

L’argent ne remplace pas la vision. Mais sans moyens, même la meilleure vision reste souvent prisonnière du papier.

C’est précisément là que l’union Antonio Souaré–KPC prend toute sa valeur.

Deux clubs historiques. Deux investisseurs majeurs. Deux hommes qui ont déjà consacré des ressources considérables au football. Deux expériences différentes qui, au lieu de continuer à se neutraliser, décident enfin de se compléter pour faire de la Guinée un pays de football de haut niveau.

Et si KPC décidait de mettre son expérience, ses infrastructures et son influence au service d’une dynamique collective, tandis qu’Antonio Souaré mettait son expérience fédérale, sa connaissance des institutions et son programme au service d’une refondation nationale, la Guinée disposerait peut-être enfin du tandem capable de transformer une crise en opportunité majeure et sans précédent. À nous de mettre leur union à l’épreuve des résultats que nous attendons.

L’enjeu du 27 octobre 2026 dépasse donc largement les petits arrangements de couloir que l’on aperçoit ça et là, menés par des novices du mangement footballistique.

La FEGUIFOOT doit retrouver sa stabilité. Le championnat doit retrouver sa crédibilité. Les clubs doivent retrouver leur place. La formation doit redevenir une priorité. Les infrastructures doivent être développées. Les compétitions nationales doivent être régulières et économiquement viables. Le Syli National doit retrouver une organisation digne de son potentiel.

Et pour cela, il faut une équipe, non une aventure personnelle improvisée et sans un lendemain programmé et maîtrisé à la perfection.

Antonio Souaré affirme aujourd’hui avoir « la vision », « le programme » et la capacité de remettre rapidement en place ce qui a été détruit. Il appartient désormais aux acteurs du football guinéen d’examiner cette proposition avec sérieux, comme ils devront examiner toutes les autres candidatures, sur la base des textes, des projets, des compétences et des résultats.

Mais une chose est certaine : la Guinée n’a plus le temps de recommencer éternellement à zéro, surtout avec une candidature déjà présentée pour l’organisation de l’une des deux CAN 2032 et 2036.

Elle a besoin de quatre années de travail, de méthode et de continuité pour reconstruire en profondeur.

Quatre années pour remettre les structures sur leurs pieds.

Quatre années pour relancer la formation.

Quatre années pour professionnaliser davantage les clubs et les compétitions locales.

Quatre années pour attirer les investissements privés.

Quatre années pour restaurer la confiance des partenaires locaux et étrangers.

Quatre années pour redonner au Syli National une organisation et une ambition à la hauteur de son histoire.

Voilà pourquoi l’étreinte du 13 septembre doit être regardée autrement. Elle ne doit pas être seulement l’image émouvante de deux hommes heureux de voir le football guinéen retrouver le stade du 28-Septembre.

Elle peut devenir l’image fondatrice d’une réconciliation du football guinéen avec lui-même.

Antonio Souaré et KPC ont suffisamment de poids, d’expérience et de moyens pour comprendre une vérité simple : dans un petit pays qui possède un immense talent footballistique, les grandes querelles entre grands hommes deviennent toujours de petites défaites pour la nation.

Le moment est donc venu de choisir la grandeur plutôt que la division. Le football guinéen n’a pas besoin d’un nouveau héros solitaire. Il a besoin d’une équipe de bâtisseurs.

Et si cette étreinte était réellement le commencement d’une alliance, alors, peut-être, le 13 septembre 2026 ne serait pas seulement la date du retour du Horoya au stade du 28-Septembre.

Ce serait la date où deux géants auraient enfin compris qu’ils pouvaient gagner ensemble ce qu’aucun d’eux ne gagnera durablement seul : la renaissance du football guinéen.

Le 27 octobre, la Guinée ne choisira donc pas seulement un président de Fédération. Elle choisira une méthode, une vision et quatre années de destin sportif.

Que ceux qui auront la responsabilité de voter s’en souviennent : le football guinéen n’attend plus des promesses. Il attend des bâtisseurs. Et les bâtisseurs du football guinéen, tout le monde les connaît, pas besoin de dessin.

Bassamba Amine

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