FRANCE 24 : MAKANERA, LA HAC ET LES TAMBOURS DE LA PANIQUE
Julien Fanciulli avait quelques secondes d’antenne. Makanera et la HAC viennent de lui offrir la Guinée entière et le monde. Un journaliste de France 24 prononce un mot : « putschiste ». Quelques téléspectateurs l’entendent.
Puis surgit Alhoussein Makanera Kaké. Il dénonce une « insulte intolérable », un journaliste « hors-la-loi », une « forfaiture », exige une sanction et prévient France 24 qu’elle pourrait devenir « complice ».
Le mot commence son tour de Guinée et de partout ailleurs. Mais ce n’était apparemment pas assez. La HAC entre en scène. Constitution. Loi organique. Déontologie. Souveraineté. Dignité des institutions. Mise en demeure.
Et voilà comment un adjectif obtient gratuitement une campagne nationale de promotion. France 24 avait un présentateur. Elle vient de recruter des attachés de presse bénévoles à Conakry. Makanera assure la bande-annonce, la HAC organise la rediffusion et les réseaux sociaux font le service après-vente. Tout le pays demande : Mais qu’a donc dit France 24 ? Réponse : « putschiste ». Mission accomplie.
Le même 16 septembre, la HAC retire également l’accréditation du correspondant de Jeune Afrique, Mamadou Diawo Barry, invoquant notamment des manquements à « l’objectivité », à « la neutralité » et à « l’équilibre ». Deux médias internationaux dans la même journée.
Et Thomas Dietrich en rajoute, interprétant cette fébrilité comme le signe d’une prise de distance française et avançant des accusations autrement plus graves contre le régime.
Ses affirmations lui appartiennent, mais le spectacle, lui, est public. Quand un pouvoir court derrière chaque journaliste, chaque article et chaque adjectif, il ne montre pas sa puissance. Il montre ce qui l’inquiète.
Le malheur de Mamadi Doumbouya est peut-être aussi d’être entouré de trop de missionnaires du tambour. Des hommes convaincus que défendre un président consiste à frapper toujours plus fort.
Un mot tombe à Paris ? BOUM ! Makanera. BOUM ! La HAC. BOUM ! Mise en demeure. Et le lendemain : BOUM ! France 24 interdite sur tout le territoire. Signal coupé. Accréditations retirées. ARPT réquisitionnée. Accès numériques visés. La décision invoque désormais l’urgence, l’ordre public, la stabilité des institutions et l’image du pays.
Là, je dois reconnaître mon erreur. Je croyais que nous avions affaire à un adjectif. Manifestement, il s’agissait d’une menace contre la sécurité nationale. Dans le bulletin très officiel de mon imagination, les FDS sont déjà en état d’alerte et un commando des Forces spéciales attend ses coordonnées. Mission : capturer l’adjectif fugitif. Le prendre vivant, neutraliser le dictionnaire qui l’héberge et placer les synonymes sous surveillance. On ne sait jamais. Un autre mot pourrait franchir la frontière.
Au passage, excellente nouvelle, l’article 4 a été retrouvé vivant. Dans la première décision de la HAC, celle qui rappelait France 24 à son obligation « d’exactitude », on passait de l’article 3 à l’article 5. L’article 4 avait disparu, comme Foniké Mengué, Billo Bah et Habib Marouane Camara. Le lendemain, miracle, il réapparaît dans la décision interdisant France 24. On perd un article le mercredi. On ferme une télévision le jeudi. Et l’article rentre à la maison. Magnifique !
Julien Fanciulli avait prononcé un mot pendant quelques secondes. On pouvait le contester, rappeler la nouvelle situation institutionnelle de Mamadi Doumbouya et discuter de la pertinence actuelle du qualificatif.
Les missionnaires du tambour ont préféré lui construire un monument. Makanera lui a donné un communiqué. La HAC, une mise en demeure. Puis une interdiction nationale. Les réseaux sociaux, une audience. Résultat : toute la Guinée connaît désormais le mot qu’il ne fallait surtout pas entendre. Le monde entier aussi.
On peut couper un signal. Bloquer un site. Retirer une accréditation. Mais il reste une institution particulièrement indisciplinée, la curiosité. Et celle-là n’a pas encore reçu sa mise en demeure.
France 24 voulait informer. Ses « adversaires » viennent de faire sa publicité. Quel remarquable travail de communication.
Alpha Issagha Diallo
Expert agréé en amplification des silences et auditeur bénévole des missionnaires du tambour.
