France24 se ravise, le balancier s’est inversé (Mognouma)
« Il y a des années derrière nous, quand le sort des pays d’Afrique sub-saharienne notamment s’y débattait, à l’époque de la toute-puissance française, c’était inimaginable » s’amusait à rappeler un ami qui fait allusion à ce mea-culpa de la chaine française d’info en continu. Évidemment, l’occasion est rare pour mettre un curseur là-dessus.
Pour rappel, ce média français de « grande » réputation a qualifié, dans l’une de ses éditions récentes, le chef de l’État guinéen de ‘’président putschiste’’, alors que celui-ci a réussi à organiser les élections qu’il a largement remportées. C’était en en fin d’année dernière. Ce qui conséquemment ne permet plus de lui associer le qualificatif utilisé par la chaine française. On comprend dès lors la colère des soutiens du pouvoir et même l’attitude de principe de l’organe de régulation qui ont, à cet effet, exigé que la chaîne se dédise, ou plutôt se rectifie. On ne peut pas ne pas donner raison aux autorités qui sont d’ailleurs allées très loin en suspendant la diffusion sur le territoire national. À titre de comparaison, un tel lapsus, si lapsus il y a, n’arrive jamais quand ces médias parlent des présidents tchadien et gabonais, qui ont pourtant le même parcours. Tous arrivés au pouvoir par un coup d’État, puis élus à l’issue d’un scrutin organisé plus tard dans le cadre du retour à l’ordre constitutionnel.
Pour revenir à l’étonnement de l’ami, il faut noter que c’est le monde qui a changé entretemps. La France n’est plus ce qu’elle représentait dans la politique africaine il n’y a pas si longtemps. La Françafrique a fait sa mue au gré de la géopolitique actuelle qui impose un nouveau paradigme. Et les chaînes de France Médias Monde, médias de service public dédié au relai de la position du Quai d’Orsay, ont aussi, par effet d’adaptation, fait leur mue. Ils ont logiquement adapté leur fonctionnement à cette nouvelle donne.
Possiblement, comme ça se susurre dans les milieux, en raison de la mise en garde légitime de la Guinée, le Quai d’Orsay aurait envoyé un message informant ces supposés relais que le pays est un bastion important à ne pas voir basculer dans d’autres girons géopolitiques, comme c’est le cas pour les pays du Sahel. Vrai ou faux, en tout cas la Guinée s’est faite entendre et la bourde a été corrigée.
Pour cela, la Guinée n’a pas eu besoin de longues tirades pour mettre en branle les responsables du média afin de replacer les choses à l’endroit. Rectifier le tir. Rappeler que c’est une bourde de leur part. Un seul communiqué a suffi pour démontrer que plus rien ne sera comme avant. Une décennie de sacrilèges s’effondre. C’est le balancier qui se renverse. Ainsi va le monde d’aujourd’hui.
Mognouma

