Contre La sansure

KASSORY À PARIS : ALERTE, ÉPIDÉMIE D’HUMANISME À CONAKRY !

0

Dr Ibrahima Kassory Fofana est parti se soigner en France. Alhamdoulillah. Qu’Allah lui accorde la guérison, la santé et le retour auprès des siens.

Entre êtres humains, on aurait pu s’arrêter là. Mais impossible. Les encenseurs avaient déjà démarré les moteurs.

À peine l’avion médicalisé annoncé qu’une véritable épidémie d’humanisme s’est déclarée à Conakry. « Grande portée humaine ! » « Humanisme ! » « Responsabilité ! » « Apaisement ! » « Fraternité ! » « Président de tous les Guinéens ! ». Doucement !

À ce rythme, Kassory n’est plus parti recevoir des soins à Paris, il vient d’être guéri à Conakry par imposition de communiqués. Quel spectacle !

Un homme passe des années en détention. Son état de santé devient suffisamment préoccupant pour nécessiter une évacuation médicalisée. Et voilà qu’au moment où l’avion décolle, une meute d’encenseurs surgit pour nous expliquer que nous venons d’assister à un sommet mondial de l’humanisme.

Dans cette nouvelle République des miracles, permettre à un malade de se soigner devient désormais une prouesse politique. Demain, si un détenu reçoit un verre d’eau : « Acte historique d’hydratation républicaine posé par le Chef de l’État ». S’il reçoit une couverture : « Geste exceptionnel de solidarité thermique ». Et si on lui ouvre une fenêtre : « Décision présidentielle majeure garantissant l’accès universel à l’oxygène ».

À ce niveau d’encens, même les saints demanderaient qu’on ouvre les fenêtres. Mais le plus savoureux reste cette découverte soudaine de la dignité humaine. On nous explique maintenant que « l’Humain doit rester au-dessus de tout », que la vie doit nous rassembler et que la maladie ne devrait jamais devenir un terrain de confrontation politique.

Formidable ! Il était temps de retrouver le mode d’emploi. Gardons précieusement ces déclarations. Imprimons-les. Plastifions-les. Encadrons-les. Parce qu’une question particulièrement insolente pourrait un jour surgir. Si l’Humain est réellement au-dessus de tout, pourquoi faut-il attendre qu’il soit suffisamment malade pour monter dans un avion médicalisé avant de découvrir qu’il est humain ?

Et puisque la fraternité vient également d’être redécouverte, quelques noms pourraient malencontreusement traverser l’esprit. Foniké Menguè, Billo Bah, Habib Marouane Camara, Mabory, Néné Oussou et tant d’autres. Mais ne gâchons pas la messe. Aujourd’hui, c’est humanisme, l’inventaire des frères attendra.

Soyons parfaitement clairs, le départ de Kassory Fofana pour recevoir des soins est une bonne nouvelle. Mais transformer cette décision en béatification politique relève d’une gymnastique de l’encensoir qui mérite bientôt sa propre fédération sportive.

Un État qui permet à un homme gravement malade d’accéder aux soins ne lui offre pas la lune. Il respecte une exigence élémentaire, sa dignité. On peut donc remercier ceux qui ont facilité son évacuation, reconnaître la décision, l’approuver. Mais de grâce, rangez les auréoles.

Lorsqu’une porte finit par s’ouvrir après être restée longtemps fermée, on peut se réjouir de l’ouverture sans canoniser le serrurier, bénir la serrure et décorer la clé. Car l’humanité n’est pas une faveur présidentielle. La dignité n’est pas une grâce accordée aux citoyens méritants. Et un droit tardivement exercé ne devient pas un miracle simplement parce qu’une meute d’encenseurs s’est précipitée pour faire sonner les cloches.

Alors, bon rétablissement à Dr Kassory Fofana. Quant aux encenseurs, qu’ils ménagent un peu leurs bras. À force de remuer l’encensoir chaque fois que quelqu’un respire, ils finiront par nous présenter l’oxygène comme un don personnel du Chef de l’État.

Alpha Issagha Diallo

Auditeur bénévole des missionnaires du tambour

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?