Contre La sansure

A Boffa, le calice de la misère nous l’avons bu jusqu’à la lie (*)

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Le loup mourra en sa peau ; nos sbires aussi. Si non comment comprendre que pour une simple réclamation, par ailleurs légitime, des agents formés, équipés et entretenus par nos poches dégainent leurs fusils contre de simples manifestants de surcroit désarmés ? Comment comprendre que des hommes formés en maintien d’ordre fassent couler autant de sang, pillent jusque dans les domiciles parfois des non manifestants ? La preuve par mille que celui qui a dit que dans notre pays nous avons encore à faire n’a pas tort.

Par ailleurs dire que Boffa manque de tout est un euphémisme. La réalité est plus violente, plus dévastatrice qu’on ne le croit. La courbe du chômage fait partie des plus élevées de la république. Et pourtant la localité dénombre au moins quatorze (14) entreprises minières toutes spécialisées dans l’exploitation des minerais de bauxite. Mais, plus grave encore, les impactes tous azymites de cette exploitation sont particulièrement ravageurs pour le Rio Pongo et la Guinée par ricochet.

Des villages entiers sont dégagés, des forets dévastées souvent sans aucune compensation, sans aucune forme de restauration. Ne parlons même pas de la faune sauvage aujourd’hui en passe d’être décimée sous l’œil inerte de certains de nos responsables. Des espèces animalières entières sont en voie d’extinction dans la zone autrefois riche en diversité faunique.

Parlant des populations nous n’aurons pas tort d’affirmer qu’elles sont soumises aux affres de Golgotha. Essentiellement agricoles, aujourd’hui elles ne savent plus à quel saint se vouer étant donné que la quasi-totalité des terres cultivables leur ont été spoliées au profit des miniers, quel dommage. Que dire de la chaleur qui augmente en flèche dans la région, conséquence directe de la déforestation exacerbée par l’exploitation minière.

En outre, pour ceux qui ne le savent pas, Boffa c’est aussi et surtout la pêche maritime artisanale. C’est une activité lucrative qui, jadis, assurait la survit d’une population autrefois paisible. Mais aujourd’hui il n’en est rien de tout ça. Les ports miniers ont pris le dessus sur ceux dédiés à la pêche. Plus grave encore, l’activité portuaire des compagnies minières se rend coupable d’une pollution sans précédant des eaux de mer.

En effet des tonnes de bauxite, pour ne pas dire des cargaisons entières, sont déversés dans la mer polluant ainsi les eaux et les ressources halieutiques qu’elles contiennent. Ne parlons pas de l’action néfaste des dizaines de milliers de litres de carburant qui échappent à la manipulation et s’étalent à la surface des eaux, condamnant à mort notre belle et riche biodiversité. A dire vrai, la situation au plan environnemental y est préoccupante et c’est le moins qu’on puisse affirmer.

Et comme si ce qui a été cité haut ne suffisait pas, il y a le fait que la localité soit l’une des plus oubliées de la république. En dépit de tout ce que Boffa procure à la Guinée en termes de recettes fiscales minières, il reste pourtant le parent pauvre des politiques publiques en matière d’infrastructures. Le contraste est tout simplement bouleversant. Pas de routes en dehors de la nationale, pas d’écoles digne de ce nom ni d’hôpitaux pour nos nombreuses populations. Les marigots et rivières sont détruits par l’exploitation minière sans aucune compensation. L’eau potable aujourd’hui dans le Rio Pongo est une denrée rare et l’électricité est un luxe que nos populations ne méritent pas. Ça fait honte…

(*) Par Mohamed Lamine SYLLA

Fils et ressortissant de Boffa

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