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« À ce stade de la procédure, la détention du Capitaine Moussa Dadis Camara ne semble pas être indispensable à la bonne marche de la procédure et à la manifestation de la vérité ».

De plus en plus de voix s’élèvent au sein de l’opinion pour dénoncer ou critiquer l’incarcération du capitaine Moussa Dadis Camara et plaider en faveur de sa mise en liberté.

L’un des arguments les plus employés est le fait qu’il est un ancien chef d’État et qu’il ‘’a incarné la République’’ à un moment donné. Cet argument risque d’être inaudible pour la bonne et simple raison que dans le contexte actuel, il n’existe pas un statut pénal spécial pour un ancien chef d’État.

Dans tous les cas, il y a des anciens chefs d’Etat comme Luiz Inacio Lula da Silva (Brésil) et Alberto Fujimori (Pérou) qui ont fait la prison. Même si ces deux avaient été emprisonnés à la suite de décisions de condamnation.

Il serait plus adroit d’insister sur le fait que le Capitaine Moussa Dadis Camara a toujours manifesté sa volonté de rentrer au pays pour faire face à la justice et ‘’livrer sa part de vérité’’ comme le disent ses avocats, sur le dossier relatif aux événements du 28 septembre 2009. Il en a été empêché deux fois au moins. C’est comme s’il y avait des gens qui souhaitaient qu’il reste en exil pour cacher leur propre responsabilité ou protéger certains acteurs majeurs de cette affaire.

Personne ne peut donc soutenir qu’il a cherché à se soustraire à la justice. Il n’a pas été extradé. Il a acheté lui-même son billet d’avion pour regagner Conakry. À titre de comparaison, l’ancien Président du Faso, Blaise Compaoré, a fui son pays pour se réfugier en Côte d’Ivoire dont il a obtenu la nationalité. Tout cela pour échapper à la colère des insurgés de 2014 et surtout à la justice puisqu’un pays n’extrade pas ses nationaux.
Certains diraient que, dans tous les cas, avec ou sans consentement, le Capitaine Moussa Dadis Camara pouvait être présenté au juge en cas de besoin. Il y en a même qui disent qu’il était dans une sorte de prison à ciel à Ouagadougou et avait hâte de mettre fin à son exil. Mais c’est là un autre débat. Toujours est-il qu’il souhaite être jugé le plus tôt que possible afin de donner sa version des faits. On peut donc dire que s’il avait été laissé en liberté, il n’y aurait aucun risque qu’il se soustraie à la justice.

Il est vrai que la détention provisoire n’a pas pour but d’assurer seulement la représentation de la personne poursuivie. Il y a d’autres motifs qui peuvent justifier une détention provisoire. Mais à ce stade de la procédure, la détention du Capitaine Moussa Dadis Camara ne semble pas être indispensable à la bonne marche de la procédure et à la manifestation de la vérité.

Mais, sa détention pourrait avoir un autre objectif, celui de prouver à l’opinion publique que la justice est puissante et indépendante en ce sens qu’elle peut mettre n’importe qui en prison et que nul n’est à l’abri d’une privation de liberté. Ceux qui voient les choses de cette manière pourraient dire ainsi ‘’Si Dadis, ancien chef d’État a été emprisonné, personne d’autre ne pourrait y échapper ».

Cela ne devrait pourtant pas être le but principal de la justice. Le rôle de la justice est de rendre la justice et non de prouver sa puissance par des mesures non nécessaires.

Mohamed TRAORÉ

 

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