Contre La sansure

A quand la fin de la culture de cash orienté en Guinée ?

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La Guinée à l’image de la plupart des pays africains reste encore dominée par une culture de cash orientée. A la lecture de la Situation Monétaire Intégrée (SMI) de la BCRG de mars 2022, elle a connu des progressions respectives de 6% entre octobre et décembre 2022 et de 10% en mars 2023 par rapport à décembre 2022. Du coup, en mars 2023, son encours tournait autour de GNF 12 455,5 Mds en progression de 5% par rapport au mois de février 2023. 

Bien que ne disposant point des statistiques sur les moyens de paiements (cartes bancaires, chèque TPE etc.), il nous parait évident qu’en République de Guinée, le cash est l’un des moyens de paiements le plus utilisé par les citoyens. Pour mesurer l’ampleur de l’utilisation du cash, on se sert naturellement du ratio de la valeur des billets et pièces de monnaie en circulation par rapport au PIB.

Selon certains économistes, l’accroissement du taux d’utilisation du cash dans certains pays dépend de l’évolution de l’activité économique. Pour corroborer cet avis, la plupart des travaux de modélisation sur le sujet soutiennent que la croissance économique figure bien comme le principal déterminant de la demande du cash. Cependant, la progression de l’utilisation du cash varie d’une économie à l’autre, en fonction de la disponibilité des autres moyens de paiement, du coût de leur utilisation, mais aussi de la préférence des agents économiques.

Dans le cas spécifique de la Guinée, l’émergence du secteur informel par rapport à celui formel, explique également la forte demande du cash. Celle-ci est même considérée dans la littérature économique comme une des principales mesures indirectes des activités souterraines.

De plus, du point de vue d’un observateur avisé, la circulation des billets de banque en Guinée, reste fortement élevée au cours certaines périodes. Ces périodes sont entre autres : la phase d’importation des marchandises par les commerçants dans le cadre du renouvellement de leur stock, les fêtes (musulmanes et chrétiennes), les paiements des salaires des fonctionnaires etc.

De plus, un autre facteur non moins important vient se greffer aux éléments cités ci-haut. Il s’agit des transferts reçus du reste du monde qui sont naturellement changé en GNF (monnaie ayant cours légal en Guinée). Tous ces facteurs exacerbent la demande de cash et contribuent à son accroissement systématique.

A notre humble avis, pour réduire cette prédominance de la circulation des billets dans la sphère économique, nous devons tout d’abord continuer à œuvrer pour la formalisation du secteur informel, accroitre le taux de bancarisation, encourager l’utilisation des moyens de paiement émis par les banques (qui d’ailleurs, se donnent tant de mal à les fabriquer et à les distribuer parfois même gratuitement : cas des carnets de chèque par exemple), sanctionner avec la dernière énergie l’émission des chèques sans provision etc.

Safayiou DIALLO

Economiste

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