CE QUI ENTRAVE LA SOUVERAINETÉ AFRICAINE.
La Françafrique n’est pas seulement un héritage historique ; elle demeure, pour beaucoup d’Africains, le symbole d’un système où les décisions majeures de certains États semblent encore se négocier à l’ombre de puissances étrangères plutôt qu’à la lumière de la volonté populaire.
Au fil des décennies, les formes de cette influence ont changé. Les bottes ont souvent cédé la place aux costumes, les gouverneurs aux conseillers, les injonctions publiques aux recommandations discrètes. Pourtant, l’objectif dénoncé par de nombreux observateurs reste le même : préserver des intérêts géopolitiques, économiques et stratégiques sur un continent dont les richesses continuent de susciter toutes les convoitises.
Chaque fois qu’un peuple africain choisit librement une orientation politique, une interrogation revient avec insistance : cette décision est-elle véritablement souveraine, ou résulte-t-elle d’un subtil jeu d’influences extérieures ? Cette question, loin d’être anecdotique, traduit une profonde crise de confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.
La véritable indépendance ne se mesure pas seulement à la possession d’un drapeau, d’un hymne national ou d’un siège aux Nations unies. Elle se mesure surtout à la capacité d’un État de prendre ses décisions sans pression, sans tutelle et sans devoir satisfaire des intérêts étrangers avant ceux de son propre peuple.
L’Afrique ne manque ni de compétences ni de ressources. Ce qui lui fait souvent défaut, c’est une gouvernance suffisamment libre pour placer l’intérêt national au-dessus des calculs diplomatiques et des dépendances héritées de l’histoire.
Il appartient désormais aux dirigeants africains de démontrer que leur légitimité procède d’abord de leurs peuples et non de quelque approbation extérieure. Gouverner un pays ne devrait jamais signifier arbitrer entre les attentes des citoyens et les exigences supposées d’une puissance étrangère.
La souveraineté n’est pas un slogan de campagne ; elle est une responsabilité quotidienne. Elle exige du courage, de la cohérence et la volonté de défendre l’intérêt national, même lorsque cette posture contrarie les partenaires les plus influents.
L’Afrique du XXIᵉ siècle aspire à une relation renouvelée avec le reste du monde : une relation fondée sur le respect mutuel, l’égalité des États et la réciprocité des intérêts. Le temps où les capitales africaines étaient perçues comme de simples prolongements des anciennes métropoles devrait appartenir définitivement au passé.
L’histoire enseigne qu’aucune nation ne bâtit durablement sa grandeur en empruntant la volonté d’une autre. Les peuples africains réclament moins des protecteurs que des dirigeants pleinement responsables devant leurs citoyens. Car une souveraineté qui dépend d’un regard extérieur cesse d’être une souveraineté ; elle devient une apparence d’indépendance.
L’Afrique mérite mieux que des influences occultes. Elle mérite des institutions fortes, des dirigeants redevables à leurs peuples et des partenariats internationaux fondés sur la dignité, l’équilibre et le respect de son libre arbitre.
