Combien faudra-t-il encore de corps pour que les autorités prennent la mesure de la gravité de la situation ?
L’horreur vient une nouvelle fois de frapper la Guinée. Et cette fois encore, elle laisse derrière elle des corps, des familles brisées et une question qui revient avec une obstination clinique : jusqu’où faudra-t-il aller avant que la vérité éclate enfin ?
Ce lundi 24 août 2026, six corps ont été découverts dans les bois d’Allassoyah, à Forécariah. Des hommes retrouvés ligotés, les yeux bandés, enfouis comme si leur existence devait disparaître avec eux. Quelques mois plus tôt, en octobre 2025, cinq autres dépouilles avaient déjà été découvertes à proximité du camp du Groupement des forces spéciales, l’une des unités les plus puissantes du dispositif militaire au pouvoir.
Et pourtant, depuis cette première découverte, le silence demeure.
Qui étaient ces victimes ? Qui les a enlevées ? Qui les a tuées ? Qui a donné les ordres ? Et surtout, pourquoi aucune réponse sérieuse n’a-t-elle été apportée aux familles ?
Le silence des autorités n’est plus acceptable. Lorsqu’un État ne cherche pas à établir la vérité sur des morts aussi atroces, lorsqu’il laisse les familles dans l’attente et les citoyens dans la peur, ce silence devient lui-même une forme de violence.
Car ces affaires ne sont malheureusement pas isolées.
Depuis des mois, les témoignages et les alertes se multiplient autour d’enlèvements, de disparitions et de violences visant des civils, des opposants politiques ou encore des membres des forces de défense soupçonnés de dissidence. À Kankan, il y a quelques jours, dans le quartier Salamani, le corps décapité d’un homme porté disparu après avoir été embarqué dans un véhicule suspect a été retrouvé sous un pont.
Combien faudra-t-il encore de corps pour que les autorités prennent la mesure de la gravité de la situation ?
Combien de familles devront encore attendre derrière une porte, un téléphone à la main, dans l’espoir d’obtenir des nouvelles d’un proche disparu ?
Face à cette succession de faits terrifiants, le discours officiel sur la prétendue refondation du pays ne peut plus suffire. Un regime qui se.radicalise, des libertés publiques qui reculent, des voix dissidentes réduites au silence et des institutions judiciaires qui peinent à exercer leur mission : tout cela dessine une réalité que les slogans ne peuvent plus masquer.
Un État de droit ne se construit pas dans le secret des prisons, dans la peur des citoyens ou dans le silence imposé aux familles des victimes. Il se construit par la justice, la transparence et la responsabilité.
Ce qui est aujourd’hui demandé aux autorités guinéennes est pourtant simple : faire la lumière sur ces crimes.

Les victimes ont des noms. Elles avaient des familles, des proches, une histoire. Elles ne peuvent pas devenir de simples chiffres dans une succession de découvertes macabres.
Les autorités doivent ouvrir des enquêtes crédibles, indépendantes et transparentes. Les familles doivent connaître la vérité. Et si des responsables sont identifiés, quels que soient leur grade, leur fonction ou leur proximité avec le pouvoir, ils doivent répondre de leurs actes devant la justice.
La Guinée ne peut pas prétendre tourner une page tout en enterrant ses morts dans le silence.
La communauté internationale, les organisations de défense des droits humains et les institutions africaines doivent également prendre leurs responsabilités. Lorsque les mécanismes judiciaires nationaux ne permettent plus d’établir sereinement la vérité, des enquêtes indépendantes et internationales doivent pouvoir être envisagées.
Il ne s’agit pas de chercher la vengeance. Il s’agit de rendre justice aux victimes et de rappeler une vérité élémentaire : aucun pouvoir n’est au-dessus de la vie humaine.
Le peuple guinéen ne doit pas s’habituer à l’horreur. Il ne doit pas apprendre à vivre avec les disparitions, les corps retrouvés dans des lieux isolés et les familles condamnées au silence.
À ceux qui pensent que le temps effacera les traces, il faut rappeler que la mémoire des victimes demeure. À ceux qui croient pouvoir gouverner par la peur, il faut rappeler que la peur ne peut jamais constituer un projet de société.
Et lorsque la justice des hommes semble impuissante, lorsque les tribunaux se taisent et que les victimes sont abandonnées, il ne reste à beaucoup que la foi et l’espérance en une justice supérieure.
Que la vérité finisse par sortir de l’ombre. Que les victimes soient reconnues. Que les familles obtiennent enfin des réponses. Et que tous ceux qui auront participé à ces crimes, directement ou indirectement, comprennent qu’aucun pouvoir, aucune fonction et aucun uniforme ne peuvent soustraire éternellement un homme à la justice.
La Guinée mérite mieux que le silence. Les victimes méritent mieux que l’oubli. Et la vérité mérite d’être dite.
