Contre La sansure

Comment La Guinée A-T-Elle Été Peuplée ? (4 ème Partie)

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Face aux pyromanes de Guinée qui veulent manger, se vêtir et se loger en mentant et en falsifiant pour faire plaisir aux égos de leur mentor, j’ai pensé qu’il est temps que quelqu’un assume, en puisant et rendant publique, une petite partie des travaux des historiens de Guinée (je ne nomme personne pour ne pas insulter ceux qui ne le seront pas) et les centaines de diplômés qui ont réalisé des mémoires sur les mouvements migratoires et la mise en place des populations guinéennes, malheureusement, rarement consultés de nos jours.

 

IV. LES POPULATIONS DU CENTRE ET DE L’EST DE LA GUINEE

1) LES DIALONKE

Tous les historiens de la Guinée s’accordent à dire que les Dialonké seraient arrivés au Foutah Djalon autour du XIème siècle. Il semblerait, selon Cheick Sidy Mohamed DIALLO (1975), que la première vague migratoire des Dialonké daterait de 1076 et se serait passé à l’intérieur de l’empire du Ghana. Cette première vague, selon GAUTIER (1908), aurait été mal accueillie par les Bambara qui peuplaient le Soudan Méridional.

La seconde vague migratoire serait consécutive à la victoire de Soundiata KEITA sur Soumangourou KANTE après la bataille de Kirina en 1235. On retrouve le même point de vue dans les écrits de KANTE (1995) qui date la migration des Dialonké de l’actuel territoire de la République du Mali à partir de la bataille de Kirina en 1235 entre Soundiata KEITA et Soumangourou KANTE, le roi du Soso.

La troisième migration des Dialonké serait consécutive à la victoire des musulmans contre les non- musulmans lors de la bataille de Talansan en 1725. Après cette bataille certains se seraient dirigés vers la côte guinéenne et auraient rejoint des populations qu’ils avaient eux-mêmes repoussées auparavant. D’autres sont restés au Foutah Djalon et se sont convertis à l’Islam au Sud et au Centre du Foutah Djalon. D’autres seraient allés vivre dans le Nord-est (Saré Kindja dans la préfecture de Koubia, Ganfata dans la préfecture de Tougué et surtout Balaki-Sangalan dans la Préfecture de Mali) qui en se soustrayant (le cas de Balaki-Sangalan), qui en se soumettant de façon lente et progressive à l’autorité du Foutah Djalon et à la nouvelle religion; d’autres, enfin, seraient allés vers la région actuelle de Faranah et de la Sierra Leone où ils vont fortifier le Solima en une province assez solide et qui pendant longtemps se constituera en un « état vassal » au Foutah-Djalon.

De nos jours, on peut schématiquement distinguer quatre zones d’habitation des Dialonké en Guinée :

1) Un groupe de Dialonké vit encore au Foutah Djalon (Koubia, Tougué, Mali et Gaoual) avec une identité Dialonké réelle, même si plusieurs parmi eux sont locuteurs de deux langues : la leur et le pular ;

2) Un second groupe de Dialonké a été absorbé par les Peul et parfois n’ont aucune conscience d’une autre identité que celle Peul ;

3) Un troisième groupe vit dans la région de Faranah. Ces Dialonké utilisent souvent deux langues : la leur et le maninka ;

4) Un quatrième groupe vit en Basse Guinée et particulièrement à Conakry et revendique une identité Soussou.

2) LES PEUL/FOULACOUNDA/TOUCOULEUR

Les Français disent le « peul » ou « poular » pour désigner ce groupe humain qui se désigne lui-même par « pullo » au singulier et « fulbhè » au pluriel et ils disent parler du « pular ». Il semblerait que le mot « peul » leur aurait été attribué par les Wolof avant d’être repris par les français.

Il n’y a pas de consensus entre les chercheurs sur la date exacte de la première migration des Peul au Foutah Djalon. Les documents historiques disponibles notent deux vagues migratoires de Peul en Guinée. Ces deux vagues sont venues en des périodes éloignées les unes des autres dans le temps et à plusieurs endroits.

Les premiers Peul non islamisés nommés puuli 29 auraient migré sur le territoire actuel de la Guinée en de petites vagues à partir du IXème siècle. DIALLO (1975 : 30) affirme que c’est vers le XIIIème siècle

Il est difficile de déterminer d’où vient ce nom de « pulli ». Dans le pular actuel des Peul de Guinée, le mot « puuli » veut dire un albinos. Il est aussi possible que ce mot « puuli » ait été mal orthographié phonétiquement. Il pourrait signifier tout que la migration des Peul animistes prendra de l’ampleur pour devenir massive autour du XIVème siècle. Du Sahara, ils auraient atteint le Bambouk à partir duquel le groupe se scinde en deux : les premiers se dirigèrent vers le Ouassoulou et les seconds longèrent les vallées du Tinkisso et du Bafing pour atteindre le Foutah Djalon.

Pour certains historiens comme ES SADI, dans son « Tarrech es sudan », Tenguella, père de Koli, avait rallié à son bord les « arbe » (pluriel de ardo) « feroobe, wolarbe et uururbe et tous les yaalalbe » (pluriel de jaalaalo) de son clan pour se tailler un empire dans le Kingi (le Fuuta Kingi) au nez et à la barbe des Askia Sonray. L’armée de l’Askia, commandée par, son frère Amar, marcha contre Tenguela le père et le poursuivit jusqu’à Diâra, où elle le défit et le tua en 1512.

C’est après la mort de son père que Koli Tenguela30 va récupérer les troupes qui restaient de son père pour rappliquer à l’Ouest au Tekrur, en passant par le Foutah Djalon. Dans cette contrée, il va mettre en place un Etat avec une capitale située dans l’actuelle préfecture de Télimélé. C’est de là qu’il va lever une armée et remonter vers l’Ouest entrainant avec lui une armée dans laquelle étaient incorporés des Dialonké, des Malinké, des Köniagui, des Baga, des Nalou, des Diola, des Serère, bref tous les peuples trouvés sur le chemin du Tekrur qu’il rebaptisera du nom de « Foutah Tooro »31. Le territoire de Tekrur qu’il annexa, il lui donna le nom de Fouta en souvenir du Fuuta Kingi de son père et auquel il adjoignit Tooro, une des provinces du Fouta (KANE, 2004).

Cette remontée et la prise du pouvoir dans le Tekrur en 1552 aura pour conséquence d’imposer sa dynastie (Denyankobé32), sa langue (le pular) et la culture Peul à toutes les populations du Royaume. Ce serait ainsi que toute la région du Fouta Tooro devenue majoritairement « foulaphone » Halpulaar (ceux dont la langue est le Pular avec une forte dominance Toucouleur).

Plusieurs siècles plus tard (XIXème siècle), El hadj Omar TALL fera le chemin inverse. Du Foutah Tooro, il descendra au Foutah Djalon, traversera Dinguiraye pour remonter vers le Fouta Kingi pour affronter Hamadou-HAMADOU et le tuer en 1862. Ce dernier est le fils de Sékou HAMADOU et petit-fils de Sékou HAMADOU fondateur de la dynastie des BARRY du MASSINA.

 

El-Hadj Omar Tall.

Selon le professeur KANE (2004), auteur du livre : « La première hégémonie Peule : Le Fuuta Tooro de Koli Tenguella à Almaami Abdul », l’assimilation Peul des ethnies du Tekrur aurait commencé avant l’avènement de Koly Tenguela, mais atteindra son point culminant et la plus parfaite intégration ou la « foulanisation » des descendants de la tribu du Tekruri, que sont les Toucouleur (Ly, Sy, Kane, Wane, Tall, Aw, etc.).

La seconde vague migratoire des Peul en direction du territoire actuel de la Guinée est celle de la fin du XVIème siècle jusqu’au XVIIIème siècle. Païens, puis islamisés, des Peul et des Toucouleur quittent les territoires actuels du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie à des périodes de désordre, de guerres avec désormais une nouvelle foi : l’Islam.

Les Peulhs musulmans du Foutah Djalon auraient donc suivi deux voies principales et ce, à des périodes plus ou moins différentes pour arriver, s’installer et se sédentariser et fonder l’Etat théocratique du Foutah Djalon : La voie du Nord venant du Fouta Tooro et du Bundu (essentiellement) et la voie de l’Est venant principalement du Macina.

simplement, avec une déformation phonétique, le singulier des Peul (Pullo). Cependant, SURET-CANALE (1964 : 26) a un avis critique sur l’arrivée des Peul au 10ème siècle au Foutah Djalon, car selon lui les « Tarikhs locaux ont tendance à démontrer l’antiquité de la présence dans le pays des maîtres actuels ». SURET-CANALE était aussi un historien du régime de Sékou TOURE. Peut-être que sa réaction a un lien avec l’idéologie du racisme peul de Sékou TOURE.

30 Il existait deux polémiques sur Koli Tenguella. Pour certains, il serait descendant, par sa mère de Nana KEITA, fille de Soundiata KEITA le fondateur de l’empire du Mali. Pour d’autres, Koli Tenguella n’aurait aucun lien avec Soundiata. Son lien avec Soundiata ne serait que la volonté des personnes de cette époque à forger un passé glorieux derrière un ancêtre qu’on veut rendre exceptionnel. La seconde polémique est plus récente et est proposée par Gérard GAILLARD (2000) qui considère que Koli et Tenguela sont deux personnes différentes. Si telle hypothèse était vraie, comment expliquer qu’une seule personne soit arrivée au Tekrur et y a fondé un Etat et une dynastie sans le second ?

31 On pourra lire avec beaucoup d’intérêt, Claude Halle (1960), « Notes sur Koli Tenguella, Olivier de Sanderval et les Ruines de Gueme-Sangan », Recherches Africaines, no 1, janvier-mars 1960, Oumar Kane, La première hégémonie Peule : le Fuuta Tooro de Koli Teŋella à Almaami Abdul, Karthala, Presses universitaires de Dakar, 2004, et Djibril Tamsir Niane, « Les Tenguella », dans Histoire des Mandingues de l’Ouest : le royaume du Gabou, Karthala, Paris, 1989.

32 Pluriel de « Denianke » qui est la généalogie des BAH.
Ils arrivèrent par groupes et par étapes, les uns passant par les contreforts des montagnes de la Préfecture de Mali, les autres en traversant la Préfecture de Koundara avant de rejoindre les montagnes qui surplombent le fleuve Komba en direction de Lélouma et de Labé et les autres enfin par l’Est en pénétrant dans le Dinguiraye pour rejoindre les vallées de Mamou. Ils vont se fixer en plusieurs points du Foutah Djalon poussant devant eux leurs nombreux troupeaux de bœufs et de talibé (élèves et étudiants). Ils s’y fixaient à leur tour en faisant ce que d’autres avaient fait avant eux : refouler certains et absorber d’autres.

Selon Cheick Sidy Mohamed DIALLO (1970)33, ces différentes vagues migratoires se faisaient en famille et en clan. De l’Est, principalement du Macina vont arriver les Dayèbhè34 (BARRY) qui vont s’installer en lignage : les Seydiyanke à Timbo (Préfecture de Mamou) et les Seriyankebhè à Fougoumba (Préfecture de Mamou). Les Férobhè (SOW) vont s’installer dans Kébali non loin de Fougoumba et de Timbo. Certaines de ces vagues se seraient installées elles dans l’actuelle préfecture de Tougué (ce sont les Koulounnanké Balla et Simpé). Les Ururbhè vont s’installer dans deux endroits différents en fonction des clans : les Koulounnabhe à Koïn (Préfecture de Tougué) et les Helâyâbhe à Timbi-Touni (Préfecture de Dalaba).

Les Irlabhé (DIALLO) et une partie des Ururbhé, quant à eux sont arrivés par le nord. Les DIALLO vont se repartir en lignage. Les Khaldouyabhè vont occuper région du Nord de Labé, un autre lignage « Diâlobhe » va s’installer dans le Kolladhe (Préfecture de Tougué), Kankalabé (Préfecture de Dalaba) et Timbi-Madina (Préfecture de Pita) et un troisième lignage « Thimbobhè » va s’installer dans Bhouria (Préfecture de Mamou).

Parmi cette vague, d’autres, après avoir séjourné dans le Foutah Djalon, l’ont quitté pour continuer leur chemin vers d’autres localités et dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. C’est le cas des Peul du Nigéria dont certains seraient partis de Sokoto dans la Préfecture de Mamou pour se retrouver après une très longue migration dans l’actuelle République Fédérale du Nigéria.

La question qui n’est pas réglée est le cas des « Foulacounda » ou « Foulakounda ». Les Foulacounda sont-ils le reliquat des Puuli (les premiers Peul animistes venus les premiers au Foutah Djalon) ou une autre vague migratoire ? Etymologiquement, le terme « Foulacounda » ressemble à un mot composite de « Foula, pour désigner les Peul » et « Counda qui pourrait signifier un diminutif de Koundara ».

Pour Alvares de ALMADA (1594 : 54), cité par Gérard GAILLARD (2000)35 les FulaKunda sont des groupes descendants de captifs ou d’assimilés « sujets du Mandingue ». Cette version est reprise, selon Gérard GAILLARD (2000), un demi-siècle plus tard par Richard JOBSON (1623) qui l’atteste en disant des Fulakunda, « des Fulbies, vivant sur les bords de la Gambie et tout à fait assujettis aux Mandingos ».

Pourtant, il y a une autre version qui dit que les Fulakanda sont le résultat du métissage entre agriculteurs noirs-africains et pasteurs berbères dans le Tekrur. Ce groupe de base s’est éparpillé jusqu’en 1460 quand un groupe armé dirigé par DIALLO Demba bat les Wolofs et les Banhung, traverse le Haut-Sénégal et la Gambie et atteint le Rio Grande où elle est finalement écrasée par les Biafada (NIANE, 1989: 55)36.

33 Cheick Sidi Mohamed DIALLO (1975) ; « Contact de civilisations et brassage culturel dans le Fouta traditionnel », DES, IPTJNK, Kankan, Guinée.

34 L’auteur de cet article est du clan des Dayèbhè « qui est connu sous les noms de BARI, SANGARE (chez les Wassoulonkè), et qui correspond au clan Toucouleur des SY et au clan Mandé des SISSE » (Maurice DELAFOSSE, 1912 : 231) et du lignage des « Wouyaabhè de Daara Labé ». Mon aïeux patriarcal le plus ancien connu de mon lignage se nomme Moussa Diaga qui lui-même est le père Hamady Pathé Baîlo. C’est le fils de ce dernier du nom de Moussa Tanga (connu sous le nom de Bambari BARI) qui aurait quitté le Fuuta Kingi dans le Bakounou (entre Nioro et Diara) pour pénétrer par Dinguiraye (Baylo) et se fixer à Timbo. Son fils du nom d’Ousmane Djalaaheera fera le trajet de Timbo à Labé et se fixera à Daara Labé et aura trois fils : deux seront tués par les païens. C’est le troisième du nom de Mamadou Dewo Allah qui survivra et aura trois garçons dont le troisième et le plus jeune dénommé Moussa Tafsir fera les études coraniques dans le Bhoundu (Sénégal actuel), avec Alpha Mamadou Cellou (futur Karamoko Alpha mo Labé) et Alpha Amadou Kolladé (cinquième Almamy du Foutah Djalon), et sera le fondateur de la mosquée de mon village. Entre Moussa Diaga et moi, il y a eu 10 ascendants que sont dans l’ordre : Hamady Pathé Baîlo, Moussa Tanga connu sous le nom de Bambari BARI), Ousmane Djalaaheera, Mamadou Dewo Allah, Mousa Tafsir, Mamadou Billo, Aliou Zainoul, Mamadou Kolon (qui dirigea Daara Labé plus de 50 ans) frère d’Alpha Oumar Rafiou (l’un des érudits du Foutah Djalon), Alpha Abdoul Gadiri (chef de canton de Sanoun), Mamadou Kolon et moi-même (Alpha Amadou Bano).

35 Gérard GAILLARD (2000) ; « Migrations anciennes et peuplement actuel des côtes guinéennes », l’Harmattan, 5-7 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005, Paris, France.

36 Djibril Tamsir NIANE (1989) ; « Histoire Des Mandingues De L’ouest – Le Royaume Du Gabou », Khartala, Paris, France.

DIALLO Demba tué, son armée détruite, « les survivants ont dû se regrouper, non loin de là, vers le Foutah Djalon. Cette dispersion première serait, selon AMSELLE (1989: 77) à l’origine d’une nouvelle aventure politique et d’une refondation ». Les Fulakunda seraient donc le reste de cette armée d’invasion qui est restée aux confins Nord de la Guinée, à la lisière de la Guinée-Bissau et du Sénégal.

3) LES PEUL DU OUASSOULOU OU LES « WASSOULOUNKE »
Selon CISSE (2000) dans le Tome 2 de « La grande geste du Mali, citant l’histoire orale du Mali de Wâ Kamissoko », les Peul du Wassoulou (zone à cheval entre la République du Mali, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire) auraient migré du Fouladougou37 (dans l’actuelle République du Mali) pour fuir les guerres perpétuelles de l’armée de Bintou Mari KOROMA.

Ils se seraient dispersés en trois vagues : certains seraient restés à Fouladougou, d’autres se seraient implantés à Brigo et la troisième vague serait descendue plus au Sud pour fonder le Ouassoulou ou Wassoulou. Ce terme serait une prononciation en un seul mot du groupe de mots « Wa solon ou Oua Solon » qui signifie en bamanakan38 (aller se confier). C’est ce dernier groupe de migrants peul qui va se disperser en deux : l’un va rester dans le Ouassoulou et l’autre descendra plus au Sud. Ces derniers sont les Peul animistes du groupe de Koli Tenguella. Ce point de vue est aussi celui de KOUYATE (1978 : 29)39 qui dit :

« L’arrivée des Peul au Wassulu se situe à la même période que l’invasion des Peul animistes dans le Foutah Djalon sous le commandement de Koly Tenguela au XVème siècle ».

DEVEY (2009 : 32), Géographe et historienne va dans le même sens dans son livre intitulé « La Guinée » quand elle écrit :

« Le Wassoulou: vaste territoire Peul occupé jadis par les Bambara, qui s’étend sur les rives du Sankarani entre le Mali, la Guinée et la côte- d’Ivoire ».

 

 

Les Peul du Wassoulon sont donc ces Peul sédentarisés, devenus agriculteurs40 qui se sont fortement métissés avec les Malinké et auxquels ils ont emprunté la langue et certaines normes culturelles tout en gardant leur patronyme (Diallo, Diakité, Sidibé et Sangaré) et aussi certains traits forts de leur identité ethnique peul. D’ailleurs les griots du mandingue ne se trompent pas lorsqu’ils disent, pour vanter les Peul du Wassoulou, « Bugutudu ani Bugubô, Fila sinani, Djatra sinani » 41.

Les Wassoulonké se désignent Peul et les Malinké, avec lesquels ils vivent en harmonie, les désignent comme des Peul. Lors des cérémonies comme le mariage, le baptême et autres activités sociales, la part (viande, colas et autres biens symboliques) dédiée aux Ouassoulonké dans le manding est celle de tous les Peul qu’ils soient du Oassoulou, du Foutah Djalon, du Macina ou du Foutah-Tooro.

 

4) LES DIAKANKE ET LES SARAKOLLE

Les Diakanka et Sarakollé ont aussi migré au Foutah Djalon. Ils seraient des Soninké qui auraient migré de Dia (village de Macina). Ils auraient transité dans Djambokhoum (République du Mali), à Bambouk (Sénégal) vers le XVIème siècle en fondant le village de Diackaba dans ce pays. Il semble que de ce village, ils se seraient dispersés vers les autres localités des pays limitrophes du Mali (Guinée, Gambie et Côte d’Ivoire).

37 Etymologiquement, village des Peul.

38 Bamanakan est la langue des Bambara.

39 Lancéi KOUYATE (1978) ; « Contribution à l’étude de la société traditionnelle du Wassulu présamorien », DES, IPGAN, Conakry, Guinée.

40 Selon Muriel DEVEY (2009) ; Réné CAILLE aurait été impressionné par l’ardeur au travail et les soins que les Wassoulonké apportaient aux champs.

41 Avec leurs bœufs et leurs génisses, les DIALLO, DIAKITE, SIDIBE et SANGARE s’installent ; mais ils décampent aussi vite.

La communauté Diakhanké42 s’articulerait autour de quatre clans : SOUARE, DRAME, GUIRASSY, FADIGA. Ces quatre clans sont appelés les quatre foyers ou (boloun naano ou boulou naano)43. À ces quatre clans se seraient ajouté les DIAKHITE-KABA, les SYLLA, les GASSAMA-DIABY, les DANSOKHO, les DIAKHABY, les SAVANE, les BADIO, les SAKHO, etc.

L’installation des Diakanka au Foutah Djalon est relativement récente et correspondrait à la prédominance des Peul et de l’Islam. Pour l’essentiel, les professeurs d’Histoire de l’Institut Gamal Abdel Nasser disent que : « les Diakanka s’installeront au Foutah Djalon dans de gros villages, à l’abri et sous la protection des Peul avec lesquels ils développeront des relations de cousinage assez poussées ». On les retrouve nombreux un peu partout, particulièrement dans le Koubia, Tougue, Mamou, Mali, Dalaba, Gaoual et Koundara.

5) LES MALINKE NIANE (1960), parlant de l’occupation du Manding, affirme que « toutes les traditions malinké attestent que la terre était déjà occupée, les premiers occupants n’étaient pas de race manding ». Les Korogba auraient précédé les Malinké en Haute Guinée. Les Bambara et les Dialonké auraient aussi précédé les Malinké avant d’être refoulés plus au nord, pour les premiers et vers l’ouest pour les seconds, sous le règne de Soundiata KEITA. Lors de la fondation de l’empire du Mali44, Soundiata KEITA pour vaincre Soumangourou KANTE parvient à unifier les différentes tribus Malinké (KEITA, KONDE, TRAORE, KOUROUMA, CAMARA), à rassembler sous son commandement les armées de différents petits royaumes en lutte contre l’empire Soso avant de sortir victorieux.

A la suite de cette victoire, Soundiata KEITA va étendre son empire sur une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. C’est son expédition militaire la plus éloignée qui ira détruire les états dans le Sine (actuel Sénégal) et établir, en se métissant aux populations locales (les Diola), l’Etat du Gabou (qui va couvrir l’intégralité de la Guinée-Bissau, la Casamance, la Gambie et la partie nord de la Guinée, Gaoual et Koundara) (Sékéné Mody CISSOKO, 1981)45.

A partir des XVème et XVIème siècles, la chute de l’empire du Mali accélère la migration des Malinké qui s’installèrent dans les régions septentrionales de l’actuelle Côte d’Ivoire et plus au Sud de la Guinée dans la région actuelle de la Guinée Forestière. Une région dans laquelle ils vont se métisser aux Kpèlè pour donner les Konianké et avec les Loma pour donner les Toma-mania.

6) LES MANINKA-MORY
Les Maninka-Mory, dont les actuels noms de famille sont CISSE, DIANE, KABA, SANOH seraient d’origine Sarakollé du Moyen-Niger dans le Ghana. Après la disparition de l’empire du Ghana par suite d’un dessèchement progressif du désert et des attaques armées des almoravides, les Sarakollé se dispersèrent.

Ils seraient arrivés dans l’actuelle préfecture de Kankan autour du XVIIème siècle. Et selon les traditions écrites de Kankan, les Maninka-Mory sont originaires de Diafounou (Soudan). A la suite de guerres, ces « Diafounounké » quittèrent leur pays et vinrent demander l’hospitalité aux tribus malinké du Haut-Niger (en particulier aux KONDE qui occupaient la région de Kankan). Les Malinké accueillirent les nouveaux migrants qui finirent par se créer une province46 à l’intérieur du Manding : le Baté47 Géographiquement, le Baté longe le fleuve Milo avec 12 villages dont les principaux sont : Kankan, Karafamoudouya, Nafadji, Bakonko, Fodécariah.

Par Prof A. A. Bano BARRY

Ancien Ministre

 

Les précédents articles 

1. https://guinafnews.org/comment-la-guinee-a-t-elle-ete-peuplee-1ere-partie/
2. https://guinafnews.org/3963-2/
3. https://guinafnews.org/comment-la-guinee-a-t-elle-ete-peuplee-3-eme-partie/

 

 

 

42 Pierre Smith (1965) ; « Notes sur l’organisation sociale des Diakanké. Aspects particuliers à la région de Kédougou », Cahiers du Centre de recherches anthropologiques, n° 4, pp. 263-302.

43 Les quatre foyers de base des Diakanka.

44 Mandé, Mandingue ou Mali, pays d’origine des Mandingue ou Malinké serait le nom du pays du roi « lion » : Soundiata KEITA.

45 Sékéné Mody CISSOKO (1981) ; « De l’organisation politique du Kabu », Ethiopiques, Revue Négro-africaine de Littérature et de philosophie, numéro 28 numéro spécial.

46 La province de Baté est le principal centre religieux de la Haute-Guinée. Dans cette province, c’est Kankan qui tient le premier rôle et où résident les membres de la famille chérifienne parmi lesquels se recrutent l’Imam, le Cheikh de la Haute- Guinée.

47Le Baté est composé de deux mots : Ba qui signifie fleuve et Té entre (entre les fleuves), c’est-à-dire entre les fleuves que l’on désigne dans la géographie officielle de la Guinée le Milo et le Sankarani (Djon).

Ces Sarakollé adoptèrent le malinké comme langue et apportèrent avec eux l’Islam d’où le nom qu’on leur donna : Maninka-Mory (ce qui veut dire marabouts des Malinké). Certains de ces Maninka-Mory, en particulier des TURE, YANSANE et FOFANA, quitteront Kankan vers la fin du XVIIIème siècle à la suite de démêlées avec Burama KONDE (un farouche animiste), traversent le Foutah Djalon, le Kanya, le Sumbuya pour certains et pour d’autres, la région kissi pour s’échouer sur les bords du Kissi-Kissi (le Morya). Ce sont leurs descendants qui sont dans les préfectures de Kindia et de Forécariah auxquels la communauté soussou leur a donné le nom de : Moryanais. D’autres feront une courte migration et s’arrêteront entre Bissikirima et Dabola. Les plus nombreux, les KABA, SANOH, DIANE, CISSE, sont restés dans le Baté.

7) LES KONIANKA
De même que les « Toma-manian » sont le croisement culturel des Malinké et des Loma, les Konianka seraient, selon Ibrahim Kalil TURE (1973)48 le croisement entre Malinké et Kpèlè. Selon Ibrahim Kalil TURE, à la chute de l’empire du Mali et des désordres qui s’en sont suivis, il y a eu deux grandes vagues migratoires en direction de la région forestière.

La première concernait en majorité des KONDE et des KURUMA qui auraient repoussé des Djalonké plus en profondeur dans l’actuelle préfecture de Faranah et un peu plus en profondeur dans le Foutah Djalon.

La seconde vague migratoire était composée davantage de KEITA et de KAMARA. La rencontre entre les deux communautés Malinké dans la forêt et les Loma (à l’époque où la forêt couvrait très certainement les préfectures de Beyla, de Kérouané et de Kissidougou) donna naissance deux nouveaux groupes humains : les Konianké et les Toma-mania.

 

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Par Prof. A A Bano Barry

Ancien Ministre

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