Contre La sansure

Corruption en Guinée : entre rumeurs, preuves et responsabilité

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En Guinée, le débat sur la corruption est devenu si passionnel qu’une question essentielle tend à disparaître : où s’arrête la rumeur et où commence la preuve ?

Sur les réseaux sociaux, des accusations circulent chaque jour. Un ministre est déclaré corrompu. Un haut fonctionnaire est accusé de détournement. Un marché public est présenté comme surfacturé. Un chantier est immédiatement qualifié de scandale.

Parfois, ces soupçons méritent incontestablement d’être examinés.

Mais un soupçon n’est pas une preuve, et une accusation n’est pas une condamnation.

C’est précisément cette distinction qui devrait guider notre combat contre la corruption.

Lorsqu’un grand projet public suscite des interrogations sur son coût, sa qualité ou ses délais, il ne suffit pas de comparer deux chiffres publiés sur Facebook pour conclure à une surfacturation. Il faut examiner les contrats, les avenants, les études techniques, les procédures d’attribution, les paiements effectués, les prestations réellement réalisées et les éventuels conflits d’intérêts.

Autrement dit : il faut auditer avant de condamner.

Mais attention : refuser les accusations sans preuves ne doit surtout pas devenir un prétexte pour protéger les responsables de la mauvaise gouvernance.

Car il existe une autre réalité que nous ne pouvons pas évacuer.

Lorsque certains responsables publics affichent un train de vie sans rapport apparent avec leurs revenus officiels, lorsque des marchés sont attribués dans des conditions opaques, lorsque les mêmes réseaux semblent bénéficier régulièrement des contrats de l’État, lorsque des projets coûtent beaucoup plus cher que prévu sans explication convaincante, la suspicion citoyenne devient légitime.

Elle doit alors être transformée en questions précises, en audits indépendants et en enquêtes judiciaires.

C’est là que se mesure la crédibilité de la refondation.

Une véritable lutte contre la corruption ne consiste pas à multiplier les discours, les arrestations spectaculaires ou les accusations médiatiques.

Elle consiste à construire un système dans lequel personne n’est au-dessus du contrôle.

La CRIEF doit disposer de l’indépendance, des compétences et des moyens nécessaires pour enquêter. Les audits doivent être réguliers et leurs conclusions accessibles au public. Les marchés publics doivent être traçables. Le patrimoine des hauts responsables doit pouvoir être contrôlé. Et toute personne soupçonnée doit bénéficier de la présomption d’innocence jusqu’à ce que des preuves établissent sa responsabilité.

Voilà la différence entre une chasse aux sorcières et une véritable politique anticorruption.

La première cherche des coupables.

La seconde cherche la vérité.

Et lorsque la vérité établit la culpabilité, la justice doit frapper sans considération de fonction, de fortune ou de proximité avec le pouvoir.

La Guinée n’a donc pas besoin de choisir entre deux extrêmes : croire toutes les accusations ou défendre tous les responsables.

Elle doit choisir une troisième voie : exiger des preuves.

Parce que combattre la corruption sans preuves, c’est nourrir la rumeur.

Mais refuser d’enquêter lorsqu’il existe des indices sérieux, c’est nourrir l’impunité.

Entre les deux se trouve l’État de droit.

Et c’est peut-être là que doit commencer la véritable refondation de notre République.

Moins de rumeurs.
Moins de procès sur Facebook.
Plus d’audits.
Plus de transparence.
Plus de preuves.
Plus de justice.

La corruption ne disparaîtra pas parce qu’on en parle davantage.

Elle reculera lorsque les institutions seront suffisamment fortes pour la détecter, la documenter, la poursuivre et la sanctionner; sans peur et sans favoritisme.

Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Cette tribune est publiée dans le cadre du débat citoyen sur la gouvernance et le développement de la Guinée. Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

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