Crise de liquidité à la Banque centrale : une alerte systémique dans l’État guinéen en transition
En 2025, un signal silencieux mais d’une gravité exceptionnelle traverse l’économie guinéenne : la sécheresse monétaire au cœur même de la Banque centrale, institution censée irriguer le système financier national. Ce tarissement inédit de la liquidité publique sans précédent dans les périodes post-crise ou même sous embargo international témoigne d’un dérèglement profond du fonctionnement de l’État en situation de transition prolongée.
Une pénurie monétaire sans cap ni réponse
Les signes sont devenus trop évidents pour être ignorés : paiements suspendus dans les trésoreries publiques, décaissements retardés dans les ministères, coupures brutales dans les projets d’investissement, et difficulté croissante d’accès au crédit pour les ménages comme pour les entreprises.
Ce n’est pas une crise temporaire de flux : c’est une crise de confiance enracinée dans le cœur du pouvoir monétaire.
Des banques primaires prudentes et rationnelles
Contrairement à certaines interprétations, la rétention de fonds observée dans les banques primaires ne procède ni d’un désengagement ni d’un calcul spéculatif.
Elle s’explique et se justifie pleinement par les défauts répétés de paiement de la part de l’État guinéen sur des engagements contractuels passés. Plusieurs établissements bancaires ont vu leurs lignes de crédit impayées pendant des mois, parfois au mépris des échéances convenues avec le Trésor public ou les entités paraétatiques.Dans ce contexte de défaillance budgétaire chronique, la prudence bancaire n’est pas une posture politique, mais une mesure de survie opérationnelle. Les banques ne peuvent décaisser au profit d’un État qui n’offre plus ni calendrier crédible de remboursement, ni documentation budgétaire transparente. Ainsi, la confiance interinstitutionnelle s’est érodée, entraînant une paralysie du circuit monétaire formel.
Une Banque centrale réduite à l’effacement
Au centre de ce déséquilibre, la Banque centrale semble s’être murée dans une posture d’effacement progressif, perdant de vue ses fonctions cardinales : animation du marché monétaire, régulation des réserves, refinancement des banques, et pilotage macroéconomique. Privée d’autonomie dans ses décisions, silencieuse face aux tensions systémiques, elle s’apparente désormais à une entité administrative, soumise à la logique de centralisation autoritaire du pouvoir de transition.
L’invisibilité budgétaire : mère de toutes les défiances
À cette panne monétaire vient s’ajouter un second phénomène tout aussi préoccupant : la dissimulation des arbitrages budgétaires.
Le régime transitoire opère sans loi de finances adoptée par une institution parlementaire représentative, sans publication des engagements de l’État, ni audit public des dépenses. Ce mode de gestion, en rupture complète avec les principes républicains, fait de la chose publique une boîte noire, dans laquelle nul ne peut distinguer ni l’origine ni l’affectation des ressources.
Une crise systémique larvée
Le déficit de liquidité n’est donc pas un incident passager : il incarne une crise plus large, systémique, où la rareté de la monnaie devient le reflet matériel de la rareté de la confiance entre l’État et ses créanciers, entre les banques et la Banque centrale, entre les citoyens et leurs institutions. L’érosion progressive des mécanismes de régulation budgétaire et monétaire ouvre la voie à une forme de deinstitutionalization, lourde de menaces pour la continuité de l’État.
Retenons ainsi, l’économie comme juge silencieux de la transition
Le tarissement des caisses publiques, loin d’être un détail technique, est le verdict silencieux mais implacable d’une transition qui s’éternise sans horizon clair, sans boussole budgétaire, et sans retour de comptes à la Nation. Les banques primaires, en refusant de s’exposer davantage, ne font qu’exprimer rationnellement un doute que beaucoup partagent désormais : l’État est-il encore en mesure d’honorer ses engagements ?
L’histoire retiendra peut-être que c’est l’argent ou plutôt son absence qui aura signalé, avec le plus de clarté, l’échec d’une gouvernance repliée sur elle-même, coupée des institutions de contrôle, et imperméable à la transparence. Le sursaut est encore possible. Mais il ne viendra que d’un retour urgent à l’État de droit budgétaire, à la régularité monétaire, et à la parole publique donnée.
