Contre La sansure

De l’Organisation des Nations unies à l’Organisation des Nations utopiques

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L’Organisation des Nations unies (ONU) a été créée le 24 octobre 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec pour ambition de préserver la paix et d’éviter que l’humanité ne revive les tragédies qui venaient de la dévaster. Ses principaux objectifs étaient notamment de :

• maintenir la paix et la sécurité internationales ;
• développer des relations amicales entre les États ;
• favoriser la coopération internationale ;
• promouvoir les droits de l’homme et les libertés fondamentales ;
• être au centre de la coordination de l’action internationale.

Quatre-vingt-un ans plus tard, force est toutefois de constater que l’Organisation est loin d’avoir atteint tous les objectifs qui lui avaient été assignés, notamment les deux premiers : maintenir la paix et la sécurité internationales et promouvoir effectivement les droits fondamentaux.

À 81 ans, si les Nations unies étaient une personne physique, elle serait peut-être déjà confiée à une maison de retraite ou placée sous la responsabilité de sa famille. À cet âge, si cette vieille dame jetait un regard rétrospectif sur son parcours, elle pourrait rougir de certains de ses échecs. Elle aurait sans doute le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur des immenses espoirs placés en elle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis le 23 mars 1978, les Casques bleus sont présents au Liban dans le cadre de la FINUL, la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Créée par les résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité, la FINUL avait notamment pour mission de contribuer au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales et de confirmer le retrait des forces israéliennes du territoire libanais.

Pourtant, malgré cette présence internationale, le Liban a continué à connaître des incursions, des affrontements et des périodes de guerre, illustrant les limites de l’action des Casques bleus lorsque les grandes puissances ou les parties au conflit ne permettent pas à l’ONU d’imposer pleinement ses décisions.

En République démocratique du Congo, la présence des Nations unies remonte également à 1960. L’ONUC, créée cette année-là, a été suivie bien plus tard par la MONUC, créée en 1999, puis par la MONUSCO, qui lui a succédé en 2010. Malgré plusieurs décennies de présence onusienne et des mandats successivement renforcés, l’insécurité et les conflits armés ont continué à ravager certaines régions du pays.

Le 20 mars 2003, les Nations unies ont également été spectatrices de l’invasion de l’Irak conduite par les États-Unis et leurs alliés, sans nouvelle autorisation explicite du Conseil de sécurité pour cette intervention. Quelques années plus tard, l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, déclara que la guerre n’était pas conforme à la Charte des Nations unies.

Quelques années auparavant, les États-Unis avaient envahi le Panama, le 20 décembre 1989, dans le cadre de l’opération « Just Cause », qui visait notamment à renverser le régime de Manuel Noriega. Celui-ci finit par se rendre aux autorités américaines et fut ensuite transféré aux États-Unis pour y être jugé.

Mais le plus cuisant des échecs attribués à l’Organisation reste peut-être son incapacité à mettre durablement fin au conflit israélo-palestinien.

Alors que la solution à deux États demeure depuis des décennies au cœur de nombreuses initiatives diplomatiques internationales, le conflit continue de produire son lot de morts, de blessés, de destructions et de déplacements de populations. En juin 2026, le Secrétaire général rappelait encore que les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 constituent, selon la résolution 2334 du Conseil de sécurité, une violation du droit international et un obstacle majeur à la réalisation d’une solution à deux États.

La guerre à Gaza a, quant à elle, provoqué un bilan humain considérable. Une commission d’enquête internationale indépendante mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a conclu, en septembre 2025, qu’Israël avait commis un génocide à Gaza au sens de la Convention de 1948. Cette conclusion a été réaffirmée par la commission en 2026.

Pour autant, les Nations unies semblent souvent condamnées à constater, dénoncer, enquêter et adopter des résolutions, sans disposer des moyens politiques ou militaires nécessaires pour faire appliquer leurs décisions lorsque les rapports de force internationaux s’y opposent.

Le poids des grandes puissances, et notamment celui des membres permanents du Conseil de sécurité disposant du droit de veto, constitue l’une des principales limites du système. Lorsqu’un État bénéficie du soutien politique d’une grande puissance, la capacité de l’ONU à imposer une décision contraignante peut se trouver considérablement réduite.

Conséquence : les Nations unies donnent parfois l’impression de n’être plus qu’une immense tribune internationale où, au mois de septembre de chaque année, les représentants des États membres viennent prononcer de grands discours, exposer leurs préoccupations et dénoncer les maux du monde. Mais, une fois les discours terminés, la réalité demeure souvent inchangée.

C’est peut-être là que réside tout le paradoxe de cette organisation : créée pour empêcher les guerres, elle assiste encore à des conflits qu’elle ne parvient pas à arrêter ; créée pour défendre le droit international, elle se heurte régulièrement aux rapports de force qui gouvernent les relations entre États ; créée pour porter l’espoir d’un monde plus pacifique, elle donne parfois le sentiment de n’être qu’une spectatrice impuissante des drames de son époque.

Alors, après 81 années d’existence, faut-il continuer à réformer cette vieille institution ou imaginer une nouvelle organisation internationale, mieux adaptée aux réalités et aux défis du XXIe siècle ? La question mérite au moins d’être posée. Car si les Nations unies veulent continuer à incarner l’espoir d’une communauté internationale capable d’agir collectivement, elles devront probablement trouver les moyens de transformer davantage leurs résolutions en actes.

À défaut, l’Organisation des Nations unies risque de continuer à ressembler, aux yeux d’une partie de l’opinion mondiale, à une Organisation des Nations utopiques, où l’on parle beaucoup du monde que l’on voudrait construire, mais où l’on peine encore à agir efficacement sur celui qui existe.

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