Contre La sansure

De l’orpailleur à l’exportateur : le Mali verrouille toute la chaîne de l’or

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Il représente 75% des exportations nationales, 25% des recettes publiques et fait vivre près de 2 millions de Maliens. L’or est le poumon économique du Mali. Pourtant, pendant des décennies, une large partie de cette richesse a filé hors des frontières sans jamais être déclarée. Avec la création de l’Office malien des substances précieuses (OMASP), adoptée à l’unanimité par le Conseil national de Transition le 30 juin 2026, Bamako décide de reprendre le contrôle, du premier coup de pioche jusqu’au dernier lingot exporté.
Un pillage silencieux chiffré en milliards
Les chiffres donnent le vertige. Selon des études de l’organisation SWISSAID publiées en 2024, entre 30 et 57 tonnes d’or quitteraient chaque année le territoire malien sans être déclarées. Au cours actuel du métal jaune, cette production représente une valeur estimée entre 1 200 et 2 300 milliards de francs CFA perdus annuellement. Sur la période 2012-2022, les exportations non déclarées auraient représenté près de 8 000 milliards de francs CFA, une hémorragie financière colossale pour un pays qui en a tant besoin.Le constat des autorités est sans appel : des écarts majeurs sont régulièrement constatés entre les volumes d’or officiellement déclarés à la sortie du Mali et ceux enregistrés par les pays importateurs. Cette asymétrie statistique témoigne de l’ampleur des exportations frauduleuses et des pertes fiscales qui en résultent pour le Trésor public.
L’OMASP : un verrou à chaque étape
Face à cette réalité, le Conseil national de Transition a adopté à l’unanimité 120 voix pour, zéro contre, la loi ratifiant la création de l’Office malien des substances précieuses (OMASP). Placé sous la tutelle du ministère de l’Industrie et du Commerce, cet établissement public devient désormais l’unique entité habilitée à exporter l’or malien. Une mesure inédite qui verrouille toute la chaîne de valeur.Les missions de l’OMASP sont claires : centraliser la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses, renforcer la traçabilité de la production, encadrer les comptoirs d’achat et les collecteurs, lutter contre les circuits illicites et constituer des réserves stratégiques d’or pour le Mali. En ciblant en priorité l’or issu de l’orpaillage et des petites exploitations minières, un segment qui échappe encore largement au contrôle de l’État l’OMASP entend formaliser un secteur qui fait vivre des millions de Maliens dans l’informel.
Un secteur colossal qui attendait sa réforme
Pour comprendre l’ampleur de l’enjeu, il faut mesurer le poids de l’or dans l’économie malienne. Premier produit d’exportation du pays, l’or a atteint une production nationale de 72 tonnes en 2022, dont 6 tonnes issues de l’orpaillage artisanal. Le secteur représentait alors 9,2% du produit intérieur brut et avait généré 763 milliards de FCFA de recettes budgétaires. Près de 350 à 400 sites d’orpaillage sont actifs sur l’ensemble du territoire, faisant vivre directement ou indirectement près de 2 millions de personnes.Mais cette richesse colossale n’a jamais été pleinement captée par l’économie formelle. La création de l’OMASP s’inscrit dans un vaste programme de réformes engagé depuis 2023 : un nouveau code minier portant à 30% la participation combinée de l’État dans les projets industriels, des audits sectoriels ayant permis de recouvrer environ 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès de sociétés minières, et désormais cette agence qui centralise toute la chaîne commerciale.
Une raffinerie pour garder la valeur au Mali
La création de l’OMASP s’accompagne d’un autre chantier stratégique : la construction d’une raffinerie d’or à Sénou, en périphérie de Bamako, réalisée avec l’appui de partenaires russes. Dotée d’une capacité annoncée de 200 tonnes par an, cette infrastructure doit transformer en profondeur le modèle économique minier du Mali, soit passer de l’exportation d’or brut à la transformation locale, générer de la valeur ajoutée sur le territoire national et améliorer encore la traçabilité du métal précieux.Le message est clair : le Mali ne veut plus se contenter d’extraire sa richesse pour l’exporter aussitôt. Il veut la transformer, la valoriser, en garder les bénéfices.
La souveraineté économique comme boussole
Pour le président de la Commission des Mines et de l’Énergie du CNT, Assane Sidibé, cette réforme s’inscrit dans la continuité d’une doctrine économique assumée : « Cette réforme contribuera à lutter contre l’orpaillage anarchique ainsi que les atteintes à l’environnement. » Un double objectif économique et environnemental, qui illustre l’ambition de l’OMASP. De l’orpailleur qui creuse dans les entrailles du sol malien à l’exportateur qui expédie les lingots vers les marchés mondiaux, toute la chaîne de l’or sera désormais sous le regard de l’État. Pour un pays dont la première richesse a trop longtemps filé entre les doigts, c’est un tournant historique.

Fatoumata Gadjigo (Stagiaire)

https://www.dakaractu.com/

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