Emmanuel Macron a eu son Afrique-France
Heureux comme Emmanuel Macron à Nairobi. Il a eu son sommet Afrique-France, qui paraissait fort improbable. Macron et l’Afrique, c’est malentendus et maladresses.
Heureux comme Emmanuel Macron à Nairobi. Maladroit surtout, comme Emmanuel Macron en Afrique ! Son appel à ramener le silence dans une salle passablement bruyante a fait écho à sa blague de mauvais goût de Ouagadougou en 2017, « Roch est parti réparer la climatisation », et a fini de lui faire une mauvaise réputation.
Emmanuel Macron a été desservi par les circonstances. Il était venu annoncer la rupture à Ouagadougou, en 2017. Mais quand il est arrivé au pouvoir, des lignes de fracture souterraines dont il était difficile d’imaginer les implications et l’amplitude étaient déjà à l’œuvre. Il va en devenir l’exutoire par ses maladresses.
Françafrique, un héritage encombrant ?
Premier président français né longtemps après les indépendances africaines, il n’était en rien mêlé aux turpitudes de la françafrique. Il voulait inventer les codes d’un nouveau partenariat avec l’Afrique. Il pensait co-construire avec la jeunesse qu’il avait réunie à l’université de Ouagadougou en 2017.
Il lui a manqué des clés pour comprendre l’Afrique. La trop grande décontraction a été vécue comme une banalisation de circonstance. Une autre variante de la condescendance qui a toujours gouverné les relations de la France avec ses ex-colonies. Pourtant il était sincère. Il ne simulait pas Emmanuel Macron. Les néo-panafricains, qui en cette décennie 2010 finissante, fricotaient déjà avec les réseaux russes, lui ont bien savonné la planche. Ils ne l’ont plus lâché depuis.
Nairobi, une revanche ou un aggiornamento ?
Les deux assurément. Un virage vers l’Afrique anglophone et une anglicisation du nom du sommet ont permis de contourner les susceptibilités. Surtout dans l’ancien pré carré. Les souverainistes, frondeurs, qui narguent depuis Paris à Moscou, n’ont pas eu de quoi se réjouir. La participation des chefs d’État était plus que bonne. Nairobi a fait mieux que Bamako, avec François Hollande, en janvier 2017. Trente six chefs d’État et 38 pays africains présents à Nairobi, le pari est gagné. Emmanuel Macron n’a pas perdu la face.
Est-ce qu’il y a eu un aggiornamento ? Oui. À ce sommet, on n’a pas parlé politique. Ce qui est inhabituel pour les sommets Afrique-France, dont le mantra est politique. Depuis Bamako, avec le Medef comme invité d’honneur, il y avait eu une amorce pour les questions économiques. Mais à Nairobi, à entendre Emmanuel Macron, on n’était pas loin du « trade not aid », « le business et non l’aide » des Étatsuniens.
Faut-il que la France se renie pour préserver ses sommets avec l’Afrique ?
Sur les questions qui font la France – les droits humains, la démocratie et le respect du droit international –, elle est de plus en plus isolée. Il y a une sorte de retour en grâce de l’autoritarisme. Un décalage dans les perceptions et les attendus. Pour une certaine opinion africaine, le mysticisme du pouvoir politique devrait épouser la morgue de Xi Jinping, la cruauté de Vladimir Poutine et l’imprévisibilité d’un Donald Trump. Emmanuel Macron, à leurs yeux, banalise trop la fonction au point de démonétiser la France. Une puissance pour être respectée doit inspirer la crainte. La France est devenue ordinaire et fauchée.
Il en va certainement aussi des sommets Afrique-France. S’ils ne défendent plus des valeurs. Si la France n’est plus audible et attendue sur les questions qui ont fait sa particularité, ces sommets perdront de l’intérêt. La France doit reconquérir l’estime, pas forcément par le commerce. Mais pour être entendue, elle a besoin des attributs de la puissance.

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