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FORAGES PRIVÉS EN GUINÉE : RÉGLEMENTER OUI, TAXER LES CITOYENS NON

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La récente déclaration du ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Monsieur Aboubacar Camara, rapportée par Guinée7, relance un débat important sur la gestion durable des ressources en eau souterraine en Guinée.

Il faut reconnaître d’emblée que la volonté du gouvernement de mieux encadrer l’exploitation des nappes phréatiques est une démarche responsable. La protection des ressources hydriques est une nécessité pour toutes les nations soucieuses de leur développement durable. L’installation de compteurs, le suivi des prélèvements et la planification de l’utilisation des eaux souterraines peuvent constituer des outils pertinents de gestion, notamment dans les nouvelles zones urbaines en pleine expansion.

Cependant, la question mérite d’être analysée avec pragmatisme et dans son contexte réel.

Les milliers de forages réalisés aujourd’hui par les ménages, les entreprises et les collectivités locales ne sont pas le résultat d’un choix de confort ou de luxe. Ils sont avant tout la conséquence d’un déficit historique d’infrastructures hydrauliques. Face à un besoin vital qu’est l’accès à l’eau, les citoyens ont dû eux-mêmes trouver des solutions pour survivre et assurer le fonctionnement normal de leurs familles, de leurs activités économiques et de leurs communautés.

Dans ces conditions, demander à ces mêmes citoyens de payer une redevance parce qu’ils ont investi leurs propres ressources pour compenser une insuffisance du service public risque de créer une incompréhension légitime. Une telle mesure ne résoudra pas le problème fondamental : l’absence ou l’insuffisance des infrastructures de distribution d’eau.

Le véritable enjeu n’est pas la multiplication des forages ; le véritable enjeu est l’absence d’un réseau hydraulique suffisamment développé pour répondre aux besoins d’une population en forte croissance.

Comme le disait l’urbaniste et architecte américain Daniel Burnham :

« Ne faites pas de petits plans ; ils n’ont pas le pouvoir d’inspirer les hommes ni de durer dans le temps. »

Cette citation résume parfaitement la responsabilité des décideurs d’aujourd’hui : résoudre les difficultés héritées du passé tout en construisant les solutions qui protégeront les générations futures.

Je fais partie de ceux qui pensent que chaque génération a le devoir de régler les problèmes laissés par ses prédécesseurs tout en mettant en place les mécanismes qui éviteront à la génération suivante de subir les mêmes difficultés.

C’est pourquoi la réflexion devrait davantage porter sur la prévention que sur la taxation.

Chaque nouveau projet d’urbanisation devrait obligatoirement intégrer le ministère en charge de l’Hydraulique et la Société des Eaux de Guinée (SEG) dès sa conception. Avant même l’arrivée des populations, les réseaux de distribution d’eau devraient être planifiés et installés au même titre que les routes, l’électricité ou les systèmes d’assainissement.

Lorsqu’aucune source d’alimentation classique n’est immédiatement disponible, l’État pourrait mettre en place un forage communautaire de grande capacité, correctement dimensionné et entretenu, raccordé à un réseau de distribution couvrant l’ensemble de la localité. Une telle approche empêcherait la prolifération anarchique des forages individuels tout en assurant une gestion rationnelle de la ressource.

Cette mission ne doit d’ailleurs pas nécessairement reposer exclusivement sur l’État. Des partenariats public-privé pourraient être encouragés afin de permettre à des entreprises spécialisées de financer, construire et exploiter ces infrastructures hydrauliques. En contrepartie, elles pourraient commercialiser l’eau distribuée selon un cadre réglementaire transparent leur permettant de récupérer leurs investissements tout en garantissant un service de qualité aux populations.

Par ailleurs, il serait pertinent de créer un Fonds national de réhabilitation et d’extension des réseaux hydrauliques destiné à moderniser les infrastructures existantes et à desservir progressivement les quartiers encore non raccordés.

La Guinée dispose d’un avantage naturel exceptionnel. Notre pays est souvent qualifié de « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest ». Nous possédons d’importants fleuves, de nombreux cours d’eau, des marigots et un potentiel hydrique considérable. Notre principal défi n’est donc pas le manque d’eau ; notre défi est avant tout un déficit d’infrastructures, d’investissements et de planification.

Les ressources que l’État consacrerait à la mise en œuvre et au contrôle d’une taxation des forages existants pourraient produire davantage de résultats si elles étaient orientées vers la construction de réseaux modernes, l’extension des services hydrauliques et la création de solutions durables pour les nouvelles zones urbaines.

Réglementer les forages est une nécessité.

Préserver les nappes phréatiques est une obligation.

Mais la priorité nationale doit rester l’investissement dans les infrastructures hydrauliques capables de garantir à chaque citoyen un accès durable à l’eau potable.

Car le développement durable ne consiste pas seulement à gérer les ressources d’aujourd’hui ; il consiste surtout à construire les infrastructures qui permettront aux générations futures de vivre mieux que nous.

Mohamed TRAORE
Analyste en transformation digitale et développement des infrastructures

Source: https://enquete224.com/2026/06/09

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