Guinée: Aliou Bah emprisonné depuis presque deux ans libéré
L’opposant politique guinéen Aliou Bah, en prison depuis décembre 2024, vient d’être gracié le 2 octobre sous demande de la Cour de justice de la Cedeao. Il a quitté sa prison ce 7 octobre. Il avait été incarcéré pour « offense et diffamation » envers le président Mamadi Doumbouya. Une décision saluée par l’ambassadeur de France Luc Briard.
La Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait demandé fin septembre la « mise en liberté immédiate et sans condition » d’Aliou Bah, l’opposant guinéen condamné en janvier 2025 à deux ans de prison pour « offense et diffamation » envers le président Mamadi Doumbouya.
Aliou Bah, dirigeant du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), avait été incarcéré en décembre 2024. Il a finalement bénéficié, avec 216 autres détenus, d’une grâce présidentielle annoncée à l’occasion de la fête de l’indépendance de la Guinée le 2 octobre. Dans un communiqué diffusé mercredi 7 octobre, le MoDeL a indiqué qu’Aliou Bah a été transféré de la prison civile de Coyah vers une destination qui n’a pas été communiquée officiellement.
Pour l’ambassadeur de France Luc Briard, cette décision montre que Conakry a tenu compte de ses engagements régionaux. « Les autorités guinéennes se sont conformées aux instances sous-régionales dont elles sont partie » (la Guinée est membre de la Cedeao), a-t-il estimé.
Une libération sous condition
Pour recouvrer complètement sa liberté, Aliou Bah devra toutefois suivre un « stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion d’une durée de 45 jours », d’après le décret de grâce présidentielle lu à la télévision nationale. Selon un arrêté conjoint des ministères de la Justice et de la Défense, le dispositif comprend notamment une formation civique et un accompagnement social.
La Guinée est dirigée par le général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir en 2021 après avoir renversé Alpha Condé, premier président guinéen élu librement. Il a conforté son pouvoir en organisant en décembre 2025 une élection présidentielle sans opposant d’envergure. C’est en décembre 2024 qu’Aliou Bah est poursuivi pour offense et diffamation à l’encontre du chef de l’État, des charges qu’il a toujours rejetées.
Ne pas donner de leçons
Sous son pouvoir, les principaux partis politiques ont été dissous, les manifestations, interdites, sont réprimées et de nombreuses voix dissidentes ont été arrêtées, condamnées, poussées à l’exil ou sont portées disparues.
Interrogé plus largement sur la position de la France concernant les droits humains en Guinée, Luc Briard a insisté sur la nécessité de ne pas confondre dialogue diplomatique et injonction. « Maintenant, la Guinée est un pays souverain. Donc nous ne donnons pas des leçons, nous ne donnons pas des injonctions, nous dialoguons », a-t-il affirmé.
