Contre La sansure

Guinée : délestages électriques et crise des déchets, les deux symptômes de la faillite de la gouvernance

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Par Amadou Dioulde Diallo

La capitale, Conakry, croule sous les ordures tandis que les délestages électriques sont devenus le quotidien des populations. Les promesses et les actions tape-à-l’œil ne gouvernent pas. Gouverner, c’est assurer des services publics essentiels, anticiper les crises et apporter des réponses durables aux problèmes auxquels les populations sont confrontées.

Depuis plusieurs mois, l’électricité est devenue un luxe, surtout pendant la journée. Le courant part très tôt le matin et revient très tard le soir. Pour les ménages, mais surtout pour les entreprises, les ateliers, les commerces et les petits métiers, ces coupures ont un coût économique réel.

L’aveu d’impuissance ?

Le ministre de l’Énergie, Laye Sékou Camara, évoque un important problème d’alimentation en HFO. « Nous sommes en train de préparer l’étiage de 2027 », a-t-il affirmé, expliquant également que les citoyens ne devraient pas se plaindre des délestages puisqu’on est en saison des pluies et qu’« il y a moins de chaleur ».

Que reste-t-il à espérer lorsque le ministre chargé de l’Énergie avance un tel argument pour justifier les délestages ?

Peut-être a-t-il oublié qu’une grande partie de l’activité économique ne fonctionne pas sans électricité. Une entreprise ne peut pas simplement suspendre ses activités parce qu’il pleut ou parce que les températures sont moins élevées. Les conséquences des coupures se mesurent en pertes de production, en baisse de revenus et, à terme, en emplois menacés.

Mais pendant que Conakry est plongée dans l’obscurité, elle fait face à une autre crise majeure : celle des déchets.

La fermeture de la décharge de Dar-es-Salam a profondément perturbé la chaîne d’assainissement de la capitale.

Il faut comprendre que cette chaîne repose essentiellement sur trois maillons : la pré-collecte, le transfert et la gestion de la décharge.

La pré-collecte est assurée par des PME chargées du ramassage des ordures dans les quartiers. Or, aujourd’hui, ces entreprises se retrouvent confrontées à un problème majeur : elles n’ont plus où déposer les déchets collectés, les Zones de traitement et de tri étant elles-mêmes saturées.

Le deuxième maillon, celui du transfert, relève des communes. Mais avec la fermeture de Dar-es-Salam, ce système est lui aussi paralysé.

Le problème est d’autant plus complexe que le site de Baritodé se trouve à environ 80 kilomètres de Conakry. Les communes ne disposent manifestement ni des moyens financiers ni de la logistique nécessaires pour assurer efficacement le transfert des déchets des ZTT vers cette nouvelle décharge.

Résultat : les déchets s’accumulent dans les ménages, dans les quartiers et progressivement dans l’espace public.

Jusqu’à quand ?

C’est précisément là que les deux crises se rejoignent.

Délestages électriques ou crise des déchets, dans les deux cas, l’État semble intervenir lorsque la crise devient visible, alors que les problèmes sont structurels et connus depuis longtemps.

Il ne s’agit donc plus seulement de deux problèmes techniques.

Il s’agit de deux symptômes d’une même crise de gouvernance : celle de la capacité à anticiper, à planifier et à garantir durablement les services publics essentiels dans une métropole de plusieurs millions d’habitants.

Une capitale ne peut pas fonctionner durablement avec une électricité intermittente et une chaîne d’assainissement paralysée.

Et si ces crises ne sont pas rapidement diagnostiquées et traitées à la racine, elles pourraient dépasser le simple cadre des désagréments quotidiens et se transformer en véritable crise sociale et politique.

Car lorsque l’électricité manque dans les entreprises et que les déchets s’accumulent dans les quartiers, ce ne sont plus seulement des infrastructures qui dysfonctionnent.

C’est la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à répondre à leurs besoins essentiels qui commence à vaciller.

Source: https://www.guinee360.com/09/09/2026

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