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Guinée : les révélations de Yérim Seck secouent le pouvoir et ravivent les critiques internationales.

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Conakry— Une sortie médiatique explosive du journaliste sénégalais Yérim Seck a relancé les interrogations sur la gouvernance de la junte militaire guinéenne. Entre accusations de répression, soupçons de dérives criminelles et confirmation partielle par des rapports internationaux récents, le pouvoir en place se retrouve sous pression, tentant de contenir une crise d’image grandissante.

Depuis la diffusion, cette semaine, d’une vidéo du journaliste sénégalais Yérim Seck, la scène politique guinéenne est en ébullition. Ses révélations, jugées particulièrement sensibles, mettent en cause la gestion du pouvoir par les autorités militaires issues du coup d’État de septembre 2021.

Face à l’onde de choc provoquée, les réactions officielles n’ont pas tardé. Selon plusieurs sources, l’ambassadeur du Sénégal en Guinée aurait été invité à engager des poursuites contre le journaliste. Une démarche perçue par certains observateurs comme une tentative de contenir l’impact médiatique de ces accusations.

Dans le même temps, les porte-parole du gouvernement multiplient les interventions pour contrer ce qu’ils qualifient de « désinformation ». Mais pour de nombreux critiques, ces prises de parole peinent à dissiper les doutes, dans un contexte déjà fragilisé par des rapports internationaux préoccupants.

Le dernier rapport d’Amnesty International, publié en ce mois d’avril 2026, dresse en effet un tableau alarmant de la situation des droits humains en Guinée. L’organisation y dénonce une « culture de la répression », marquée notamment par l’interdiction quasi systématique des manifestations pacifiques.

Elle évoque également l’usage excessif de la force par les forces de sécurité, ayant entraîné la mort de plusieurs manifestants depuis 2021.

Le document fait aussi état de disparitions forcées et d’enlèvements visant des figures de l’opposition, des journalistes et des acteurs de la société civile. À cela s’ajoutent des pressions croissantes sur les médias et une restriction notable de la liberté d’expression, accentuant le climat de méfiance au sein de la population.

Au-delà des questions sécuritaires et politiques, les révélations de Yérim Seck abordent également des sujets sensibles tels que la corruption, le blanchiment d’argent ou encore le narcotrafic. Sur ce dernier point, plusieurs analyses récentes indiquent que la Guinée est devenue un point de transit stratégique pour la cocaïne en provenance d’Amérique latine à destination de l’Europe.

Le port autonome de Conakry est notamment cité comme une plaque tournante majeure dans ce trafic, selon un rapport de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique régionale préoccupante, où l’Afrique de l’Ouest est de plus en plus exposée aux réseaux criminels internationaux.

Cette tendance a été relevée par le ’Global Initiative against Transnational Organized Crime, qui alerte sur l’intensification du phénomène dans le monde. Et il s’agit là d’une ONG internationale basée à Genève.

Concernant le blanchiment d’argent, malgré les progrès ayant conduit au retrait de la Guinée de la liste noire du GAFI en septembre 2025, les risques persistent. Des secteurs comme l’industrie minière, le commerce informel ou encore les flux financiers liés au trafic de stupéfiants restent particulièrement vulnérables, notamment en raison d’un faible taux de bancarisation.

Dans ce contexte, les révélations et critiques de Yérim Seck, dénoncés par ailleurs depuis 2021 par des journalistes guinéens vivants en exil à l’encontre du pouvoir se confirment.

C’est pourquoi certains analystes estiment que la stratégie de la junte consistant à s’attaquer aux lanceurs d’alerte ou aux journalistes pourrait se retourner contre elle, en renforçant les soupçons plutôt qu’en les dissipant.

Plus largement, cette séquence révèle une fracture persistante entre le pouvoir et une grande partie des citoyens, de la société civile, des partis politiques qui continuent de réclamer davantage de transparence, de dialogue et de garanties démocratiques.

Alors que l’avenir dans ces conditions restent incertains, le gouvernement sans gouvernail s’agitel, et que les luttes factionnelles au sein de l’armée et autour de Mamadi Doumbouya prennent le dessus, la Guinée apparaît à la croisée des chemins. Entre volonté de stabilisation et accusations de dérive autoritaire, le défi pour les autorités sera de restaurer la confiance, tant au niveau national qu’international.

Une chose est certaine : les débats ouverts par ces révélations ne sont pas près de s’éteindre.

Par Aïssatou Cherif Baldé

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