INTERNET OUEST-AFRICAIN : L’AXE BAMAKO-DAKAR POSE LES BASES D’UNE SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE RÉGIONALE
Les coupures géantes d’ Internet qui paralysent régulièrement le continent africain pourraient bientôt n’être qu’un mauvais souvenir. En interconnectant leurs réseaux de fibre optique, le 5 octobre 2026, le Mali et le Sénégal viennent de bâtir un bouclier technologique inédit. Plus qu’une infrastructure, c’est un acte d’indépendance.
C’est un mal qui a trop souvent pris l’économie de la région en otage : la vulnérabilité des réseaux Internet. À chaque rupture accidentelle d’un câble sous-marin au large des côtes ou lors de travaux terrestres, ce sont des millions d’usagers déconnectés et des transactions financières bloquées. L’inauguration de la liaison en fibre optique entre Kidira (Sénégal) et Diboli (Mali) apporte enfin une réponse structurelle à cette fragilité systémique.
L’angle mort du développement technologique ouest-africain a longtemps été le manque de « redondance », c’est-à-dire l’absence de plan B en cas de panne. En soudant directement les dorsales de la SMTD-SA et de Sénégal Numérique SA, les deux nations créent un filet de sécurité de haut niveau. Si une infrastructure vient à céder d’un côté, les données sont immédiatement redirigées vers l’autre. Le trafic ne s’arrête plus.
Mais l’enjeu dépasse la simple réparation des pannes. Portée par le Réseau ouest-africain des Backbones (ROA-BN), cette passerelle constitue une brique fondatrice d’un continent qui reprend le contrôle de ses données. Historiquement, un simple e-mail envoyé de Bamako à Dakar pouvait souvent transiter par des serveurs européens avant de revenir en Afrique, générant des coûts importants et des failles de sécurité. Grâce à ce maillage terrestre et à son ouverture sur les câbles atlantiques, le trafic se régionalise. L’Afrique rapatrie ses données.
La souveraineté numérique n’est donc plus un concept abstrait débattu dans les sommets internationaux ; elle prend aujourd’hui la forme d’un câble enfoui sous la terre sénégalo-malienne. Conscient de cet enjeu critique, l’État transforme désormais ces zones de raccordement en sites hautement surveillés, considérés comme vitaux pour la sécurité nationale.
En mutualisant leurs forces sous l’impulsion du ROA-BN, le Mali et le Sénégal prouvent que l’indépendance technologique du continent passera obligatoirement par la solidarité transfrontalière. L’avenir numérique de l’Afrique s’écrit désormais par et pour les Africains.
Stephan MOMO (stagiaire)

