Contre La sansure

La fièvre de l’or raffiné

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De la mine extravertie à la raffinerie extravertie. La fièvre des raffineries d’or s’est emparée des juntes de l’AES au nom du panafricanisme. Mais une usine sans marché intérieur, surdimensionnée, sans label pour vendre, et chacun pour soi, est-ce vraiment panafricain ?

Une nouvelle mode chez les juntes du Sahel. Après les treillis, la raffinerie. Le 28 septembre, en prélude au quatrième anniversaire de son putsch, à Ouaga 2000, Ibrahim Traoré inaugurait la sienne : RAFFINOR. 11 milliards FCFA, (soit 17 millions d’euros) 164 tonnes de capacité par an, extensibles à 515. Le Mali annonce la sienne, 200 tonnes avec les Russes. Le Niger a la sienne dans les cartons. Une usine de farine, ça nourrit le pays. Une usine de ciment, ça construit le pays. Une raffinerie d’or n’a pas de marché intérieur. Un lingot de 12 kilos coûte un million d’euros, soit 656 millions de francs CFA. Son produit fini est 100% destiné à l’export. Comme l’exportation de l’or brut qu’on dénonçait hier.

Raffiner sur place apporte quand même une plus-value ?

Dans l’or, le raffinage est une opération de pressing. Le vrai argent n’est pas dans le four qui fond, il est dans le tampon qui certifie. Et ce tampon, pour l’instant, les raffineries de l’AES ne l’ont pas. Le marché mondial n’achète pas un lingot parce qu’il est pur, même à 99,99%. Il l’achète parce qu’il est certifié LBMA, le label de Londres. Sans ce label, votre lingot est acheté avec décote par un trader de Dubaï qui le refondra pour le faire certifier là-bas.

Pour avoir cette certification de Londres, il faut cinq ans d’audits. La traçabilité de l’orpaillage artisanal, la preuve de la lutte anti-blanchiment, les normes environnementales… Or l’or qui va remplir RAFFINOR vient à 60% de l’artisanat informel, celui qui part aujourd’hui en contrebande vers le Togo. On a critiqué 60 ans d’économie extravertie où on exportait brut sans valeur ajoutée. On exportera demain le lingot sans label. Même extraversion.

Un panafricanisme de symbole

Nous sommes face à trois pays confédérés, panafricains, incapables d’entreprendre ensemble. Trois pays, trois raffineries surdimensionnées. L’AES entière produit 230 tonnes, on construit des raffineries pour plus de 800 tonnes de capacité cumulée. Les panafricanistes ne mutualisent pas. Ils se font concurrence pour le même or artisanal. C’est un panafricanisme de symboles. Chacun veut le ruban à couper, la photo du lingot estampillé national. Chacun préférant, comme le dit un adage, « être tête de rat que queue de lion ».

L’or a aussi le désavantage d’être une ressource non renouvelable. L’or n’est pas du coton. On ne le replante pas. Les réserves prouvées du Burkina, c’est 10 à 15 ans au rythme actuel d’exploitation. Le Mali, même horizon. On construit des usines pour 30 ans pour une ressource qui n’en a que 10.

Et il y a l’environnement. Pour sortir un gramme d’or, il faut deux tonnes d’eau, du cyanure et du mercure. Des sols stériles pour 100 ans. On accélère l’extraction d’une ressource finie pour des usines surdimensionnées qui n’ont ni marché intérieur, ni label. Le Burkina a prévu un fonds minier, Siniyan-Sigui. Quelle chance qu’il ne ressemble pas à la fameuse réserve d’or, ces 36 tonnes que personne n’a certifiées ? Proportionnelle à la chance qu’on voie un audit indépendant demain. Nulle. Sauf que quand le four s’éteindra, il ne restera plus rien dans le sous-sol.

Source: https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-regard-de-newton-ahmed-barry/20261003-

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