Contre La sansure

L’AfCRA, une agence de notation africaine pour contrer les biais des géants mondiaux

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Le continent africain s’apprête à inaugurer sa propre agence de notation de crédit. Développée en collaboration avec l’Union Africaine, l’AfCRA compte fournir une évaluation du risque de crédit adaptée aux réalités africaines, face à des agences internationales régulièrement accusées de sévérité excessive envers l’Afrique. 

Moody’s, Fitch, S&P… et maintenant l’AfCRA. L’Agence africaine de notation de crédit, spécifique au continent, sera inaugurée le 7 octobre à Port-Louis, capitale de l’Ile Maurice, où se trouve son siège.

Développée par l’Union africaine mais conçue comme une institution indépendante, l’AfCRA a pour but d’offrir une évaluation du risque de crédit mieux adaptée aux réalités africaines et de faciliter l’accès à l’emprunt sur les marchés internationaux, qui demeure très difficile et cher pour un grand nombre de pays du continent.

Un sujet sensible qui vaut de vives critiques aux grandes agences de notation financière, accusées d’exagérer les risques liés au crédit dans les pays africains, contribuant ainsi au maintien de taux élevés, qui nuisent à leur développement.

Des crédits jusqu’à quatre fois plus chers que dans l’UE

Pour évaluer le risque de crédit, les agences de notation se basent sur plusieurs facteurs parmi lesquels la performance économique du pays, la qualité de la gouvernance, sa solvabilité ou bien encore ses capacités de résilience face aux crises.

Ces analyses donnent lieu à l’attribution de notes : allant de triple ou double AA, selon les agences, à C ou D. Des notes qui ne définissent pas à elles seules les taux de crédits auxquels les États et les entreprises peuvent emprunter mais qui les influencent fortement.

Or l’Afrique demeure largement exclue de ce système. Parmi les 54 pays du continent, 22 n’ont tout simplement pas été évaluées par les grandes agences de notation et ne possèdent donc aucune note souveraine.

Les autres, très majoritairement, évoluent entre les notes B et C (de crédit très risqué à défaut de paiement) contre A/A+ en moyenne dans l’UE (crédit de qualité supérieure moyenne). Résultat : des taux de crédit moyens avoisinant 4 % dans l’UE mais près de 7 % en Afrique de l’Ouest, 12 % en Afrique centrale et même 14 % en Afrique de l’Est.

À cela s’ajoutent souvent des primes de risques pour les petites et moyennes entreprises, jugées moins solides, qui leur compliquent encore l’accès au crédit.

Une situation intenable qui constitue l’un des principaux freins au développement du continent, selon de nombreux experts.

La semaine de l'éco
Image de couverture : La semaine de l’éco © France24

« Notation alternative »

Depuis longtemps, des voix s’élèvent pour dénoncer les difficultés d’accès au crédit sur le Continent africain. C’est dans cette optique qu’a été lancé en 2017 le projet de l’AfCRA.

Ce sera la toute première agence de notation évaluant à la fois la solvabilité des États, des collectivités et des entreprises, à l’échelle du continent.

« Notre but n’est pas de nous substituer aux agences internationales existantes, mais d’apporter une notation alternative en utilisant une méthodologie légèrement différente, capable de mieux refléter la réalité des pays africains » souligne l’économiste éthiopienne Ejigayhu Tefera, qui a participé à l’élaboration du projet.

En 2023, un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pointait du doigt des évaluations trop « subjectives » des pays africains par les grandes agences, évaluant le surcout à 74,5 milliards de dollars pour le continent. L’équivalent de « 80 % des besoins annuels d’investissement en infrastructures » de l’Afrique, soulignait le rapport.

Ces agences, toutes trois américaines, n’ont peu ou pas de présence sur le Continent. S&P et Moody’s ne possèdent chacune qu’un bureau sur le continent, à Johannesbourg, alors que Fitch en est complètement absente.

« L’analyse du risque comprend deux aspects : la capacité à rembourser, basée sur des données factuelles, et la volonté des États à s’acquitter de leur dette, ce qui est un élément essentiellement subjectif » explique Ejigayhu Tefera. « Elle nécessite une connaissance fine de l’économie et de la politique locale permettant d’anticiper les évènements à venir dans un pays donné. C’est un aspect très important qui, à mon sens, a été négligé en Afrique », poursuit-elle.

Ejigayhu Tefera l’assure, l’AfCRA n’a pas pour but de donner des notes « plus favorables » aux pays africains, mais de produire une information précise et fiable qui, l’espère-t-elle, leur facilitera l’accès aux marchés internationaux.

Une mission d’autant plus importante dans le contexte actuel, marqué par la réduction drastique de l’aide américaine, dont l’Afrique était l’un des principaux bénéficiaires. En parallèle, L’UE a également réduit la voilure et recentré ses investissements sur sa propre défense.

« L’Afrique a un besoin colossal de capitaux en raison de ses ambitions de développement, de sa croissance démographique et des enjeux climatique » souligne Ejigayhu Tefera. Avant de conclure : « C’est pourquoi nous devons construire une architecture financière souveraine ».

Source: https://www.france24.com/fr/afrique/20261001-

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