Il est fascinant d’observer certains intellectuels abandonner leur discipline pour exercer celui de communicant politique, qui n’est manifestement pas le leur.
Le Dr Karamo Kaba affirme, avec gravité, dans une longue et indigeste tribune (*), que personne ne peut diagnostiquer l’état de santé du Président à partir d’une photo ou d’une vidéo. Sur ce point, il a raison, absolument. Aucun médecin sérieux ne pose un diagnostic sur la base d’une image.
Mais alors, une question toute simple se pose. Pourquoi consacrer une longue tribune à réfuter un diagnostic qui, selon lui, n’existe pas ? À force de vouloir éteindre un feu imaginaire, le docteur finit par distribuer lui-même les allumettes.
Avant sa sortie, les commentaires des réseaux sociaux vivaient leur vie, comme tant d’autres rumeurs qui naissent et meurent chaque jour. En intervenant avec autant d’emphase, il transforme une discussion numérique en sujet national. Celui qui prétend combattre la rumeur lui offre finalement une publicité gratuite.
Plus étonnant encore, le voilà qui explique que le Président pourrait être simplement fatigué, soumis à une forte pression psychologique, victime d’un épisode de fatigue intense…
Pardon ? N’était-ce pas précisément lui qui venait d’expliquer qu’aucun diagnostic ne pouvait être établi sans examen clinique ? Comment peut-il reprocher aux internautes de spéculer, tout en spéculant lui-même ?
Il condamne les diagnostics improvisés, puis propose le sien. Il refuse les hypothèses des autres, mais présente les siennes comme raisonnables. La blouse blanche devient alors un costume de communicant.
Le plus préoccupant reste cependant la conclusion de son raisonnement. « Le destin de ce peuple se trouve entre les mains du Général Mamadi Doumbouya », écrit-il.
Voilà donc où nous conduit cette démonstration prétendument médicale. On commence par parler de médecine et on termine par un acte de foi politique. Ce n’est plus une tribune scientifique. C’est un communiqué de soutien rédigé avec un vocabulaire médical.
Dans un État moderne, le respect des institutions n’impose pas le silence sur les interrogations d’intérêt public. Il commande simplement que les faits soient établis avec rigueur.
Si la santé d’un chef d’État devient un sujet de débat, la réponse n’est pas de sermonner les citoyens ni de distribuer des certificats de morale républicaine. La réaction consiste à communiquer avec transparence lorsque cela est nécessaire et à laisser les rumeurs mourir d’elles-mêmes.
Le plus ironique dans cette affaire est qu’en voulant dénoncer des « médecins Facebook », le Dr Karamo Kaba a fini par exercer une spécialité qui ne figure dans aucune faculté de médecine : la médecine de la communication politique.
À moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle discipline. Le doctorat en propagande appliquée.
Alpha Issagha Diallo
Professeur émérite de chirurgie des arguments bancals
Spécialiste des autopsies de la propagande sans anesthésie.