Contre La sansure

 »L’État n’a pas tous les droits. Que les décideurs se rappellent une chose… »

0

En Guinée, le premier hors-la-loi porte un costume officiel et siège au sommet de l’État. Le pouvoir passe son temps à faire de grands discours sur l’ordre républicain, mais il piétine tranquillement ses propres lois. Il suffit d’ouvrir le Code civil pour s’en rendre compte : la honte est écrite noir sur blanc.

L’article 1405 dit clairement qu’aucune expulsion ne peut être exécutée entre le 1er juin et le 30 septembre. Pourquoi ? Parce qu’à Conakry, c’est la période des pluies diluviennes qui inondent les rues et détruisent des vies. D’habitude, même le ministère de la Justice rappelle aux magistrats et aux huissiers de ne pas expulser pendant ces quatre mois de répit pour les êtres humains. Mais aujourd’hui, l’État ignore ses propres lois avec mépris. En pleine tempête, on jette des familles à la rue avec des préavis de 24 heures, ce qui est insultant. Vingt-quatre heures pour rassembler toute une vie de sacrifices et partir sous des pluies battantes. Le prétexte est facile : la « sécurité » et l’« utilité publique ».

Mais de quelle sécurité parle-t-on quand on crée des sans-abris par milliers ? Quand un citoyen a travaillé toute sa vie, a obtenu des permis officiels signés par ces mêmes services de l’État et a construit sa maison sur la foi de documents de la République, de quel droit détruit-on sa vie sans un centime d’indemnisation ? Regardez ce qui se passe autour de la zone de l’aéroport : aucun relogement décent n’a été prévu pour les victimes, aucune indemnisation n’a été versée à des familles dépouillées du jour au lendemain, et les autorités n’ont aucun scrupule à détruire aujourd’hui ce qu’elles ont elles-mêmes autorisé hier. Où vont aller ces enfants ? Sous quelle bâche ces parents vont-ils abriter leur dignité quand le ciel s’effondre ? Si un propriétaire privé agissait avec une telle barbarie, la justice le punirait. Mais quand c’est l’État qui casse tout, il faudrait se taire ?

Qu’on ne vienne pas nous sortir les vieilles rengaines. Dès qu’un citoyen demande le respect de la loi, on le traite d’« opposant », d’« anti-Doumbouya » ou d’« ennemi de la nation ». C’est ridicule. Le respect du droit n’est ni de gauche, ni de droite, ni une question de politique. C’est la base d’une nation. Les ministres connaissent les textes, les magistrats les connaissent, l’État sait très bien qu’il viole l’article 1405. Comment ce pouvoir peut-il exiger que les citoyens respectent les lois quand il donne lui-même l’exemple du banditisme juridique ? La loi ne peut pas être un menu où le pouvoir choisit seulement ce qui l’arrange.

Face à ce mépris cynique pour la vie humaine, il ne reste que la voix de la conscience et l’exigence de justice. Qu’Allah protège nos citoyens sans défense exposés à la fureur des éléments, et qu’Il donne la force à ces pères et mères de famille brisés par l’arbitraire de garder la tête haute sous la pluie. Que justice soit faite ! Nous demandons l’arrêt immédiat et sans condition de ces démolitions illégales pendant la période de protection légale. Que réparation soit rendue ! Nous exigeons l’indemnisation complète au franc près et le relogement immédiat de chaque famille victime des abus de l’État dans la zone de l’aéroport et ailleurs.

Derrière la brique abattue et le béton armé, il y a la chair, le sang, des enfants traumatisés et des décennies de sueur. L’État n’a pas tous les droits. Que les décideurs se rappellent une chose : le pouvoir passe, mais la honte d’avoir jeté son propre peuple dans la boue reste gravée pour toujours.

Abdoul Karim Diallo

« Quand l’État viole la loi pour démolir le toit de ses citoyens, il ne détruit pas seulement des maisons, il efface la République pour y dresser le règne de l’arbitraire. »

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?