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L’heure des comptes a sonné : les religieux sur la sellette !

Le vent de renouveau qui souffle sur la Guinée met les religieux sur la sellette. Une chape de plomb de critiques s’abat sur eux. Leur responsabilité dans le drame du 3ème mandat est questionnée. Se sont-ils faits manipuler par le pouvoir d’alors ?

La posture que les religieux ont adoptée en la circonstance est diversement commentée. Elle est perçue par les observateurs sous deux angles. Certains de nos ‘’hommes de Dieu’’, à n’en pas douter ont vendu leur âme au diable.

D’autres par contre n’arrivent pas à se valoriser en raison non pas de la corruption, mais du schème de soumission du religieux au pouvoir. Sous cette emprise, l’assertion ‘’C’est Dieu qui donne le pouvoir’’ exclut chez eux toute possibilité de contestation du ‘’Chef’’ et assimile même la dénonciation de la mauvaise gouvernance à la politique.

Cette représentation du pouvoir, malencontreusement dominante chez les religieux, les a empêchés de se mettre du bon côté de l’histoire du 3ème mandat. Par conséquent, il est illusoire d’attendre des congratulations à la place des critiques.

Sur un autre registre, la question du sermon de vendredi s’invite dans le débat. L’élaboration de ces prêches au Secrétariat Général des Affaires Religieuses (SGAR) à l’intention des imams, est pour une certaine opinion une démarche politique. Là encore, la posture de l’imam, en relation avec la représentation qu’il a du pouvoir est déterminante.

On dit souvent que ‘’le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions’’. L’initiative de l’élaboration des sermons au SGAR a été prise dans une bonne intention. La démarche a apporté de précieux services à la nation en termes d’Education/Communication/Information des plus larges couches de la population. Elle continuera d’en apporter pour autant qu’elle est utilisée à bon escient.
Le rôle inestimable du ‘’sermon SGAR’’ dans la sensibilisation au respect des mesures barrières dans les situations d’épidémie et d’autres types de crises suffit à clore ce débat.

En plus, plusieurs projets religieux ou sociaux et même les partenaires au développement utilisent ce créneau pour passer des messages aux communautés.

Aussi, jusqu’à l’institution du ‘’sermon SGAR’’ de très nombreux imams exploitaient encore le ‘’Diwan’’ dans leurs prêches ; recueil antique de 52 sermons classiques catalogués sur les 52 semaines de l’année. A ce niveau, le ‘’sermon SGAR’’ a apporté une touche de modernité et amélioré significativement la prestation des imams dans les mosquées.

Enfin, le ‘’sermon SGAR’’ n’est pas imposé. Il est plutôt suggéré sauf dans des situations particulières de besoin d’information de masse. Certains imams l’adoptent tel quel, d’autres l’adaptent à volonté, d’autres encore s’en passent carrément.

Même si par moment des velléités de récupération peuvent s’inviter dans le jeu, aucun contrôle n’est exercé ni aucune sanction prévue quant au respect ou pas du ‘’sermon SGAR’’. Le charisme de l’imam détermine son attitude sur la chaire. Suivant le schème qui l’anime, il prêche dans un sens ou dans l’autre.

Obama a dit que l’Afrique n’a pas besoin d’Hommes forts, mais d’institutions fortes. Les Hommes forts fondent les institutions fortes lui a rétorqué Blaise Compaoré. L’un et l’autre ont raison. Une institution est forte ou faible en fonction de la représentation que les hommes chargés de l’animer se font de leurs responsabilités et des actes qu’ils posent pour les assumer. Il en est également ainsi des religieux et leurs organisations.
Puisse Dieu nous fortifier à donner de la force à notre pays. Aameen !!!

Sény Facinet Sylla

Ancien Secrétaire Général Adjoint
des Affaires Religieuses

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