Contre La sansure

L’IMPOSTURE DU BIEN COMMUN : QUAND L’ÉTAT FAIT DE NOTRE SURVIE UN DÉLIT REGLEMENTÉ

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Quand le service public s’effondre, l’État trouve toujours le moyen de blâmer les citoyens pour leur propre survie. La dernière sortie d’Aboubacar Camara, ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, lors de sa conférence de presse ce lundi 8 juin 2026, en est la preuve flagrante. Face à la multiplication des forages privés dans les concessions, le ministre a cru bon de brandir la menace d’une future réglementation, en se lançant dans un cours de philosophie juridique de comptoir : la nappe phréatique n’appartiendrait à personne, elle serait à tout le monde.
C’est un sommet de cynisme. Si les cours des concessions guinéennes se transforment en chantiers de forage, ce n’est ni par caprice, ni par un obscur désir d’accaparer les ressources de la nation. C’est le réflexe d’un peuple abandonné par ses infrastructures. Impossible de donner aux Guinéens de l’eau potable à la pompe, et maintenant, la seule réponse de ce département est de vouloir taxer de pauvres populations sur des forages obtenus à la sueur de leur front. Ce sont pourtant ces mêmes installations privées, financées au prix de lourds sacrifices, qui alimentent aujourd’hui la quasi-totalité de la capitale et des régions du pays face au néant public. À croire que la Guinée est un pays maudit, mi woodi.
Pourtant, le droit est limpide et la Constitution guinéenne rappelle sans ambiguïté que l’accès à l’eau potable est un droit fondamental, et que l’État est le garant suprême des services publics essentiels. Juridiquement, si l’État détient la garde de la nappe phréatique en tant que domaine public, ce rôle de tuteur lui impose une obligation de résultat : la canaliser, la traiter et la distribuer équitablement. La puissance publique ne peut pas invoquer son rôle de gardien de la ressource uniquement lorsqu’il s’agit de restreindre ou de soutirer de l’argent, tout en ignorant son obligation première de fournir le service.
Venir aujourd’hui reprocher aux particuliers de pomper cette eau, sous prétexte qu’elle appartient à la collectivité, est une inversion des rôles proprement indécente. En réalité, cette annonce de réglementation cache à peine la volonté de masquer une faillite de gouvernance par une nouvelle source de fiscalité déguisée. Le ministre feint d’oublier que lorsque le contrat social est rompu par la défaillance de la puissance publique, le citoyen acquiert un droit d’auto-défense sanitaire. Avant de vouloir flouter les responsabilités et de régenter les puits des cours privées, le ministère ferait mieux de remplir sa part du contrat et de justifier le budget public en fournissant enfin de l’eau courante aux populations.

Abdoul Karim Diallo

《Quand l’État démissionne de ses devoirs, la réglementation n’est plus de la gouvernance, c’est de l’oppression.》

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