L’ONU voit grand à Nairobi et mise sur l’Afrique
Les Nations Unies ont lancé, lundi, une vaste extension de leur complexe à Nairobi, au Kenya, lors d’une cérémonie marquée par la présence du Secrétaire général António Guterres et du Président kényan William Ruto. Présenté comme un tournant dans l’histoire de l’Organisation, ce projet illustre aussi le rôle grandissant de l’Afrique dans les affaires mondiales.
Organisée à l’Office des Nations Unies à Nairobi (ONUN), la cérémonie s’est déroulée en présence de la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina J. Mohammed, et d’autres hauts responsables onusiens. Elle a été marquée par l’inauguration de nouveaux bureaux ainsi que par la pose de la première pierre d’un centre de conférence destiné à renforcer la présence de l’ONU sur le continent africain.
Approuvé par l’Assemblée générale des Nations Unies, cet investissement de 340 millions de dollars constitue le plus important jamais réalisé par le Secrétariat de l’ONU en Afrique en 80 ans d’existence. Le projet devrait faire de Nairobi l’un des principaux centres mondiaux de conférence de l’Organisation.
« Ce sont bien plus que de simples bâtiments », a déclaré António Guterres devant la presse. « Ils témoignent de la place centrale de l’Afrique dans la coopération internationale ».
Renforcer le rôle de Nairobi
Ce projet portera la capacité d’accueil des conférences à l’ONUN de 2.000 à 9.000 participants — incluant la construction d’une nouvelle salle d’assemblée — positionnant ainsi Nairobi, aux côtés de New York et de Genève, comme un centre névralgique de la diplomatie multilatérale.
Cette évolution reflète une tendance plus large au sein des Nations Unies visant à rapprocher ses opérations des régions les plus touchées par les défis mondiaux.
« Les Nations Unies doivent être plus proches des populations qu’elles servent, connectées à leurs réalités et dotées des moyens nécessaires pour soutenir les solutions qu’elles élaborent », a affirmé M. Guterres.
Contribution du Kenya
Prenant la parole lors de l’événement, le Secrétaire général a souligné le soutien de longue date apporté par le Kenya à l’Organisation, notant que le complexe de l’ONU est érigé sur un terrain d’environ 57 hectares offert par le gouvernement kényan — la contribution foncière la plus importante jamais réalisée par un pays hôte, à l’échelle mondiale.
« Ce campus offre aux Nations Unies des conditions exceptionnelles pour servir les populations qui nous tiennent à cœur, tant en Afrique que dans le reste du monde », a-t-il déclaré. Depuis ses origines dans les années 1970, en tant que siège du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUE) et d’ONU-Habitat, l’ONUN s’est développé pour devenir un pôle mondial majeur, soutenant des opérations dans plus de 160 pays.

Inégalités mondiales
Le Secrétaire général a également saisi cette occasion pour souligner les déséquilibres mondiaux de longue date qui affectent l’Afrique.
« Nous vivons une situation profondément injuste », a-t-il déclaré, notant que de nombreux pays africains supportent des coûts d’emprunt nettement supérieurs à ceux des économies développées.
Il a souligné les inégalités historiques au sein de la gouvernance mondiale, rappelant que les pays africains étaient largement absents lors de la création des principales institutions internationales.
« Il n’y aura pas de justice tant que l’Afrique ne disposera pas d’une représentation permanente au Conseil de sécurité », a-t-il affirmé, appelant à des réformes des systèmes tant politiques que financiers afin de mieux refléter les réalités mondiales actuelles.
Une expansion attendue depuis longtemps
Représentant les États Membres, l’Ambassadeur William Alexander McDonald de la Barbade — Président du Conseil consultatif supervisant le Projet d’installations de conférence — a qualifié cette expansion de nécessaire et attendue depuis longtemps.
« Au cours de nombreuses années de négociations, menées dans ces mêmes salles, il est devenu manifestement clair que la modernisation n’était plus un simple « luxe », mais une nécessité urgente », a-t-il déclaré, notant que les installations modernisées permettraient aux pays — en particulier aux nations plus petites et sous-représentées — de participer plus efficacement au processus décisionnel mondial.
Il a ajouté que, en tant que seul siège des Nations Unies situé dans le Sud global, Nairobi offre une plateforme unique pour amplifier les voix souvent marginalisées.
Les nouveaux bâtiments de bureaux inaugurés ont été conçus comme des installations à émissions nettes nulles, alimentées par l’énergie solaire, tandis que le complexe de conférence agrandi devrait rapprocher le campus de la neutralité énergétique d’ici 2030.
Selon les responsables, le projet comprend également la plantation de milliers d’arbres indigènes et l’amélioration de l’accessibilité, s’inscrivant ainsi dans les objectifs plus larges de durabilité des Nations Unies.

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