Mamadi Doumbouya à l’ONU : la Guinée n’a pas besoin d’une vitrine, mais de vérité.
Par Abdoul Karim Diallo, Citoyen Guinéen
Le 23 septembre 2026, Mamadi Doumbouya prendra la parole à New York à l’occasion de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies. Il parlera au nom de la Guinée, de sa souveraineté, de ses ambitions économiques et de son avenir. Mais derrière les images officielles et les discours diplomatiques, une question essentielle demeure : quel bilan le chef de la transition peut-il présenter aux Guinéens et à la communauté internationale après cinq années de pouvoir militaire ?
Le thème de cette session — « Restaurer la confiance, gérer la transformation » — résonne particulièrement avec la situation guinéenne. Car restaurer la confiance suppose d’abord de répondre aux questions qui hantent encore le pays : où sont Foniké Mengué et Mamadou Billo Bah, disparus depuis juillet 2024 ? Quelles enquêtes ont été menées sur les autres disparitions présumées ? Quelles réponses aux familles qui attendent toujours la vérité ?
Les organisations internationales de défense des droits humains ont documenté les restrictions de l’espace civique, les atteintes à la liberté de la presse, les arrestations de journalistes et les violences commises lors de manifestations. Human Rights Watch a notamment fait état d’au moins 59 personnes tuées depuis 2022 lors de manifestations, selon les données du FNDC, ainsi que de la dissolution de nombreux partis politiques.
Dans ces conditions, la question n’est pas de savoir si Mamadi Doumbouya a le droit de parler à l’ONU. La Guinée, elle, a naturellement sa place dans cette enceinte. La question est plutôt de savoir quelle réalité guinéenne sera racontée à New York et laquelle restera soigneusement hors champ.
Car la diplomatie ne doit pas devenir une opération de communication destinée à transformer une transition militaire en récit de renaissance démocratique.
Le CNRD avait promis de refonder l’État et de conduire la Guinée vers un retour à l’ordre constitutionnel. Cinq ans après le coup d’État du 5 septembre 2021, cette promesse demeure au cœur des interrogations. Les restrictions imposées aux partis politiques, aux médias et à la société civile ont profondément réduit l’espace du débat public. La même exigence de transparence s’impose dans la gestion économique.
Le pouvoir a fait de la lutte contre la corruption et de la moralisation de la gestion publique l’un de ses arguments fondateurs. Mais cette promesse doit désormais être mesurée à l’aune de la transparence des marchés publics, des procédures de gré à gré, des audits annoncés et de la publication de leurs conclusions.
Un marché attribué de gré à gré n’est pas, en lui-même, la preuve d’une corruption. Mais lorsque l’argent public est engagé sans concurrence ouverte, les citoyens ont le droit de savoir pourquoi, pour quel montant, au bénéfice de qui et avec quels contrôles. Cette exigence est encore plus forte lorsqu’il s’agit de Simandou, l’un des projets miniers les plus importants de l’histoire du pays. Les Guinéens ont le droit de savoir comment leur richesse minière est gérée, quels revenus elle générera et quels mécanismes empêcheront qu’elle ne profite à quelques intérêts particuliers plutôt qu’à la collectivité nationale. Voilà pourquoi la présence de Mamadi Doumbouya à l’ONU ne devrait pas être seulement une affaire de protocole. Elle devrait être l’occasion de rappeler une vérité simple : la Guinée ne se résume pas à celui qui la représente temporairement.
Critiquer le pouvoir n’est pas critiquer la Guinée. Réclamer justice pour les disparus n’est pas affaiblir la nation. Exiger la transparence des marchés publics n’est pas s’opposer au développement. Défendre la liberté de la presse n’est pas être contre l’État. Demander le respect des droits humains n’est pas remettre en cause la souveraineté nationale. C’est précisément défendre l’idée que la souveraineté appartient au peuple.
À New York, Mamadi Doumbouya pourra parler de transformation économique, de souveraineté, d’investissements et de développement. Mais derrière ces mots, il restera des familles qui attendent des réponses, des journalistes qui réclament leur liberté, des citoyens qui demandent justice et une population qui veut connaître la destination réelle de ses ressources publiques.
Une tribune internationale peut donner de la visibilité à un pouvoir. Elle ne peut effacer une disparition. Un discours peut promettre la transformation. Il ne peut remplacer la transparence. Une cérémonie diplomatique peut produire des images. Elle ne peut, à elle seule, restaurer la confiance.
La Guinée n’a pas besoin d’une vitrine supplémentaire. Elle a besoin de vérité, de justice, de transparence et d’institutions qui rendent des comptes.
Et la question qui demeure, au-delà des projecteurs de New York, est finalement la plus simple : quand cette transition prendra fin, qui répondra devant le peuple guinéen de son bilan politique, humain et financier ?

