Mamadi Doumbouya aux dirigeants de la CEDEAO : « Nos peuples n’attendent pas de nous des communiqués »
Par Alphonse Iffono

Présent au 69e Sommet ordinaire de la CEDEAO à Freetown, le président guinéen, le Général Mamadi Doumbouya, a exhorté les dirigeants ouest-africains à recentrer les priorités de l’organisation sur le développement économique et social. Estimant que les populations attendent avant tout des résultats concrets, il a également plaidé pour une réforme en profondeur des institutions communautaires afin de les adapter aux réalités actuelles des États membres.
Dans un discours aux accents réformateurs, le chef de l’État guinéen a declaré que la CEDEAO doit adapter son fonctionnement aux réalités contemporaines, tout en prenant en compte les spécificités historiques, sociales et culturelles de chacun de ses États membres.
« Nous devons adapter nos institutions à la réalité de notre époque. On ne soigne pas le paludisme et le cancer avec le même remède. Chaque mal appelle son traitement. Chaque situation appelle sa réponse. Il doit en être de même pour nos nations. Chaque nation, chaque peuple porte une histoire singulière et des urgences qui lui sont propres », a déclaré le président Mamadi Doumbouya.
Poursuivant son intervention, le président de la République a insisté sur la nécessité d’engager des réformes capables de répondre efficacement aux défis auxquels sont confrontés les pays de la sous-région.
« Une seule et même ordonnance, aussi bien intentionnée soit-elle, ce n’est pas de la rigueur. Pour moi, c’est une méconnaissance de la nature même de nos sociétés. Nos textes fondateurs ont plus d’un demi-siècle. Le monde qu’ils décrivaient n’est plus tout à fait celui que nous vivons. Je le dis avec la conviction d’un homme d’État soucieux de la pérennité de la CEDEAO. »
Le chef de l’État a ensuite mis l’accent sur l’importance de moderniser les institutions communautaires afin qu’elles soient davantage en phase avec les réalités des États membres.
« Réformer nos institutions, ce n’est pas les fragiliser, c’est les inscrire dans la durée. Réformer nos institutions, c’est les adapter à nos valeurs, à nos réalités, à nos coutumes, à nos traditions séculaires. Réformer nos institutions, c’est prendre en compte nos réalités et nos spécificités. Si nous avons respecté le principe de l’intangibilité des frontières héritées des accidents de l’histoire, nous ne devons peut-être pas oublier qu’elles ne reflètent pas toujours la réalité des populations. Les liens qui unissent, aujourd’hui comme hier, les peuples demeurent, même si les frontières artificielles héritées de la colonisation les ont certes séparés. »
Pour Mamadi Doumbouya, la CEDEAO ne doit en aucun cas contribuer à accentuer les divisions entre les peuples de l’Afrique de l’Ouest. Il a plaidé en faveur d’une approche conciliant le respect des principes communautaires avec les réalités propres à chaque État.
« Nous ne pouvons prendre la responsabilité de les diviser davantage et, plus grave encore, de les opposer. Cela pourrait amener les mêmes familles qui se trouvent de part et d’autre des frontières à s’affronter. Ce serait contraire à l’idée même qui a conduit nos pères fondateurs à créer cette communauté. Il nous faut un mécanisme qui distingue la fermeté des principes de la rigidité des méthodes, qui reconnaisse la légitimité de chaque nation, déterminée jusqu’au dernier souffle, s’il le faut, à assurer le bien-être et la dignité de son peuple. C’est cela, la boussole. »
Le président guinéen a également exhorté ses homologues à recentrer les priorités de la CEDEAO sur le développement économique et social, estimant que les attentes des populations portent avant tout sur l’amélioration de leurs conditions de vie.
« C’est pourquoi je vous exhorte à un retour résolu aux fondamentaux : le développement durable et l’économie. Nos peuples n’attendent pas de nous des communiqués ; ils attendent de l’eau, des routes, des usines, de l’énergie, des marchés ouverts et des emplois pour leur jeunesse. »
Au terme de son propos, Mamadi Doumbouya a lancé un appel en faveur d’une gouvernance plus inclusive, associant davantage les citoyens, les jeunes, les acteurs économiques et la société civile aux grandes orientations de la communauté ouest-africaine.
« C’est à cette exigence seule que l’histoire jugera notre génération de dirigeants. Je vous invite également, avec la même sincérité, à engager la réforme de notre modèle de gouvernance vers davantage de participation et une gouvernance qui associe nos peuples, nos jeunesses, nos opérateurs économiques et notre société civile à la définition même de notre destin commun. », a-t-il conclu.
https://www.guinee360.com/20/07/2026

