Maroc: la menace de fermeture du «marché sénégalais» de Casablanca inquiète ses commerçants subsahariens
À Casablanca, c’est tout un pan de la vie communautaire subsaharienne qui pourrait bientôt disparaître : après la démolition du quartier populaire jouxtant l’ancienne médina, c’est en effet au tour du « marché sénégalais » d’être menacé d’une destruction imminente. Trois cents à quatre cents personnes y travaillent au quotidien et l’inquiétude est vive. Installé en plein cœur de la capitale économique marocaine, ce marché est une véritable escale gastronomique et il est depuis longtemps le rendez-vous incontournable de la diaspora résidente au Maroc.
Il est à peine 11h et le garba de Vanessa Grâce Ligé embaume les petites allées du marché. Ce plat emblématique de Côte d’Ivoire – du thon frit accompagné d’attiéké – se vend ici cinq fois plus cher qu’au pays. Mais c’est le prix de la nostalgie d’une communauté qui se compte en plusieurs dizaines de milliers de personnes à « Casa ».
Originaire de Yopougon, à Abidjan, résidente au Maroc depuis plus de quinze ans, Vanessa Grâce Ligé voit dans la destruction annoncée du marché une menace directe sur son gagne-pain. « Bien sûr que ça fait peur, parce que grâce à ce marché, nous arrivons à nourrir nos familles, nous arrivons à payer nos loyers. Nous arrivons en tout cas à régler un peu quelques problèmes et on ne peut pas venir nous dire du jour au lendemain qu’on va casser le marché sans nous trouver une place exacte », s’insurge-t-elle.
Percer une large avenue à la place
Le marché se trouve au cœur d’un axe stratégique, entre le centre-ville historique du début du XXe siècle et la célèbre mosquée Hassan II, symbole de Casablanca. Les autorités souhaitent y percer une large avenue pour dégager les perspectives et développer le tourisme.
Olga, Ivoirienne, vendeuse de manioc et de gombo, craint le pire si aucune solution de relocalisation n’est trouvée : « On veut nous déguerpir. On ne sait pas où ils vont nous jeter. On ne sait pas où on va aller, on ne sait pas quoi faire. On est là, on est dans le noir. Moi je prie le bon Dieu qu’on nous dépose ailleurs pour qu’on puisse faire quelque chose d’autres encore, pour qu’il n’y ait pas des vols, des agressions et puis la prostitution. »
Salons de coiffure, ongleries, étals d’épices et de vivres : le marché dit « sénégalais » de la médina de Casablanca, compte un peu plus de 200 commerces.

