Contre La sansure

Monsieur le Président, « les Burkinabè sont fatigués de toujours reprendre à zéro les choses. Ils sont fatigués des coups d’états,… »

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Dans une tribune, Zinaba Rasmané, un des dirigeants de la société civile burkinabè, comme il l’avait fait en décembre 2021, en écrivant au président élu Roch Marc Christian Kaboré, a adressé en juillet dernier une lettre ouverte au chef de la junte, Capitaine Ibrahima Traoré. Avec d’autres dirigeants politiques, syndicaux, des journalistes, etc., nonobstant leurs âges, il est réquisitionné pour être déployé sur le terrain des opérations.

Selon un analyste, « le gouvernement veut envoyer là-bas tous les dissidents pour les éliminer, alors qu’il aurait dû y envoyer tous ses soutiens qui se déploient partout à Ouagadougou, aux frais de l’État. La manière manière de soutenir ce régime n’est-il pas d’aller au front ? En tout cas, avec ces mercenaires des marches, il serait plus facile de recruter du monde qui ira se battre pour, à la fin de la guerre, être recruté dans l’armée et autres services de l’État selon leurs qualifications…)

 

Lisez la lettre qu’a adressée Zinaba Rasmané au capitaine Ibrahim Traoré  

« Sauf votre respect, monsieur le président, la situation sécuritaire nous interpelle »

Il est de coutume de dire quand c’est bon, qu’on ne peut s’empêcher de le dire, sauf à être malhonnête. Et c’est ce que nous avons dit quand l’espoir que votre arrivée au pouvoir a suscité chez nombre de burkinabè. Cet espoir s’est renforcé et traduit par des décisions courageuses.

D’un point de vue de mettre l’impérialisme français hors d’état de nuire, dire la vérité à votre manière face aux maux qui minent la société burkinabè ont été des hauts faits. À cela s’ajoutent les reconquêtes de localités Solenzo, Falangountou, Gassan etc sont des exemples et j’en passe. Ce fut salué hier et c’est à votre actif. Ce fut apprécié de tous les citoyens honnêtes et sincères.

C’était en rupture avec l’ordre ancien fait de défaites doublées d’insouciance. Autrement la volonté, le simple fait de montrer beaucoup plus de volontés a séduit plus d’un Burkinabè. À cela, s’est ajouté, des décisions sur la réorganisation de l’armée, sa géographie pour parler comme certains intellectuels qui l’avaient proposé depuis longtemps, en passant par son armement et l’appui salutaire des vdp mobilisés dans un élan patriotique et un enthousiasme réel. On ne peut pas parler de la situation sans parler de ces victoires d’étapes qui ont été appréciées et portées en actes de bravoure. C’est à votre actif.

Monsieur le président, ce temps des victoires portés haut prend l’eau depuis. Aujourd’hui, la situation sécuritaire, nos situations sont devenues plus difficiles et plus compliquées qu’il n’y paraît depuis un moment. Certes, on ne s’attendait pas à une fin des problèmes sécuritaires en un claquement de doigts, des problèmes entretenus par le laxisme, l’irresponsabilité, le mensonge des 8 dernières années. Mais disons le tout net, la situation se dégrade encore plus aujourd’hui.

C’est faux de vous dire que tout va bien et ce serait même malhonnête de dire qu’aujourd’hui est meilleur qu’hier si l’on en croit aux chiffres et aux éléments terrain en référence aux indicateurs de changements concrets. Ou encore de vous dire que tout avance dans le bon sens. Ce n’est pas vrai et on se mentirait si on garde cette posture de silence par rapport à ce que le terrain commande. Ce n’est ni bon pour vous pour vous aider à diriger encore moins pour nous tous, citoyens et citoyennes puisque nous sommes les premières victimes.

Ce n’est pas même pas le nombre de morts en croissance, on me dira c’est la guerre et dans la guerre on meurt. C’est vrai mais reconnaissons qu’il y en a plus aujourd’hui même. On me dira encore que c’est la guerre. Mais ici ce qui inquiète plus c’est l’avancée des forces ennemies sur des positions que nous contrôlions jadis. C’est cela qui fonde les inquiétudes et créent de réelles peurs sur le caractère délétère de la situation nationale.

Monsieur le président, les conseils qui étaient valables pour les anciens dirigeants le sont pour vous aussi. On ne gagnera pas cette guerre ni dans le mensonge, ni dans la diversion, ni dans la prétention de le faire seuls ou avec un clan. Il nous faut sortir de ce schéma et changer de logique. La situation est plus triste qu’il n’y paraît. Effectivement depuis votre arrivée, les citoyens honnêtes n’ont cessé de rappeler la nécessité de travailler à dire la vérité du terrain aux Burkinabè parce que les remontées d’informations de nos compatriotes dans les zones de plus en assiégées font droit dans le dos. Aujourd’hui Bogandé dans la Gnagna est presque sous blocus et cela n’est plus un secret.

Les terroristes agissent, et repartent sans égratignures. Dans le nord, Ouahigouya continue d’accueillir ses déplacées internes. La saignée est visible et perceptible chez les déplacés internes. Dans la boucle du Mouhoun, la situation continue de se dégrader. Ce qui était hier praticable devient un chemin tortueux ou s’aventure très peu de gens. L’opération Kapidgou, a frappé dans la ruche dans la boucle du Mouhoun, mais nos compatriotes témoins sur l’axe Nouna – Dedougou subissent la loi des contrôles des hommes armés sans qu’ils ne soient inquiétés, comme si c’était un aveu d’impuissance. C’est au moins 3 postes de contrôle qui font leurs lois là-bas.

Depuis les menaces sur les compagnies de transport, Kaya – Dori, reste et demeure un parcours de combattant. Et cela jusqu’à quand ? Si tu ne suis pas un convoi, prends les airs. Même les compagnies de transport ont été menacés de prendre cette voie au risque de subir la furie des ennemis de la nation. Ne parlons pas des camions qui doivent restés des mois et des mois sur Kaya en attendant une fenêtre d’opportunités pour aller là-bas gagner les pitances pour les commerçants. Le centre Nord, c’est aussi Boulsa, où malgré la vaillance des vdp et fds, la situation est critique et interpelle plusque jamais.

Situations pour situations, les indicateurs ne sont ni à la stagnation, encore moins à la reculade mais plutôt à l’augmentation ce qui est inquiétant : Le nombre d’écoles fermées à la clôture des classe en fin d’années indiquait plus de 6 000 écoles, 2000 de plus que sous Damiba. Le nombre de déplacés internes est en nette progression. Plus de 2 millions selon les chiffres du CONASUR, soit plus de 500 000 voire 1 / 4 du chiffre total en plus, de septembre 2022 à avril 2023. La réalité est plus triste que ce que les marches meetings de mobilisation populaire veulent nous laisser entendre.

Et à un moment donné certains de nos compatriotes doivent quitter la diversion pour faire une lecture sans émotion de la situation et ensemble fonder ‘z réflexion du futur. Parce que par le passé, en voulant cacher la réalité par les mobilisations, certains ont été rattrapés par celle-ci. Affronter nos problèmes sans artifices est le début du solutionnement.

Qu’en est il de notre stratégie ? En avons nous une réellement ? Notre guerre ne se limite t-elle pas à aller frapper et c’est tout ? Quid de l’adaptation à l’ennemi pour le prendre au dépourvu.

Aujourd’hui les frappes suffisent-elles sans ratissage ? Sont-elles réellement efficaces dans le rapport coût et dégâts chez l’ennemi ? La peur a-t-elle vraiment changé de camp ? Les VDP qui sont nos plus grands atouts par leurs meilleures connaissances du terrain, sont ils réellement outillés et tous pourvus en moyens nécessaires ? Sont-ils tous armés pour mener à bien leurs missions ?

Nous avons encore des choses à faire pour aller de l’avant et ça commence par mobiliser tous les militaires dans les grandes villes pour qu’ils soient sur le terrain là-bas, avec des contrats d’objectifs clairs. Nos jeunes frères soldats qui mouillent déjà le maillot ont besoin d’avoir leurs gradés à leurs côtés et non dans les ambassades.

Mais l’avant ce n’est pas l’inconnu non plus. Il nous faut nous arrêter, nous recentrer sur l’essentiel et faire le maximum pour que les petits problèmes logistiques annoncés au départ de ne deviennent finalement un GROS PROBLÈME qui nécessite la mobilisation de toutes les intelligences. Et cela passe par quitter la posture selon laquelle il y a des mauvais, des bons.

Des patriotes, ceux qui disent que tout est beau et bien des apatrides ceux qui ont le courage de dire que la nation souffre plus et il est nécessaire que ces enfants se parlent. Aujourd’hui une armée éparpillée ne peut aucunement gagner une guerre. Tant que l’unité des forces armées ne sera pas célébrée, nous risquons fort de pietiner encore. Une partie du problème dans notre pays c’est certes les politiciens, mais rappelons le c’est surtout l’armée. Et elle doit faire sa propre autocritique sincère et patriotique face au péril ambiant.

Monsieur le président, c’est vrai, il y a plus d’engagement aujourd’hui au sein de nos forces ( soldats, vdp… ) et c’est salutaire, c’est en partie grâce au leadership que vous incarnez. Vous avez même pendant quelques mois réussi à instaurer un espoir chez nombre de nos compatriotes…. Mais tant que nous n’avons pas de stratégie claire et partagée sur la durée, nous risquons de ne pas canaliser au mieux cette volonté et ce volontarisme de nos vaillantes forces et encore plus de ceux et celles qui viennent volontairement s’inscrire comme Volontaires pour la Défense de la Patrie. Quelqu’un le disait faire la guerre ce n’est pas bander les muscles, c’est être stratégique et les intelligences ne manquent pas pour construire cette stratégie ensemble au sein des forces armées et avec la contribution de tous, civils, intellectuels et toutes les intelligences. Le péril qui nous guette est trop grand pour continuer à foncer seulement.

Monsieur le président, ce n’est pas non plus la baïonnette qui va aider à construire un peuple serein et entrevoir un avenir radieux. Ce peuple est assis sur une tradition de luttes pour ses libertés individuelles et collectives qui sont non négociables. Il peut se taire un moment, se taire longtemps, mais quand il se réveille c’est une vague. Nous avons tous intérêt à ne pas créer et entretenir un climat de peur. Parce qu’un pays de peur pour les citoyens n’est pas bon ni pour le dirigeant encore moins pour le peuple lui-même. Parce que cet environnement de peur n’est pas à son avantage encore moins à l’avantage du régime qu’il conduit. Puisqu’au fond, un pays où personne ne veut parler, où chacun dompte sa part de vérité pour ne pas être catalogué ne vous aide pas à gouverner.

Dans un océan d’adorateurs, d’admirateurs, si vous n’avez pas des fous du roi qui vous disent les choses pour vous aider à vous améliorer, vous risquez de vous enliser comme les précédents et ce serait dommage qu’autant d’espoir ait été déchu par le silence des gens biens voulus par la peur des gens qui n’ont pas appris que leur liberté c’est aussi écouter les autres sons de cloche. Ne fermez ni la porte, ni la place publique aux expressions libres qui sont le fondement de ce pays et qui fondent notre peuple souverain pour lequel vous avez décidé de porter cet infime espoir.
Monsieur le président, il y a un espoir à entretenir dans la remise en cause de nous-mêmes, la remise en cause de notre stratégie et dans l’écoute des forces, de toutes les forces en capacité d’aider à changer la donne. Sans cela, sans cette remise en cause sincère, si nous conduisons de manière cavalière la lutte contre le terrorisme, la guerre, et les réformes dans ce pays dans cette période charnière, cela nous conduira dans l’impasse.

Les Burkinabè sont fatigués de toujours reprendre à zéro les choses. Ils sont fatigués des coups d’états, ils veulent eux aussi goûter au développement dans la sérénité et ça ne se fera pas dans une aventure. Ils sont aussi fatigués de toujours refaire à nouveau ce qu’ils ont déjà fait. Et pis, ils ne supportent pas qu’on les mène en bateau là où ils attendent du concret. Pendant un moment ils peuvent se taire, mais quand la situation devient urgente, chaotique et ou le bout du tunnel n’est pas visible, ils se rendent compte de la supercherie et là ils se réveillent de l’euphorie et l’émotion de départ. Vivement que ce moment n’arrive pas.

Monsieur le président, un conseil valable aujourd’hui et qui l’était hier, rien ne se construira en dehors et sans la vérité. C’est d’ailleurs elle qui fonde l’adhésion des citoyens dans l’espoir. Toute autre chose qui prendrait la forme d’un mensonge, d’une diversion, de pratiques anciennes de gouvernance où les incantations parlent plus que les actes, et où on piétine les droits élémentaires ne seront que de mauvais sang. Et ça n’entretiendra ni l’espoir encore moins le salut pour nous.

Monsieur le président en dernier ressort, il y a une période de grâce de burkinabè vous accorde. C’est cette période qui fait que des Burkinabè subissent les plus graves augmentations des denrées de premières nécessités sans broncher. C’est cette grâce qui fait que les Burkinabè se dépouillent pour que l’effort de paix ou de guerre soit important afin de booster nos actions sur le terrain. C’est cette période de grâce qui donne droit au silence au lieu de la parole.

Mais attention, cette période de grâce va avec l’amélioration substantielle de la situation sur le terrain avec le retour des déplacés internes dans leurs localités, la diminution des leurs nombres et la présence de l’administration dans les zones libérées et au moins l’arrêt des afflux massifs de déplacés internes vers les villes depuis les villages. Si cela n’est pas fait dans les meilleurs délais, je crains fort que cette période de grâce ne soit absoute et les citoyens libèrent la parole sur la réalité qu’ils vivent et elle n’est pas reluisante.

Sauf votre respect, monsieur le président, un citoyen qui s’est livré à cœur ouvert, et fort juste de ses simples convictions.

Que Dieu aide le Faso dans la vérité, le courage et l’amour réel et sincère de la patrie.

Coachzine

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