New York : avant de condamner, demandons-nous pourquoi
Depuis la mobilisation de Guinéens à New York pour dénoncer la gouvernance de Mamadi Doumbouya, certains semblent davantage préoccupés par les manifestants que par les raisons qui les ont poussés à manifester.
On les insulte, on les accuse de tous les maux, on leur reproche de manquer de respect au chef de l’État. Mais pourquoi ne pas commencer par se demander pourquoi ?
En 2021, après le 5 septembre, Mamadi Doumbouya avait été accueilli par une mobilisation populaire historique. En 2023, lors de son déplacement aux États-Unis, la communauté guinéenne de New York s’était encore fortement mobilisée autour de lui.

Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Pourquoi celui qui était acclamé hier est-il aujourd’hui contesté par une partie importante de ses compatriotes jusque dans les rues de New York ?
La réponse ne se trouve peut-être pas dans les insultes adressées aux manifestants, mais dans les frustrations qui ont conduit ces Guinéens à descendre dans la rue. Si les citoyens d’un pays ne peuvent pas porter un regard critique sur la gouvernance de leur pays, s’ils ne peuvent pas critiquer les autorités sans craindre pour leur sécurité, dénoncer les méthodes du pouvoir sans être inquiétés, ni manifester contre des pratiques ou des décisions qu’ils considèrent contraires aux lois et aux principes qui fondent la République, sans risquer d’être contraints à l’exil ou de disparaître de force, ne vous étonnez pas qu’ils choisissent de le faire en temps opportun et là où la liberté leur permet d’exister, de s’exprimer et de contester.
On peut condamner les injures contre un président. On peut défendre le respect dû à la fonction présidentielle. Mais le respect de la République ne saurait être à sens unique.
Il faut aussi respecter le citoyen, sa vie, sa dignité, ses libertés et son droit de demander des comptes au pouvoir.
Lorsqu’un père, une mère ou un enfant disparaît, lorsqu’une famille reste sans réponse, lorsque des citoyens sont arrêtés, tués ou portés disparus dans des circonstances qui soulèvent de légitimes interrogations, la question du respect de la République devrait d’abord se poser à ce niveau.
A ceux qui invoquent les valeurs africaines ou républicaines pour condamner les manifestants, posons cette question : ces valeurs ne commandent-elles pas aussi de protéger la vie, la famille, la dignité et la justice ?
On peut condamner les injures contre un président. On peut défendre le respect dû à la fonction présidentielle. Mais le respect de la République ne saurait être à sens unique.
Il faut aussi respecter le citoyen, sa vie, sa dignité, ses libertés et son droit de demander des comptes au pouvoir.
Lorsqu’un père, une mère ou un enfant disparaît, lorsqu’une famille reste sans réponse, lorsque des citoyens sont arrêtés, tués ou portés disparus dans des circonstances qui soulèvent de légitimes interrogations, la question du respect de la République devrait d’abord se poser à ce niveau.
A ceux qui invoquent les valeurs africaines ou républicaines pour condamner les manifestants, posons cette question : ces valeurs ne commandent-elles pas aussi de protéger la vie, la famille, la dignité et la justice ?
La Guinée n’a pas besoin d’un camp qui insulte l’autre. Elle a besoin de vérité, de justice et de responsabilité.
On peut respecter un président sans approuver sa gouvernance. On peut critiquer un régime sans insulter la Nation. Et surtout, avant de condamner ceux qui protestent, ayons le courage de nous demander : qu’est-ce qui les a conduits à protester ?
C’est peut-être là que se trouve la véritable leçon de New York.

Faisons de la politique autrement. Tout président ou gouvernement qui se voit contester par une partie importante de sa population, par ses propres compatriotes, devrait pouvoir se poser ces questions : Pourquoi ont-ils cessé de me soutenir ? Pourquoi me combattent-ils ? Qu’est-ce que je fais d’anormal ?
Les réponses à ces questions devraient éclairer tout bon dirigeant et l’amener, avec sagesse et surtout avec hauteur, à changer de trajectoire, pour le bonheur de son peuple.
Quand on gouverne son pays dans le respect de son peuple, de ses droits et de ses libertés, en préservant sa vie et sa dignité, on se fait naturellement respecter et aimer, sans avoir besoin de dépenser pour être soutenu, acclamé ou légitimé.
On demande moins à son peuple en l’écoutant, et on dépense beaucoup plus en le brimant dans ses droits.
Alors, si vous aimez réellement le Président Mamadi Doumbouya, dites-lui de libérer la liberté des citoyens, la vie des personnes kidnappées, les droits des prisonniers politiques, et vous verrez ce qui se passera en suite pour sa tranquillité.
À chacun de choisir le chemin qui lui convient : celui du salut ou celui de la perdition.
