Contre La sansure

Niger: Décret de déchéance de nationalité, digne du parlement du rire et numéro de guignols d’une junte extra-terrestre et paranoïaque?

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Depuis que le Général Abourahmane Tiani a renversé, un petit matin, avec désinvolture, le Président démocratiquement élu du Niger, le seigneur Mohamed Bazoum qui a fait de lui, pour son plus grand malheur, un homme de confiance en le chargeant de sa sécurité personnelle, le Niger est devenu la risée du monde, une terre d’absurdités et de tragi-comédies. C’est pourquoi, des proches de l’ex-Président ont été déchus de leur nationalité, punis d’avoir “osé” tenir tête aux putschistes qui sont d’une si grande fébrilité qu’ils voient en chacun un ennemi, flairent le danger partout.

Neuf personnes sont concernées parmi lesquelles, figurent en bonne place, les généraux Mahamadou Abou Tarka, de la haute autorité à la consolidation de la paix, Karingama Wali Ibrahim, ancien chef de la garde présidentielle. Un autre colonel Harouna Gazobi Souleyman, aide de camp du président Bazoum a été épinglé. Daouda Djibo Takoubakoye, adjoint du directeur de cabinet du Président Bazoum, tout comme le conseiller à la sécurité, Rhissa Ag Boula font partie aussi de la liste publiée, idem pour le célèbre chroniqueur Abdoul Kader Mohamed, alias Maï Dalili qui s’est fait connaître et remarquer à travers une chronique quotidienne, très attendue et suivie par des millions de Nigériens, largement partagée aussi sur les réseaux sociaux, qui évoque dans le menu détail en langue Haoussa les dérives de la junte, le triste sort que subit le pays.

C’est essentiellement des officiers supérieurs et des leaders d’opinion très actifs et influents sur les plates-formes numériques qui ont été excommuniés. Les chefs rebelles qui mènent une lutte armée, s’opposent militairement à la junte, se distinguent par des actions violentes, sabotent l’oléoduc pétrolier, enlèvent et séquestrent des cadres civils et militaires, ont été curieusement, exemptés. Les putschistes, considèrent sans doute que toute forme de liberté et d’expression comporte plus de risques pour eux que le recours à la force et aux armes pour les déstabiliser et déloger.

En vérité ils s’attaquent toujours aux plus faibles et fuient devant tout danger potentiel et tout adversaire déterminé et redoutable. D’autres anciens conseillers dont celui de la communication Amadou N’gade Hamid aussi font partie de la liste publiée. La plupart des personnes mises en cause ont été de proches collaborateurs du Président déchu et toujours retenu en otage par le pouvoir militaire. L’exil est aussi le lot commun. Il est reproché aux uns et autres, des infractions comme ” complot”, “trahison”, ” intelligence avec une puissance étrangère “, atteintes contre la sûreté de l’Etat, tutti quanti.

Des accusations préméditées, et muries de longue date, car depuis que la junte a annoncé qu’elle met en place un fichier pour des personnes impliquées dans des actes de terrorisme et d’atteintes à la sûreté de l’Etat, chacun a compris que l’intention sous-jacente était d’incriminer et intimider des opposants et personnalités jugées hostiles et gênantes.

Maintenant, c’est le début du passage à l’acte. C’est la première fois qu’un “chef d’Etat” nigérien voire africain se donne le pouvoir exorbitant de retirer à des personnes d’un camp opposé au pouvoir, leur dignité de citoyen à part entière, même s’il y’a eu la précaution de conférer à la mesure unique en son genre, inique dans son essence, un caractère provisoire. Le temps que le régime éphémère et sursitaire qui n’arrête pas de se couvrir de ridicule, durera, bien sûr.

Peut-être que la “très très République du Gondwana”, imaginée, imagée et mise en scène par Mamane, le comédien nigerien, bien connu de tous, surtout des auditeurs fidèles de RFI, ironie du sort, a pris corps et forme dans son propre pays. La réalité a dépassé la fiction.

En tout cas, la junte au pouvoir, chez lui, au Niger, a fait du pays un grand “foutoir” où toutes les limites du guignolesque ont été toutes dépassées, de l’Etat, une scène de cirque qui, cependant, n’a rien de drôle ni de comique, parce que l’envers du décor d’une tragédie humaine et d’un naufrage historique sans précédent.

Voilà ce qui arrive lorsque l’éthique n’est pas respectée, la légalité est bafouée, la démocratie est mise entre parenthèses, l’Etat de Droit est ignoré, les institutions sont désacralisées, bref quand c’est le règne de la force et de l’arbitraire, le triomphe des marginaux et barbares dans la société, sans que personne ne lève le petit doigt dans l’internationale de la complaisance constituée depuis quelque temps.

Sinon, comment comprendre et expliquer que des ‘hommes qui ont pris des armes contre leur pays, ont déposé un président élu par le peuple, se fassent gardiens de l’ordre public, de la sécurité nationale, se considèrent comme garants de la stabilité de l’Etat et de la sauvegarde des institutions et lois de la République?

Ce n’est plus que le monde à l’envers ou le pêché des tentations interdites, c’est une grave atteinte aux bonnes mœurs et une tentative malencontreuse de prendre le bien pour le mal, de sublimer le vice en blâmant la vertu et tous ceux qui y tiennent encore, veulent la défendre à leurs risques et périls.

En tout cas, le Général Tiani qui incarne parfaitement le président fondateur et ses compagnons, après avoir accaparé l’Etat, soumis les Nigeriens à la servitude et au dénuement, en toute impunité, vont plus loin encore dans l’abus de pouvoir et les persécutions en décidant tout de go que des Nigeriens qui refusent de se rallier à la forfaiture, de subir leurs diktats ne sont plus dignes de jouir de leur nationalité. Comme s’il revenait à un pouvoir, qui plus est, n’a aucune légalité ne peut se prévaloir d’aucune légitimité, à des dirigeants avortons et cinglés, de dénier à des citoyens l’appartenance à leur pays ou de leur retirer leur citoyenneté de plein droit au gré des humeurs ou sur la base d’intérêts mesquins et de calculs égoïstes.

Il n’y a pas de raisons de prononcer la déchéance de nationalité contre des Nigeriens patriotes, républicains et démocrates, tous nés nigériens, de pères et de mères nés nigériens. C’est plutôt les membres de la junte, leurs alliés et soutiens de tous les bords et de tous les horizons qui doivent subir un acte qui les frappe d’indignité nationale, les bannit du Niger, les conduit devant un peloton d’exécution pour parjure, haute trahison, complot d’Etat, rébellion, on a que l’embarras du choix dans le faisceau d’infractions et de crimes opposables aux dirigeants actuels du Niger.

Ils ont raison, puisqu’ils continuent de courir, et exercent toujours le pouvoir, ayant réussi à prendre le dessus sur le monde civilisé et les forces démocratiques, grâce à l’usure du temps et à la résignation de tous devant le fait accompli. ils peuvent se permettre de persister dans la bêtise et d’ériger les dérives en standards juridiques et normes, morales, politiques et légales. Pourquoi pas? Ont-ils été rappelés à l’ordre ou forcés à rentrer dans les rangs? Tout ce qui n’est pas défendu reste permis et est possible, ont-ils mis en tête désormais.

Pourquoi donc, voudrait-on qu’ils se fixent des limites ou se conforment à des valeurs et principes qui ne sont plus d’actualité et n’ont plus d’alliés et partenaires?

La loi du plus fort est plus que jamais la meilleure avec la résurgence des coups d’Etat et surtout à cause de l’impuissance notoire face à leurs auteurs, maîtres du jeu chez eux, ménagés et adoubés par les autres. Dans quel monde, sommes-nous?

Samir Moussa

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