Contre La sansure

Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale du Sénégal

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Ousmane Sonko a été accueilli en grande pompe par les députés de PASTEF qui ont voté sa réintégration dans l’hémicycle puis son élection à la tête de l’Assemblée sans surprise.

Les députés de l’opposition présents ont décidé de bouder la séance.

Avec 132 voix sur 165, Ousmane Sonko, 51 ans, a été élu mardi président de l’Assemblée nationale du Sénégal, remplaçant El Malick Ndiaye qui a démissionné dimanche.

L’ancien Premier ministre demis de ses fonctions vendredi dernier, retrouve une position de choix dans l’architecture institutionnelle du Senegal, devenant ainsi le président de l’Assemblée nationale et deuxième personnalité de l’Etat derrière le President de la République.

La théorie de la « cohabitation douce avec le Palais » qu’il avait annoncée au plus fort des tensions entre lui et le président Diomaye semble maintenant prendre forme.

Mais quel contenu y mettre ? Dans ce qui apparait comme un jeu d’échecs à distance avec son ancien mentor en politique, Diomaye Faye a nommé un ancien proche collaborateur de Sonko comme premier ministre.

Selon certains observateurs, cette option est la meilleure en face de Sonko qui, désormais, sera à la tête de l’institution chargée de contrôler l’action du gouvernement.

Vers une confrontation institutionnelle ?

Le premier test politique pourrait intervenir très rapidement avec les projets de loi en attente à l’Assemblée nationale.

Babacar Ndiaye, chercheur et directeur de la recherche au think-tank Wathi, estime que les conséquences institutionnelles de cette rupture pourraient être majeures.

« La principale conséquence politique sera l’implication du limogeage de Sonko à l’Assemblée nationale. PASTEF y détient la majorité et en cas de séparation, cela peut amener une situation de confrontation. »

Le président devra non seulement former un nouveau gouvernement, mais aussi clarifier sa ligne politique après des mois de divergences latentes avec Sonko.

« Le plus urgent pour le président de la République sera de nommer un nouveau Premier ministre et de former un nouveau gouvernement et il faudra voir son orientation et les personnes qui seront choisies. »

Maurice Soudieck Dione évoque désormais le risque d’une situation inédite : une opposition interne au sein même du pouvoir.

« Nous pourrions assister à une forme « d’opposition du Pastef au sein du PASTEF ». Il faut rappeler qu’Ousmane Sonko a conduit la liste du Pastef lors des législatives et obtenu une large majorité avec 130 députés sur 165. Il dispose donc d’un poids considérable à l’Assemblée nationale. »

« Si la cohérence entre la majorité présidentielle, incarnée par le président Bassirou Diomaye Faye, et la majorité parlementaire venait à disparaître, cela pourrait créer de sérieuses difficultés institutionnelles. Les projets de loi du gouvernement pourraient être bloqués à l’Assemblée nationale, ce qui ouvrirait la voie à une crise politique.», analyse M.Dione.

Une telle fracture pourrait compliquer l’adoption des textes gouvernementaux.

« Les projets de loi du gouvernement pourraient être bloqués à l’Assemblée nationale, ce qui ouvrirait la voie à une crise politique », avertit Maurice Soudieck Dione.

Une rivalité nourrie par les ambitions de 2029

Ousmane Sonko salue les membres du Parlement à son arrivée à Dakar, le 28 novembre 2025, pour prononcer son discours devant l'Assemblée nationale.
En quittant la primature, Ousmane Sonko retrouve une posture plus naturelle pour lui : celle du leader politique radical et sans filtre. Crédit photo,Getty Images

 

Au fil des mois, les divergences entre Diomaye et Sonk sont devenues plus visibles à travers des prises de position parfois contradictoires sur les questions politiques, économiques ou diplomatiques.

Le président Diomaye Faye avait déjà mis en garde contre la « personnification » du parti, dans une déclaration largement interprétée comme une critique indirecte de Sonko.

En réalité, le conflit était presque inévitable pour des raisons politiques et institutionnelles. Il est de notoriété publique qu’il existait une contradiction de légitimité entre le président et son Premier ministre. Diomaye détenait la légitimité institutionnelle du suffrage présidentiel mais Sonko conservait une partie essentielle de la légitimité populaire et militante du projet PASTEF.

Pour Maurice Soudieck Dione, cette détérioration du tandem s’explique aussi par des calculs politiques à plus long terme.

« Je pense qu’il y avait des logiques de positionnement en vue de la présidentielle de 2029, mais aussi une forme de concurrence interne au sein du pouvoir exécutif. C’est précisément cette contradiction qui a nourri la diarchie au sommet de l’État et conduit progressivement à la rupture. »

Une rupture aux conséquences multiples

Selon Babacar Ndiaye, directeur de la recherche du think tank WATHI, les deux hommes sortiront affaiblis en termes d’image.

« En termes d’image, les deux vont assurément perdre par rapport à la promesse de leur slogan de campagne « Diomaye est Sonko et Sonko est Diomaye ». Il va y avoir de la déception de la part de ceux qui avaient misé sur ce duo. »

Cette rupture marque effectivement l’effondrement d’un récit politique soigneusement construit depuis la présidentielle de 2024 : celui d’une gouvernance à deux têtes, censée conjuguer le charisme populaire de Sonko et le profil plus institutionnel de Diomaye Faye.

Le limogeage de Sonko représente donc un choix stratégique de Diomaye Faye : reprendre totalement le contrôle du pouvoir exécutif et sortir de l’ombre de son mentor politique.

Mais cette décision comporte aussi des risques majeurs.

Si le président conserve les leviers institutionnels du pouvoir, Ousmane Sonko semble néanmoins disposer d’un atout essentiel : l’appareil politique du parti.

Selon Babacar Ndiaye, le rapport de force pourrait rapidement devenir défavorable au chef de l’État.

« Sur le plan politique, évidemment Sonko semble avoir une posture politique plus affirmée en étant le leader de PASTEF et ayant conduit la liste victorieuse de PASTEF aux élections législatives. »

Le principal danger pour Bassirou Diomaye Faye se situe désormais à l’Assemblée nationale. Le PASTEF y détient une majorité parlementaire largement acquise à Ousmane Sonko.

« Le président Faye prend le risque de se retrouver avec une majorité parlementaire PASTEF hostile, revancharde et acquise à la cause de Sonko. »

Autrement dit, l’élection de Sonko pourrait transformer le président en dirigeant institutionnellement puissant mais politiquement isolé.

Ousmane Sonko est acclamé par ses partisans à son arrivée à son domicile de Dakar le 23 mai 2026, suite à sa destitution du poste de Premier ministre du Sénégal.
Ousmane Sonko est acclamé par ses partisans à son arrivée à son domicile de Dakar, suite à sa destitution du poste de Premier ministre du Sénégal. Photo, le 23 mai 2026). Crédit photo,Getty Images

Diomaye face à la solitude du pouvoir

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye (au centre) arrive au sommet Africa Forward à Nairobi le 11 mai 2026.
Crédit photo,AFP via Getty Images

 

Depuis son arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye bénéficiait d’un équilibre politique particulier : il détenait la légitimité présidentielle tandis que Sonko conservait une forte capacité de mobilisation militante et populaire.

En rompant avec son Premier ministre, le président prend le risque de perdre une partie de sa base politique originelle.

Le principal danger pour Diomaye Faye est désormais la solitude politique. Tant que Sonko occupait la primature, il absorbait une partie des critiques, servait de bouclier militant et maintenait la mobilisation du noyau dur du PASTEF. Désormais, toutes les attentes populaires convergeront directement vers le président.

Surtout, Diomaye Faye perd l’argument politique qui avait construit sa légitimité initiale : être le prolongement de Sonko. Il doit maintenant inventer sa propre identité politique.

Certes, Diomaye Faye peut compter sur la coalition qui l’a soutenu ces derniers mois. Mais pour Babacar Ndiaye, cette force reste encore insuffisamment structurée.

« Dans l’hypothèse d’une séparation politique actée car le président Diomaye est toujours membre de PASTEF, ce dernier pourra s’appuyer sur sa coalition relancée ces derniers mois. Seulement, cette coalition n’est pas vraiment structurée. »

Le calendrier politique pourrait rapidement accentuer cette fragilité. Les élections locales approchent et une autre hypothèse commence déjà à circuler : celle d’une dissolution de l’Assemblée nationale.

Or, le président ne pourra légalement dissoudre le Parlement qu’à partir du mois de novembre. Et dans une telle configuration, le rapport de force pourrait devenir particulièrement périlleux pour le chef de l’État.

Ousmane Badiane

Digital Journalist BBC Afrique

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