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Pays de paradoxes: Le cas Cellou Dalein Diallo ou le révélateur des maux Guinéens?

Le président de l’Union des Forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, a reçu, début octobre 2022, à Johannesburg, le Africa Freedom Prize, un prix décerné par la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté. Cette distinction vient récompenser le courage, la résilience et le travail de l’homme politique pour la démocratie et la liberté dans son pays et en Afrique en général. Pourtant, en Guinée, nous avons fait comme si de rien ne s’était passé : motus et bouche cousue!

Nous vivons dans un pays de paradoxes : en Guinée, la grande majorité de la population revendique une religiosité ostentatoire sans faille. La religion est présent partout et régit tous les événements de la vie sociale. Dès le bas âge, tout jeune musulman ou chrétien apprend, chacun dans son livre saint, que Dieu n’aime pas l’injustice, elle est à proscrire dans tous nos comportements. D’apparence, on pourrait être amené à croire à une société vertueuse . Or, toute notre histoire est faite d’injustices. Notre société tout entière patauge dans l’injustice avec la pyramide renversée : les hommes de vertus, de valeurs en bas et les sans vertus ni valeurs en haut pour mener la destinée de la société et du pays.

Nous nous questionnons souvent quant aux causes du retard politique, économique et social de notre pays, doté d’un potentiel de développement inégalé dans notre sous-région. Cependant, nous éludons souvent cette cause prégnante car nous sommes réellement injustes les uns vis-à-vis des autres et comme dit le proverbe persan “On ne cueille pas le fruit du bonheur sur l’arbre de l’injustice.” Le plus effrayant et effarant de cette situation, c’est qu’aucun guinéen n’ignore cette réalité socio-politique mais nous préférons vivre dans le déni de nos maux.

C’est pourquoi, je vais parler du sort réservé à certaines personnes qui, généralement, sont les plus probes, les plus instruits, les plus compétents, les plus utiles à notre pays mais auxquelles nous faisons subir l’opprobre, l’arbitraire et l’injustice. Chacun de nous connaît, au moins, une de ces personnes. Alors, au lieu de parler de celles qui ne sont plus parmi nous, je parlerai de l’exemple vivant le plus représentatif, illustratif de ces personnes victimes de ce mal guinéen, c’est-à-dire monsieur Mamadou Cellou Dalein Diallo.

Je tiens à préciser tout de suite n’être ni sympathisant et encore moins militant de son parti, n’avoir jamais appartenu à une formation politique ni à un mouvement de société civile de notre pays. Mais, il est de mon devoir de citoyen, épris de liberté et soucieux du devenir de notre chère Guinée, de m’exprimer sur des sujets de société, notamment ceux qui concernent des personnes qui veulent conduire la destinée de notre pays.

Alors pourquoi ?

Parce qu’il est emblématique de cette injustice dont je parle. Car, s’il n’existait pas, je me demande qui aurait pu jouer le rôle de catharsis qui est le sien et dont notre peuple a apparemment besoin pour exorciser ses démons. Jugez-en :

– il pleut à Conakry ? C’est sa faute ;

– il ne pleut pas à Conakry ? C’est sa faute ;

– il n’y a pas de bonnes routes en Guinée ? C’est sa faute et pourtant les seules routes bitumées laissées par le général Lansana Conté, c’est lui; les grands ponts, c’est lui; les réformes du secteur bancaire, la réforme du secteur de la pêche, c’est encore lui et tant d’autres projets. De surcroît, cela fait plus de 15 ans qu’il a quitté toute responsabilité publique mais c’est toujours sa faute ;

– les forces de défense et de sécurité guinéennes tirent sur les citoyens ? C’est sa faute ;

– le CNDD massacre des centaines de guinéens, viole en public des femmes par centaine, tente de l’assassiner avec tous les autres leaders politiques du pays, les leaders syndicaux, la société civile sans exception lors des événements du 28 septembre 2009 ? C’est sa faute ;

– le régime Alpha Condé pille le pays et massacre des centaines de personnes ? C’est encore sa faute ;

– le CNRD fait un coup d’état, il évite à la Guinée les sanctions des institutions régionales et internationales (il est vrai que d’autres personnes comme Sydia Touré, Lansana Kouyaté, Kabinet Komara, Sékou Koundouno, Ibrahima Diallo et Oumar Sylla ont fait aussi du lobbying pour ça), il exprime sa volonté de les accompagner et fait confiance au discours du 5 septembre mais la junte ne tient pas parole, recommence le système Alpha Condé ? C’est toujours sa faute ;

– le CNRD l’exproprie de sa maison, la démolit et construit autre chose, tout ça sans un acte juridique, en envoyant les Chefs d’état major de l’armée et de la gendarmerie, accompagnés de centaines de soldats munis d’armes de guerre, comme s’ils se rendaient sur le champ de bataille ? C’est toujours sa faute.

On peut continuer ainsi sans fin et dès lors qu’il s’en plaint, on a l’outrecuidance de l’accuser d’ethnocentrisme et de victimisation. C’est le comble du cynisme: prendre la victime pour le bourreau!

Finalement, tout un chacun de normal pourrait estimer, un tant soit peu, qu’il y a peut-être un problème car, en Guinée, il a toujours préservé la paix (reconnaissance des élections présidentielles de 2010 et de 2015, celles législatives, refuser de céder aux sirènes de ceux qui voulaient répliquer aux violences de l’état etc) et il a prouvé ses compétences et aucune condamnation en justice pour quelque délit ou crime qui soit jusqu’aujourd’hui. Vous me direz qu’il y a le dossier Air Guinée et sa convocation devant la CRIEF mais soyons un peu sérieux et conséquents : si les magistrats instructeurs de la CRIEF n’ont jamais pu rédiger une simple convocation respectant le code de procédure pénal, il y a bien une raison. Monsieur Mamadou Cellou Dalein Diallo ne peut être incriminé sur la base du rapport d’audit de 2009 et les personnes concernées dans ce rapport sont connues et n’ont jamais été inquiétées. Même Alpha Condé, avec toute l’animosité qu’il lui vouait, avait compris que c’était un dossier vide et quant à sa maison, il avait fait pression sur la Société générale France pour savoir si le prêt contracté pour acheter la maison avait été entièrement payé, la banque produisit les documents, tout était légal, en règle et la banque se plaindra à l’Elysée pour le harcèlement (faits rapportés par la presse française).

Quant au reste du monde, il lui déroule le tapis rouge, lui octroie des prix depuis 12 ans pour sa probité intellectuelle, morale, ses compétences, sa lutte pour l’avènement de la démocratie, le respect des libertés fondamentales en Guinée. Un Guinéen est honoré par les hauts dirigeants de ce monde et les institutions internationales mais dans son pays, il est considéré comme un pestiféré. Consternant et incompréhensible !

Le combat pour la liberté

« Cellou Dalein Diallo se bat depuis 14 ans pour la démocratie dans sa Guinée natale. Dès qu’il prit la direction de l’UFDG en 2007, il modifia les statuts et le règlement intérieur du Parti pour en faire un parti véritablement libéral en réaffirmant sa vocation de construire une société guinéenne régie par les règles et les principes de l’Etat de Droit et de la Démocratie. Il réorganisa le parti et l’implanta sur l’ensemble du territoire national et à l’étranger au point que l’UFDG devient très rapidement la première force politique de la Guinée.

En 2009, il prit le leadership de la lutte menée par la classe politique contre la junte qui s’était emparée du pouvoir à la mort du Général Lansana Conté. Il avait d’ailleurs été gravement blessé par les forces de sécurité lors d’une manifestation pacifique organisée à cet effet au stade du 28 Septembre à Conakry.

A l’occasion de l’élection présidentielle de 2010, l’UFDG confirma son rang de première force politique du pays en s’adjugeant 44% des suffrages exprimés au premier tour contre seulement 18% à l’opposant historique Alpha Condé qui sera malheureusement proclamé vainqueur au second tour à l’issue d’un hold-up électoral sans précédent.

Le sacrifice ultime dont il fit preuve en renonçant à sa victoire et en évitant de ce fait une guerre civile à son pays, lui valut une reconnaissance internationale qui se traduisit par l‘obtention de plusieurs distinctions et prix. C’est ainsi que le Secrétaire Général des NU d’alors, M. Ban Ki-moon, lui rendit un vibrant hommage en s’adressant à lui en ces termes : «je tiens à vous louer pour la dignité dans laquelle vous avez mené votre campagne électorale et pour les grandes qualités de dirigeant et d’homme d’État que vous avez exhibé dans vos discours prononcés à la suite de l’annonce des résultats définitifs de la récente élection présidentielle. »

Il poursuivra plus loin en affirmant : « dans l’intérêt de la paix, vous avez choisi de mettre votre pays en premier plan en décidant de respecter le jugement de la Cour suprême. Votre comportement est le reflet de votre engagement ainsi que celui de votre Parti en faveur de la construction et de la consolidation de votre démocratie naissante, non seulement pour les pays d’Afrique de l’Ouest mais aussi pour le monde ».

Le Premier Ministre s’est vu en outre décerner le diplôme de promoteur de la culture démocratique en Afrique par l’Observatoire Panafricain de la Démocratie (OPAD) en avril 2011.

La même année, le Mouvement des Entreprises du Sénégal lui décerna le Cauris d’Or de la Paix pour avoir évité de contester par la violence le hold-up électoral sans précédent dont il fut victime lors de l’élection présidentielle de 2010.

Pendant le règne du Président Alpha Condé, Cellou Dalein DIALLO, devenu Chef de file de l’opposition, s’est illustré dans la dénonciation et la lutte contre la fraude électorale, la corruption et l’enrichissement effréné de l’élite dirigeante. Il mobilisa l’Opposition politique et la société civile pour contrer Alpha Condé dans sa volonté de s’octroyer un troisième mandat en violation de la Constitution et de ses serments.

Le Président de l’UFDG et ses partisans subiront toutes sortes d’exactions et d’injustices de la part du Parti-État dirigé par Alpha Condé.

Malgré ces violences, les fraudes et hold-up électoraux qu’il a subis, Cellou Dalein Diallo et son Parti ont toujours participé aux élections et ont utilisé les voies légales pour revendiquer ses victoires qui lui ont été volées. Mais en raison de l’extrême inféodation de la Justice à l’Exécutif les recours par la voie légale de l’UFDG n’ont jamais eu de suites favorables.

Le président de l’UFDG et son parti ont payé un lourd tribut à leur opposition à la dictature. Lors des manifestations pacifiques de l’opposition dont il est demeuré le chef de file, plus de 250 de ses partisans furent en effet  abattus, des centaines d’autres ont blessés par balles et des milliers arbitrairement arrêtés et condamnés  par la Justice alors que les auteurs et commanditaires des crimes continuent de bénéficier d’une impunité totale.

L’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo a été plusieurs fois séquestré et privé, lui ses collaborateurs et sa famille, de leurs droits et libertés de voyager.

Lorsque les militaires guinéens ont à nouveau pris le pouvoir lors du coup d’État de septembre 2021, la lutte de Cellou Dalein Diallo pour la démocratie a continué.

Il a plaidé pour le rétablissement rapide d’institutions légitimes issues d’élections justes et transparentes.

Mais, jusqu’à présent, la junte militaire ne montre aucune volonté d’organiser des élections malgré l’insistance de la CEDEAO et des autres partenaires internationaux de la Guinée.

La junte est plutôt portée à rester aussi longtemps que possible au pouvoir et pour ce faire, elle se livre à des arrestations arbitraires, à la spoliation et au harcèlement judiciaire de tous ceux qui comme Cellou Dalein dénoncent ses dérives ou militent en faveur d’une durée raisonnable de la transition.

Récemment, la maison privée de Cellou Dalein Diallo a été saisie puis démolie par la junte, sous le prétexte fallacieux qu’elle appartient à l’Etat alors que l’affaire était pendante devant la justice.

Le domicile privé de Cellou Dalein Diallo a été détruit par les autorités militaires alors que le dossier était devant les tribunaux.

 

Malgré tous ces harcèlements, la lutte de Cellou Dalein Diallo se poursuit pour libérer son pays de l’arbitraire, de l’injustice et de mauvaise gestion.

Dans son combat, il bénéficie du précieux soutien des démocrates du monde entier notamment les libéraux qui l’ont élu et réélu deux fois Vice-président de l’Internationale Libérale.

En faisant de Cellou Dalein Diallo l’heureux récipiendaire de son Prix africain de la liberté, la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté rend hommage à l’homme et à sa résilience dans son combat pour l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit dans sa chère Guinée. »

Source : Prix africain de la liberté

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