Contre La sansure

QUAND LE SARCASME DEVIENT UN ACTE DE COURAGE

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Pour une fois, j’ai suivi une intervention de l’ancien préfet de Labé dont je suis sorti entièrement satisfait. Au point de me demander si le grand frère n’était pas, subtilement, en train de régler quelques comptes avec son époque.

C’était à l’occasion du débat des candidats à la mairie de Labé organisé par la Radio BTA. Je tiens d’abord à féliciter la direction de cette radio ainsi que son animateur pour la qualité de l’initiative et l’excellence de la modération. Dans une période où le débat public tend parfois à se réduire aux slogans et aux invectives, offrir aux citoyens un espace de confrontation des idées est un véritable service rendu à la démocratie locale.

Mes félicitations vont également aux trois candidats qui ont accepté l’exercice. On ne peut prétendre administrer une commune aussi importante que Labé sans être capable d’exposer une vision, de défendre un programme et d’assumer le regard critique des électeurs. J’ai été particulièrement heureux de constater que notre ville peut compter sur des candidats compétents, sereins, sans complexe et manifestement riches d’expériences et de propositions.

Mais l’intervention qui m’a le plus marqué fut celle de M. Safioulaye Bah. Avec calme et assurance, il a rappelé une vérité souvent oubliée : Labé n’avait pas voté pour le RPG, mais cela n’avait pas empêché le financement de plusieurs projets de développement dans la commune. Il a également évoqué certains acquis de la gouvernance d’Alpha Condé en faveur des collectivités locales, notamment le mécanisme de redistribution d’une partie des revenus miniers aux collectivités, qui permettait aux communes de bénéficier directement des richesses extraites de leur sous-sol. Un dispositif aujourd’hui supprimé.

Cependant, ce n’est pas tant le contenu de ses arguments qui m’a impressionné que la manière dont il les a formulés. Avec un sourire presque malicieux et un sarcasme dont on ne lui connaissait pas toujours l’usage, il a lancé cette phrase appelée à rester dans les mémoires :

« Il y a beaucoup de choses à dire, mais je me tais là-dessus parce que je n’ai pas envie de disparaître… ».

Tout était dit. Pas un discours enflammé ni une accusation directe, encore moins une dénonciation théâtrale. Juste une phrase. Une seule, suffisamment légère pour faire sourire et assez lourde pour faire réfléchir.

Le grand frère sait pourtant que je ne figure pas parmi ses admirateurs habituels. Mais la vérité oblige parfois à rendre hommage là où elle s’impose. S’il m’était donné de noter cette intervention, je lui attribuerais sans hésiter 21 sur 20, avec la mention: « Élève dépassant parfois son maître ».

En une formule, M. Safioulaye Bah a réussi ce que beaucoup de longues déclarations n’arrivent plus à accomplir. Rappeler avec élégance qu’un pays où des citoyens craignent de parler librement est un pays qui doit s’interroger sur lui-même.

Mes félicitations au grand frère pour cette dénonciation sarcastique, subtile et remarquablement élégante de ce que certains appellent désormais, à voix basse, la République des disparitions forcées.

Alpha Issagha Diallo

Amateur des vérités dites avec le sourire et comprises dans le silence

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