Qui est Sadio Camara, le ministre malien de la Défense, tué dans l’attaque de sa résidence ?
Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara figure centrale de la junte militaire au pouvoir depuis 2020, a été tué samedi lors d’une attaque menée par le JNIM contre sa résidence de Kati, selon plusieurs sources locales et médiatiques.
Selon des proches cités par la BBC, il a perdu la vie avec sa seconde épouse et ses enfants. Des habitants rapportent qu’une forte explosion a détruit une grande partie de sa résidence.
Agé de 47 ans, Sadio Camara, était considéré comme l’un des piliers du régime militaire au pouvoir depuis août 2020.
Ancien directeur de l’académie militaire de Kati, il avait suivi une formation en Russie en 2020 avant de revenir au Mali, où il avait joué un rôle clé dans la prise de pouvoir par les militaires.
Une figure centrale de la junte
Né en 1979 à Kati, dans la région de Koulikoro, Sadio Camara a suivi une formation militaire à l’École militaire interarmes de Koulikoro (EMIA), dont il est sorti major de sa promotion. Ses résultats académiques lui ont valu une réputation de rigueur et de sérieux parmi ses pairs.
Après sa formation, il a servi sous les ordres du général El Hadj Gamou jusqu’en 2012, période marquée par la montée des insurrections touarègues et djihadistes.
Il a ensuite dirigé l’académie militaire de Kati, puis le Prytanée militaire, où il était reconnu comme un encadreur chevronné de la garde nationale.
En janvier 2020, il s’est envolé pour la Russie afin de suivre une formation militaire. Il était revenu à Bamako peu avant le coup d’État d’août 2020.
Le 18 août 2020, Sadio Camara a joué un rôle clé dans le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta. Avec ses hommes, il a procédé à l’arrestation de l’ancien chef de l’État, du Premier ministre Boubou Cissé et de plusieurs dignitaires du régime. Cet événement a marqué le début de la junte militaire dirigée par Assimi Goïta, dont Camara était l’un des piliers.
Décrit par ses subordonnés comme un officier « droit, sérieux et déterminé », Camara était respecté pour son intégrité.
Des témoignages rapportent qu’il refusait tout favoritisme, y compris au sein de sa propre famille : sa fille n’a pas été admise au Prytanée militaire malgré deux tentatives, ce qui est souvent cité comme un exemple de son sens de la responsabilité.
Sa mort brutale, avec celle de membres de sa famille, survient dans un contexte de recrudescence des attaques djihadistes au Mali. Elle prive la junte d’un de ses principaux stratèges militaires et pourrait fragiliser l’équilibre interne du pouvoir.
L’annonce de la mort du ministre de la Défense intervient au lendemain d’attaques simultanées ayant ciblé plusieurs positions militaires et zones sensibles à Bamako et dans d’autres régions du pays. Les autorités parlent d’une opération coordonnée menée par des groupes armés non identifiés, même si certaines actions ont été revendiquées par des mouvements jihadistes.
Aucun bilan global officiel des victimes civiles et militaires n’a encore été communiqué de manière consolidée.
Reprise des affrontements entre les militaires et les groupes armés
Des explosions et des tirs nourris ont été signalés ce dimanche 26 avril près de la capitale Bamako.
Les combats ont repris dimanche dans la ville de Kidal, au nord du Mali et des affrontements ont également été signalés près de Kati, où se trouve une importante base militaire en périphérie de Bamako.
Des affrontements ont également été signalés à Gao et dans les villes de Sévaré et Mopti, dans le centre du pays.
Samedi soir, l’armée avait annoncé qu’elle menait des opérations pour repousser les attaques et que plusieurs assaillants avaient déjà pris la fuite.
A Bamako, des points de contrôle ont été installés sur les routes menant à l’aéroport, et les véhicules sont systématiquement fouillés.
Un couvre-feu de 21h00 à 6h00 a été instauré pour les trois prochaines nuits.
L’État-Major général des armées maliennes a publié un communiqué affirmant que les opérations contre les groupes armés se poursuivent dans plusieurs localités, notamment à Kidal et Kati.
Selon le texte, les attaques coordonnées menées le 25 avril avaient pour objectif de « désorganiser le système de défense » et de semer « la peur et le chaos ». Aucune preuve indépendante ne permet toutefois de confirmer ces éléments.
Face à ce que l’armée décrit comme une menace persistante, les autorités militaires annoncent avoir relevé les niveaux d’alerte sur l’ensemble du territoire. Le communiqué fait état de couvre-feux instaurés dans plusieurs zones, de patrouilles renforcées et de contrôles accrus. Là encore, l’ampleur exacte de ces mesures n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.
L’armée assure que les Forces armées maliennes (FAMa) restent « engagées et déterminées » à défendre l’intégrité du territoire. Elle félicite également les forces de sécurité pour leur « réactivité » et appelle à une vigilance accrue.

L’offensive du Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste revendiquant un État touareg indépendant, s’est concentrée sur les villes du nord du Mali. En parallèle, le groupe djihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) a mené des attaques coordonnées sur plusieurs sites du pays.
Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA, a confirmé à la BBC que l’action avait été « minutieusement planifiée » et menée en alliance avec le JNIM, soulignant une « véritable coordination ».
Il a publié sur les réseaux sociaux des images non authentifiées montrant des combattants s’emparant d’un camp militaire et l’abattage supposé d’un hélicoptère près de Gao. Il a également déclaré que les forces du FLA avaient pris le contrôle de Kidal et renforçaient leur présence dans le centre de Gao.
Ramdane affirme qu’un accord a été trouvé avec les forces russes déployées au Mali. Selon lui, « tôt ce matin, un accord a été conclu entre les forces de l’Azawad et les éléments russes de l’Africa Corps afin d’assurer leur retrait sécurisé des combats ».
L’armée malienne affirme avoir mis en déroute les « groupes terroristes » et fait « plusieurs centaines » de morts, mais ces chiffres n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.
Les combats se poursuivent notamment à Kidal, où des éléments de l’armée et des mercenaires russes seraient encore présents.

Le FLA appelle la Russie à « assumer ses responsabilités »
Dans un communiqué publié samedi 25 avril, le Front de libération de l’Azawad (FLA) affirme que ses forces ont pris, « tôt ce matin », le contrôle total de la ville de Kidal.
Le groupe indique toutefois qu’« une poche de résistance résiduelle » subsiste, composée selon lui d’éléments de l’armée malienne et de combattants russes d’Africa Corps, retranchés dans l’ancien camp de la Minusma.
Le mouvement ajoute avoir également participé à des attaques contre des positions militaires à Gao, évoquant une « coordination opérationnelle » avec les mêmes objectifs.
Le groupe appelle par ailleurs la Russie à « assumer ses responsabilités » et à revoir son engagement aux côtés des autorités maliennes, qu’il accuse d’avoir contribué à l’aggravation des souffrances des populations civiles.
Sur le plan politique, le FLA considère les autorités militaires à Bamako comme un « obstacle majeur » à toute solution « crédible et inclusive ». Il se dit néanmoins ouvert à des convergences avec d’autres acteurs en vue d’un changement de gouvernance, qu’il juge nécessaire à l’établissement d’une paix durable.

Dans un communiqué publié samedi, le Front de libération de l’Azawad (FLA) affirme que ses forces ont pris, « tôt ce matin », le contrôle total de la ville de Kidal. Crédit photo, FLA
Pour Ulf Laessing, directeur du programme Sahel de la Fondation Konrad Adenauer (KAS) à Bamako, un tel scénario pourrait avoir des conséquences diplomatiques majeures.
« Si cela se confirme, cela pourrait affecter les relations avec la Russie. Il était considéré comme le principal interlocuteur de Moscou et l’un des architectes du déploiement des mercenaires russes dans la région », explique-t-il à la BBC.
L’analyste souligne également que la crédibilité militaire russe est en jeu : « la réputation de la Russie a été fortement entachée par l’incapacité de l’Africa Corps à sécuriser les grandes villes, ainsi que par la perte de Kidal ».
Ulf Laessing a déclaré que ces événements semblaient constituer « la plus importante attaque djihadiste coordonnée contre le Mali depuis des années ».
Condamnations internationales
Le ministère britannique des Affaires étrangères a déconseillé tout voyage au Mali dans ce contexte et annoncé la fermeture temporaire de l’aéroport international de Bamako.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a également condamné les « actes de violence » et exprimé sa « solidarité avec le peuple malien ». Il a aussi appelé à « un soutien international coordonné pour faire face à la menace croissante de l’extrémisme violent et du terrorisme au Sahel, ainsi que pour répondre aux besoins humanitaires urgents ».
De son côté, le département d’État américain a fermement condamné les attaques, tout en exprimant ses condoléances aux victimes et sa solidarité avec le peuple malien.
Dans un communiqué publié dimanche, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a dénoncé des violences « odieuses », estimant qu’elles illustrent « la barbarie de leurs auteurs, qui continuent de menacer la paix, la sécurité et la stabilité dans l’ensemble de la sous-région ouest-africaine ».
La CEDEAO a appelé les États, les forces de défense et de sécurité, les mécanismes régionaux ainsi que les populations ouest-africaines à renforcer leur coopération et à se mobiliser collectivement pour faire face à cette menace persistante.
Elle a également présenté ses condoléances aux familles des victimes et réaffirmé sa solidarité avec le peuple malien ainsi qu’avec les autorités du pays.
Ce positionnement intervient dans un contexte de recomposition régionale : le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont quitté l’organisation régionale ouest africaine à la suite des coups d’État militaires qui ont porté leurs armées au pouvoir.
Ces trois pays se sont depuis rapprochés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), un cadre de coopération politique, économique et militaire, avec en perspective une intégration régionale plus poussée.

Kidal, symbole d’un équilibre fragile
Longtemps bastion des groupes rebelles touaregs, la ville de Kidal avait été reprise en novembre 2023 par l’armée malienne, avec le soutien du groupe russe Wagner, mettant fin à plus de dix ans de contrôle insurgé.
Aujourd’hui, les Forces de libération de l’Azawad (FLA) affirment avoir repris plusieurs positions dans la région de Gao. Là encore, ces déclarations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Depuis plus d’une décennie, le Mali est plongé dans une crise multidimensionnelle mêlant insurrections armées, violences djihadistes et recompositions géopolitiques. Le retrait des forces internationales, suivi du renforcement de la coopération avec la Russie, n’a pas permis de stabiliser durablement le pays.
Les derniers développements illustrent au contraire la fragilité persistante de l’équilibre sécuritaire, ainsi que les limites des stratégies militaires mises en œuvre jusqu’ici.
Initialement soutenu par une partie de la population, le régime fait face à une dégradation persistante de la situation sécuritaire.
Alors que les combats se poursuivent ce dimanche, la situation reste extrêmement confuse.

