Référendum 2025 en Guinée : chiffres incohérents et climat répressif, une légitimité contestée de la junte
Alors que la Direction Générale des Élections (DGE) publie ce lundi 08 juin 2025, les résultats partiels du référendum constitutionnel tenu en Guinée, une double alerte s’impose : d’un côté, des chiffres contradictoires qui fragilisent la crédibilité du scrutin ; de l’autre, un climat de répression qui a étouffé les voix dissidentes bien avant l’ouverture des bureaux de vote.
Une incohérence statistique flagrante
Les données officielles font état de 6 768 458 électeurs inscrits pour 4 825 292 votants, soit un taux de participation réel de 71,3 %. Pourtant, la DGE annonce un taux de 91,4 %, en contradiction directe avec ses propres chiffres. Ce décalage de plus de 20 points ne peut être attribué à une erreur technique ou à un simple arrondi : il révèle une manipulation manifeste des indicateurs de participation.
Cette incohérence statistique, dans un contexte déjà tendu, alimente les soupçons de falsification et de mise en scène d’une adhésion populaire massive.
Comparaison des indicateurs nationaux
Ce graphique met en évidence l’écart entre les valeurs annoncées par la DGE et les valeurs calculées à partir des données brutes. Il illustre clairement l’incohérence du taux de participation national.

Participation et vote « OUI » par région
Ce diagramme croise les taux de participation réelle et les pourcentages de votes « OUI » dans chaque région. Il permet de visualiser les disparités territoriales et de questionner la cohérence du taux national annoncé.

Un scrutin sous haute surveillance… et sous pression
Au-delà des chiffres, le climat politique ayant précédé le référendum soulève de graves préoccupations. Plusieurs organisations de la société civile, journalistes indépendants et militants ont dénoncé des intimidations ciblées, des arrestations arbitraires et des restrictions à la liberté d’expression dans les semaines précédant le vote.
Des campagnes de sensibilisation citoyenne ont été interrompues, des comptes sociaux suspendus, et des rassemblements pacifiques dispersés par les forces de sécurité. Des voix critiques du projet constitutionnel ont été stigmatisées comme “anti-patriotes”, réduisant l’espace du débat public à une rhétorique binaire : pour ou contre la nation.
> “Le référendum s’est tenu dans un climat de peur, où toute critique était perçue comme une menace à l’ordre établi”, témoigne un activiste sous couvert d’anonymat.
Des résultats régionaux qui ne justifient pas le taux national
Les données régionales, bien que cohérentes en elles-mêmes, ne permettent pas d’atteindre le taux national annoncé. La somme des votants dans les huit régions reste largement inférieure aux 6,1 millions nécessaires pour justifier les 91,4 % de participation.
Même en additionnant ces chiffres, le total des votants reste bien en deçà du seuil requis pour valider le taux national proclamé.
Une légitimité fragilisée
Dans un contexte où la répression des voix critiques précède une manipulation apparente des chiffres, la légitimité du référendum se trouve profondément remise en cause. L’adhésion populaire affichée — 90,6 % de “OUI” — semble davantage relever d’une stratégie de communication que d’un véritable consensus démocratique.
La société civile appelle désormais à une vérification indépendante des résultats, à la libération des voix muselées, et à une réouverture du débat constitutionnel dans un cadre pluraliste et sécurisé.
